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Les origines irlandaises de Saint Briac honoré en Bretagne Les origines irlandaises de Saint Briac honoré en Bretagne Les origines irlandaises de Saint Briac honoré en Bretagne Les origines irlandaises de Saint Briac honoré en Bretagne : légende : légende : légende : légende ou réalité ou réalité ou réalité ou réalité ? ?
par Andrépar Andrépar Andrépar André----Yves Bourgès, CIRDoMoC*Yves Bourgès, CIRDoMoC*Yves Bourgès, CIRDoMoC*Yves Bourgès, CIRDoMoC*Comme le faisait déjà remarquer dom L. Gougaud au début de notre siècle
1
, etcomme l’a rappelé récemment le professeur P. Riché à propos de saint Maudez
2
, lenombre de saints irlandais que la tradition hagiographique bretonne armoricaines’est appropriés, suite à leur installation dans la péninsule, est infiniment moindreque ceux des saints d’origine galloise ou cornique. Encore ce nombre, indiquait J.Loth, a-t-il été sans doute exagéré par les hagiographes tardifs qui auront« transformé en Irlandais des saints dont ils ne connaissaient pas bien l’origine » :d’après la forme de leurs noms, seraient « incontestablement Irlandais » huit saintsseulement, dont saint Briac
3
.Pour autant il ne faut pas minimiser les relations commerciales et donc culturellesau sens large, qui ont rapproché, très tôt et tout au long du Moyen Age, l’Irlande etl’Armorique, souvent par le biais de l’île de Bretagne, et dans lesquelles il semble quele Trégor maritime ait joué un rôle central
4
. Quant à la période à laquelle cesrelations ont été les plus intenses, il est possible qu’elles soient seulement
*
Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique 
, Landévennec,France.
1
L. Gougaud,
Les chrétientés celtiques 
, 1
re
éd., Paris, 1911 ; 2
e
éd., Crozon, 1995, p. 161. — DomGougaud mentionne les seuls saints Fingar, Briac, Maudez, Vouga ; cette courte liste est sans doutedémarquée de celle donnée par J. Loth : voir ci-dessous n. 3.
2
P. Riché, « Saint Maudez, irlandais, breton et parisien », dans
Mélanges François Kerlouégan 
,Besançon-Paris, 1994, p. 539-544.
3
J. Loth,
L’émigration bretonne en Armorique du V 
au VII 
siècle de notre ère 
, Rennes, 1883, p. 164.— La liste complète (p. 164-165) comprend Fingar alias Guigner, Briac, Maudez, Tenenan, Senan,Quenan, Ronan et Vouga. A ces noms dont la forme serait la garantie de leur origine irlandaise, J.Loth ajoute, d’après les bréviaires et légendaires, ceux des saints Sezni, Sané, Efflam, Kerrien et desainte Osmane.
4
Sur ces relations directes ou triangulaires — via l’île de Bretagne — entre l’Irlande et la Bretagnecontinentale, voir la communication de B. Merdrignac, « La perception de l’Irlande dans les
Vitae 
dessaints bretons du haut Moyen Age (VII
e
-XII
e
siècles) », dans les
Actes du colloque de Rennes (29-30 mars 1993) 
publiés sous le titre
Irlande et Bretagne — Vingt siècles d’histoire 
, s.l. [Rennes], 1994, p.64-75, en particulier p. 70-72, l’hypothèse d’une « filière trégoroise » qui aurait favorisé le passage etl’acclimatation en Bretagne armoricaine d’un certain nombre de traditions historico-légendairesvenues d’Irlande. Nous avons reconnu à l’occasion de notre propre travail d’édition du dossier littéraire de saint Melar, martyr dont le principal lieu de culte est à Lanmeur dans le Trégor occidental, deux motifs qui sont très nettement empruntés à la mythologie irlandaise : A.-Y. Bourgès,
Le dossier hagiographique de saint Melar. Textes, traduction, commentaires 
, Lanmeur, 1997(Britannia monastica, 5), p. 171-173.
 
 2
postérieures au premier tiers du X 
e
siècle et qu'elles aient été, pour une large part, laconséquence de la participation de moines irlandais à la reconstruction religieuse dela Bretagne armoricaine après les raids vikings qui avaient dévasté la péninsulependant plus d'un demi siècle
5
.
Rapide état de la question et problématique Rapide état de la question et problématique Rapide état de la question et problématique Rapide état de la question et problématique 
Saint Briac est donné, ainsi que l’indiquait en 1636 l’hagiographe dominicain deMorlaix, Albert Le Grand, comme originaire d’Irlande et plus précisément de la
 province d’Vltonie 
, notre moderne Ulster 
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. On a vu que les spécialistes comme J.Loth et dom L. Gougaud ont fait fond sur cette origine irlandaise que corroborait laforme du nom du saint ; et le chanoine (anglican) G.H. Doble a même cru unmoment devoir reconnaître saint Briac sous le voile virginal de sainte
Breaca 
,comme l’avait fait en son temps l’évêque d’Exeter, John Bothe (1465-1478) quiappelle
Briacus 
le patron de la paroisse cornique de Breage
7
. Les fragments conservésde la
Vita 
de la sainte éponyme de Breage nous disent en effet qu’elle était originaired’Irlande, et justement native des pays de Leinster et Ulster,
nata in partibus Lagonie et Vltonie 
. N.I. Orme, à qui nous devons l’édition récente et largement commentéedes fragments de cette
Vie 
latine suggère lui-aussi, mais très rapidement et trèsallusivement, un possible rapprochement entre sainte
Breaca 
et saint Briac
.Cependant, à l’occasion de son travail sur saint Brieuc, le chanoine Doble a émis uneautre hypothèse et supposé que Briac était le même que Brieuc
9
, opinion depuisrappelée par L. Fleuriot
10
. Plus récemment encore, A.J. Raude a conclu que« l’existence d’un
Briac 
différent de
Brieuc 
est douteuse. S’il avait été irlandais lenom aurait du être *
Briach 
»
11
.La première interrogation concerne donc l’existence d’un saint du nom de Briacet sa différenciation d’avec un autre saint nommé Brieuc. Ensuite, si nous pouvonsconclure de manière suffisamment formelle à la réalité hagiographique de saintBriac, la seconde interrogation portera sur sa prétendue origine irlandaise. Mais ilsera nécessaire à cette occasion de procéder à une analyse discursive et comparativeà partir des rares indices en notre possession.
5
Merdrignac, «La perception de l'Irlande dans les
vitae 
de saints bretons...», p. 72. Cet auteur fait échoen l'occurrence à une hypothèse déjà avancée par R. Couffon, « Echos hagiographiques d’un congrès »,dans
Mémoires de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord 
, t. 86 (1957), p. 89-93.
6
A. Le Grand,
Vies des saints de la Bretagne Armorique 
, 1
re
éd., Nantes, 1636, p. 650.
7
G.H. Doble,
The Saints of Cornwall 
, t. 1, Truro, 1960, p. 98.
8
N.I. Orme, « Saint Breage : A Medieval Virgin Saint of Cornwall », dans
Analecta Bollandiana 
, t. 110(1992), p. 341-352. — L’édition des fragments de la
Vita Sancte Breace 
figure à la p. 352 ; saint Briacest signalé à la n. 38, p. 349.
9
Doble,
The Saints of Cornwall 
, t. 4, Truro, 1965, p. 94-95.
10
L. Fleuriot,
Les origines de la Bretagne 
, 2
e
éd., Paris, 1982, errata et corrigenda, p. 348.
11
A.J. Raude,
L’origine géographique des Bretons armoricains 
, s.l. [Lorient], 1996, p. 156.
 
 3
Saint Briac n’est pas le même que saint Brieuc Saint Briac n’est pas le même que saint Brieuc Saint Briac n’est pas le même que saint Brieuc Saint Briac n’est pas le même que saint Brieuc Brioc 
est une forme hypocoristique de
Briomaglus 
(*
Brimael 
) et, au delà de petitesconfusions graphiques avec le nom
Briac 
à l’occasion de la transcription plus oumoins tardive de certaines pièces d’archives
12
, les deux noms sont bien distingués,comme le sont également les deux personnages qui les portent. En effet, saint Brieucne partage pas avec saint Briac ses coordonnées hagiographiques d’ordretopographique et d’ordre chronologique, « éléments simples mais nécessaires etsuffisants pour identifier un saint », comme l’écrivait le promoteur de ce système, lepère H. Delehaye
13
.Ainsi Saint Brieuc était-il honoré principalement au chef-lieu éponyme dudiocèse qui porte son nom, ainsi que dans le diocèse de Cornouaille, à Plonivel(
*Ploe Brimael 
>
*Ploe Vrimael 
>
Ploerimael 
en 1338) à la date traditionnelle du 1
er 
 mai. Saint Briac quant à lui était honoré principalement à Bourbriac, dans le diocèsede Tréguier, à la date traditionnelle du 18 décembre attestée jusqu’au milieu du XV
e
 siècle au moins. Cette date fut par la suite avancée au 17 décembre
14
. En outre, leculte de saint Briac était établi dès le début du XI
e
siècle : son nom et la date de son
festum 
, mais aussi sa qualité de confesseur et le territoire où s’est exercé sonapostolat font en effet l’objet d’une laconique mais précieuse mention dans unsacramentaire d’une église du nord de la France, repéré et daté d’après son écriturepar l’abbé F. Duine
15
. Dans ce sacramentaire le nom de Briac figure en compagnie deceux de saints ‘bretons’ beaucoup plus connus comme Samson, Malo et Magloire.Un inventaire de l’abbaye Saint-Magloire de Paris daté 1319 mentionne laprésence, entre celles de nombreux saints, de reliques de saint
Briachi 
, regroupéesavec celles de saint Léon pape, de saint Brice et de saint Méloire confesseur, sans quesoient d’ailleurs précisées leur nature, ni leur quantité
16
, d’où l’on peut en déduirequ’il s’agissait vraisemblablement de fragments d’os assez insignifiants. Cetinventaire est en français, mais son auteur a conservé les formes anciennes des nomsdes saints les moins connus de lui que lui avaient sans doute procurées les
12
C’est notamment le cas dans la transcription des statuts synodaux de Tréguier promulgués en 1450et 1459 par les évêques successifs Jean de Ploeuc et Jean de Coëtquis, qu’a donnée dom H. Morice,
 Mémoires pour servir de preuves à l’histoire... de Bretagne 
, t. 2, respectivement col. 1523 et 1532 :voir plus bas n. 18 et 19.
13
H. Delehaye,
Cinq leçons sur la méthode hagiographique 
, Bruxelles, 1934 (
Subsidia hagiographica 
,21), cité par dom J. Dubois et J.-L. Lemaître,
Sources et méthodes de l’hagiographie médiévale 
, Paris,1993, p. 16.
14
Saint Briac était fêté à Bourbriac au 17 décembre dès avant 1631 comme en témoigne Albert LeGrand. Nous ignorons la raison de ce changement, sinon peut-être pour favoriser la célébration au 18du culte de saint Victor martyr, dont l’église de Bourbriac conservait également quelques reliques.
15
Ms. Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds latin 11589. Voir F. Duine,
Inventaire liturgique de l’hagiographie bretonne 
, Paris, 1922 (extrait des
Mémoires de la Société archéologique d’Ille-et- Vilaine 
), notice 21, p. 23 et suiv. ; p. 27 :
In Britania Sancti Briaci confessoris.
— On s’attendrait plutôtà avoir, puisqu’il s’agit de la Bretagne armoricaine, la formule
In Britania minori.
 
16
A. Terroine et L. Fossier,
Chartes et documents relatifs à l’abbaye de Saint-Magloire de Paris 
, t. 2,Paris, 1966, p. 556.

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