plus récent. A quoi il faut encore ajouter quelques variantes qui ne se retrouvaient pas dans lemanuscrit de l’abbaye Saint-Vincent du Mans ; ces variantes sont apparemment le fait d’uncompilateur tardif, dont le texte a été inséré dans le légendaire de Tréguier, du dernier tiers du XV
e
siècle : nous attribuons à ce compilateur la lettre
D DD D
. Comme nous l’avons dit plus haut, lesBénédictins bretons, au XVII
e
ou au XVIII
e
siècle, ont beaucoup aggravé la complexité de ce
stemma textuum
.
AAAA
écrit au moment où culmine le prestige des Irlandais dans l’hagiographie bretonnecontinentale, prestige lié sans doute à leur rôle dans la reconstruction religieuse de la Bretagnearmoricaine après l’époque troublée des incursions normandes : témoignent en particulier de cette« mode » irlandaise plusieurs
vitae
trégoroises qui paraissent avoir été écrites dans la secondemoitié du XI
e
siècle (la
vita
moyenne de saint Tugdual, la
vita I
a
de saint Maudez, la
vita
de saintEfflam)
9
.Dans un passage de la
vita
de saint Hoarvé (§ 10) qu’il convient donc d’attribuer au plus anciende ses hagiographes, ce dernier évoque le personnage de Harzian, « prêtre et moine », dont il ditqu’il revenait « des écoles des docteurs hiberniques »
10
; de même dans la
vita
de Gildas (composéevers 1060-1066), le saint passe en Irlande car, explique l’hagiographe, « il voulait s’enquérir, enchercheur curieux , de doctrines d’autres maîtres, tant en philosophie qu’en théologie »
11
.Mais la fascination exercée sur les Bretons par les Irlandais demeure ambiguë : ainsi, toujoursselon
AAAA
, un certain Huctan
,
artisan irlandais très adroit venu mettre ses multiples compétences auservice de saint Majan, est-il en fait un démon qui sera démasqué par saint Hoarvé (§ 33) puisdéfinitivement chassé sur le conseil de saint Goëznou (§ 34).
D DD D
préfère quant à lui supprimer purement et simplement la référence à la formation « hibernique » de Harzian et omet la précisionque celui-ci était prêtre en même temps que moine
12
.Les rapports entre le saint et l’évêque de Léon saint Houardon tels qu’ils sont décrits dans la
vita
de saint Hoarvé sont difficilement compatibles avec une datation haute. Au contraire leur similitude avec la situation au bas Moyen Âge, en particulier celle qui concerne les relations entreles nouveaux agents de la pastorale, les moines mendiants, et les différents prélats qui ont occupé à
9
A.Y. Bourgès, « De la
vita
de saint Cunwal à celles des saints Tugdual, Maudez et Efflam », dans
Trégor vivant.Mémoires offerts à la mémoire de Nicole Chouteau
, s.l., 1997, p. 141-151.
10
Texte du ms. de Saint-Vincent du Mans (éd. La Borderie, p. 260, n. 2-3) : …
Abiit [Hoarveus] ad sanctum Arthianum,sacerdotem monachum, nuper revertentem a scolis Hybernorum doctorum.
11
Traduction par C.M.J. Kerboul-Vilhon,
Gildas le Sage. Vies et œuvres
, Sautron, 1997, p. 139.
12
Texte du légendaire de Tréguier (éd. La Borderie, p. 260) : …
Abiit [Hoarveus] ad sanctum Harthianum monachum
.
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