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Le bestiaire hagiographique de saint Hervé Le bestiaire hagiographique de saint Hervé Le bestiaire hagiographique de saint Hervé Le bestiaire hagiographique de saint Hervé 
Par AndréPar AndréPar AndréPar André----Yves BourgèsYves BourgèsYves BourgèsYves Bourgès****De par son caractère très composite, la
vita 
de saint Hervé (
recte 
Hoarvé) mérite une attentionparticulière : son examen nous a convaincu que le texte actuel résultait du travail de troishagiographes successifs, sans parler des quelques interpolations et modifications dont il a faitl’objet lors de son insertion dans le légendaire de la cathédrale de Tréguier. La manière dont cesécrivains ont traité du bestiaire du saint donne des indications précieuses au point de vue ethno-historiographique ; en particulier, elle confirme le fréquent recours au récit « exemplaire » dans laproduction hagiographique tardive.
1
A. de La Borderie, tout en datant la
vita 
de saint Hoarvé du XIII
e
siècle, estimait néanmoins queles 5 premiers paragraphes ainsi que les § 10, 13, 14, 15 et 16 du texte édité par ses soins pouvaientremonter à l’époque carolingienne
1
. Plus récemment, B. Merdrignac a conjecturé quel’hagiographe avait « utilisé deux séries de toponymes : l’une dans le pays d’Ac’h (=
 pagus Agnensis 
) et l’autre dans le Daoudour voisin. Ce qui a favorisé la confusion d’au moins deux personnages distincts, Hoernbiu et Hoergnoe, en un seul saint Hervé »
2
. « Cependant », constate B.Tanguy, « force est de constater que Costhouarné, à Lanrivoaré, et Lanhouarneau ont le mêmeéponyme et que la topographie de la
vita 
présente assez de cohérence pour être plausible »
3
.Malgré sa cohérence topographique, l’hétérogénéité de la
vita 
de saint Hoarvé est patente. Ainsien est-il, par exemple, du traitement dont Commor, préfet du pieux roi Childebert, fait l’objet :présenté au § 2 comme un magistrat respecté et influent, Commor reçoit même au § 4 lesconfidences de Hoarvian et contribue, au moins indirectement, à l’union de ce dernier avec
* CIRDoMoC (Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique), Landévennec.
1
A. de La Borderie, « Saint Hervé.
Vie 
latine ancienne et inédite publiée avec notes et commentaire historique », dans
Mémoires de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord 
, t. 29 (1891), p. 295-296.
2
B. Merdrignac,
Recherches sur l'hagiographie armoricaine du VII 
au 
 
XV 
siècle 
, t. 2, s.l., 1986 (Dossiers du Centrerégional archéologique d’Alet, I), p. 96.
3
B. Tanguy,
Saint Hervé 
.
Vie et culte 
, s.l. [Tréflévenez], 1990 (
Buhez ar Zent 
), p. 31. Costhouarné, c
ne
de Lanrivoaré(Fin.) ; Lanhouarneau, c
ne
(Fin.).
 
Rivanone ; mais au § 27 il n’est plus rien d’autre que l’infâme criminel déjà décrit par l’hagiographe de saint Samson et surtout par celui de saint Gildas (les graphies
Conomer 
et
Trechmor 
dans la
vita 
de saint Hoarvé sont d’ailleurs celles qui figurent dans celle de saint Gildas)
4
.On dispose d’un autre témoignage sur la pluralité des traditions hagiographiques relatives à Hoarvé: au § 4, Commor et Hoarvian, en route vers un port de la Domnonée, ont apparemment dépassél’actuelle bourgade de Lesneven quand ils rencontrent Rivanone à proximité du village deLannuchen
5
; la jeune fille leur déclare habiter avec son frère qui est aussi son tuteur. Pour quecelui-ci donne son consentement au mariage de sa soeur, on le fait venir chez un nommé Malot(*Maloc), dont la demeure est le gîte d’étape (ultime ?) de Hoarvian avant l’embarquement de cedernier pour la Grande-Bretagne ; là est célébré le mariage entre Hoarvian et Rivanone et aussitôtconsommée leur union, en un lieu qu’il convient donc de situer entre Lannuchen et la côte, dansla presqu’île de Plouguerneau, car c’est dans ces parages que le jeune Hoarvé recevra sa formation,auprès du prêtre Harzian, à Lannerchen (§ 10)
6
. Or, au § 6, on indique que, né à Lanrioul
7
, Hoarvéfut élevé par sa mère à Quéran
8
, à près d’une vingtaine de kilomètres à l’est de Lannuchen : cecurieux détour est justifié par le nom de l’oncle de Hoarvé, Rigour, qui se retrouve effectivementdans Lanrioul et dont la présence au § 4 doit ainsi résulter d’une interpolation. En fait,l’hagiographe a surtout voulu rendre compte de la tradition qui, à son époque, avait cours àQuéran, où l’on montrait devant la porte de l’église le berceau du futur saint.
Quelques éléments de critique interne Quelques éléments de critique interne Quelques éléments de critique interne Quelques éléments de critique interne 
Ainsi se retrouvent, croyons nous, dans la
vita 
de saint Hoarvé les interventions successives detrois auteurs que nous désignons pour le moment par les trois lettres
AAAA
,
B
et
C
, du plus ancien au
4
 
Idem 
, p. 91.
5
 
Id 
., p. 47. Lannuchen, c
ne
du Folgoët (Fin.).
6
 
Id 
., p. 61. Lannerchen, c
ne
de Plouguerneau (Fin.).
7
Lanrioul, c
ne
de Plouzévédé (Fin.). L’identification de Lanrioul avec le
Lanna Rigurii 
de la
vita 
a été proposée pour lapremière fois par D.-L. Miorcec de Kerdanet : voir A. Le Grand ,
Les Vies des saints de la Bretagne armorique 
, 4
e
 édition, Brest-Paris, 1836, p. 314, n. 1. Les toponymes en Lan-, « ermitage, monastère », en vieux-breton
lann 
, en latin
lanna 
, associent en général à ce préfixe le nom du fondateur du lieu, le plus souvent assimilé à un saint. En ce quiconcerne Rigour, « outre qu’il apparaît au IX 
e
siècle comme anthroponyme laïc dans les actes de Redon, sous la formeRiwr, Riwor, c’est aussi, dans la Vie de saint Malo, le nom d’un “homme fort dévôt envers Dieu”. Même si le nom del’éponyme de Lanrivoaré n’en diffère que par l’adjonction de la désinence –oe, il reste hasardeux de les confondre » (B.Tanguy,
Saint Hervé…,
p. 49).
8
Quéran, c
ne
de Tréflaouenan (Fin.).
 
plus récent. A quoi il faut encore ajouter quelques variantes qui ne se retrouvaient pas dans lemanuscrit de l’abbaye Saint-Vincent du Mans ; ces variantes sont apparemment le fait d’uncompilateur tardif, dont le texte a été inséré dans le légendaire de Tréguier, du dernier tiers du XV
e
 siècle : nous attribuons à ce compilateur la lettre
D
. Comme nous l’avons dit plus haut, lesBénédictins bretons, au XVII
e
ou au XVIII
e
siècle, ont beaucoup aggravé la complexité de ce
stemma textuum 
.
AAAA
écrit au moment où culmine le prestige des Irlandais dans l’hagiographie bretonnecontinentale, prestige lié sans doute à leur rôle dans la reconstruction religieuse de la Bretagnearmoricaine après l’époque troublée des incursions normandes : témoignent en particulier de cette« mode » irlandaise plusieurs
vitae 
trégoroises qui paraissent avoir été écrites dans la secondemoitié du XI
e
siècle (la
vita 
moyenne de saint Tugdual, la
vita I 
de saint Maudez, la
vita 
de saintEfflam)
9
.Dans un passage de la
vita 
de saint Hoarvé (§ 10) qu’il convient donc d’attribuer au plus anciende ses hagiographes, ce dernier évoque le personnage de Harzian, « prêtre et moine », dont il ditqu’il revenait « des écoles des docteurs hiberniques »
10
; de même dans la
vita 
de Gildas (composéevers 1060-1066), le saint passe en Irlande car, explique l’hagiographe, « il voulait s’enquérir, enchercheur curieux , de doctrines d’autres maîtres, tant en philosophie qu’en théologie »
11
.Mais la fascination exercée sur les Bretons par les Irlandais demeure ambiguë : ainsi, toujoursselon
AAAA
, un certain Huctan
,
artisan irlandais très adroit venu mettre ses multiples compétences auservice de saint Majan, est-il en fait un démon qui sera démasqué par saint Hoarvé (§ 33) puisdéfinitivement chassé sur le conseil de saint Goëznou (§ 34).
D
préfère quant à lui supprimer purement et simplement la référence à la formation « hibernique » de Harzian et omet la précisionque celui-ci était prêtre en même temps que moine
12
.Les rapports entre le saint et l’évêque de Léon saint Houardon tels qu’ils sont décrits dans la
vita 
 de saint Hoarvé sont difficilement compatibles avec une datation haute. Au contraire leur similitude avec la situation au bas Moyen Âge, en particulier celle qui concerne les relations entreles nouveaux agents de la pastorale, les moines mendiants, et les différents prélats qui ont occupé à
9
A.Y. Bourgès, « De la
vita 
de saint Cunwal à celles des saints Tugdual, Maudez et Efflam », dans
Trégor vivant.Mémoires offerts à la mémoire de Nicole Chouteau 
, s.l., 1997, p. 141-151.
10
Texte du ms. de Saint-Vincent du Mans (éd. La Borderie, p. 260, n. 2-3) : …
Abiit [Hoarveus] ad sanctum Arthianum,sacerdotem monachum, nuper revertentem a scolis Hybernorum doctorum.
 
11
Traduction par C.M.J. Kerboul-Vilhon,
Gildas le Sage. Vies et œuvres 
, Sautron, 1997, p. 139.
12
Texte du légendaire de Tréguier (éd. La Borderie, p. 260) : …
Abiit [Hoarveus] ad sanctum Harthianum monachum 
.

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