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1
Yves de Kermartin hagiographe et la seconde Yves de Kermartin hagiographe et la seconde Yves de Kermartin hagiographe et la seconde Yves de Kermartin hagiographe et la seconde 
vitavitavitavita
de saint Maudez de saint Maudez de saint Maudez de saint Maudez 
Par AndréPar AndréPar AndréPar André----Yves Bourgès*Yves Bourgès*Yves Bourgès*Yves Bourgès*
Le dossier hagiographique de saint Maudez contient deux 
vitae 
. La plus ancienne a étécomposée dans les dernières années du XI
e
siècle ou au plus tard dans les premières années dusiècle suivant, à l’initiative de l’évêque de Tréguier, sinon par le prélat lui-même
1
, peut-être à lasuite de l’
inventio 
ou de la
reversio 
de reliques attribuées à saint Maudez
2
. La seconde
vita 
figuredans un manuscrit du XIV
e
siècle qui faisait autrefois partie de la bibliothèque du chapitre de lacathédrale Sainte-Croix d’Orléans : selon Arthur de la Borderie, « il n’y a pas lieu de rapporter larédaction de cette pièce à une époque beaucoup antérieure, tout au plus à la fin du XIII
e
siècle. Onsait qu’il y avait alors beaucoup de Bretons aux écoles d’Orléans, cela explique suffisamment lapopularité du culte de S. Maudez en cette ville et le besoin qu’on éprouva de renouveler,d’amplifier et d’embellir sa légende »
3
. Au reste, La Borderie, pour qui l’auteur de la seconde
vita 
 de saint Maudez était « très probablement — pour ne pas dire certainement — un clerc bretonvenu à Orléans, sur la fin du XIII
e
siècle ou le commencement du XIV
e
, pour étudier le droit dansles célèbres écoles de cette ville »
4
, estime que cette composition, « curieuse commedéveloppement légendaire, n’a pas de valeur historique »
5
.
*
CIRDOMOC (Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique), Landévennec.CIRDOMOC (Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique), Landévennec.CIRDOMOC (Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique), Landévennec.CIRDOMOC (Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique), Landévennec.
 
1
A.-Y. Bourgès « De la
vita 
de saint Cunwal à celles des saints Tugdual, Maudez et Efflam », dans
Trégor vivant.Mémoires offerts à la mémoire de Nicole Chouteau 
, s.l., 1997, p. 141-151.
2
Sur les reliques et le culte de saint Maudez, on peut encore consulter avec profit l’étude pourtant ancienne de l’abbé Y.-M. Lucas, « Le culte de saint Maudet et de saint Rion », dans
Revue historique de l’Ouest 
, année 1892, p. 559-566, 702-723 et année 1893, p. 211-225.
3
A. de la Borderie, « Saint Maudez. Texte latin des deux 
Vies 
les plus anciennes de ce saint et de son très-ancien officeavec notes et commentaire historique », dans
Mémoires de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord 
, t. 28 (1890), p.248. Le nom du saint est orthographié
Mandetus 
dans le manuscrit d’Orléans : ainsi la réduction romane de ladiphtongue s’était-elle accompagnée d'une nasalisation (remarque de J.-Y. Le Moing) ; mais il peut également s’agir d’une confusion orthographique entre le
et le
qui se retrouve souvent dans les transcriptions tardives. La forme
Mandetus 
confirme en tout cas que nous n’avons pas affaire au manuscrit original.
4
 
Ibidem 
, p. 252.
5
 
Ibid 
., p. 258.
 
2
On sait maintenant ce qu’il convient de penser de l’« historicité » des
vitae 
de saints bretons. Enrevanche, les informations que recèlent ces ouvrages quant aux motivations de leurs auteurs et aux circonstances de leur composition permettent d’alimenter une très intéressante réflexion de naturehistoriographique : c’est donc moins « l’histoire du saint » que « l’histoire de son histoire » qui setrouve désormais au cœur des préoccupations de l’historien. L’identification des hagiographes,lesquels sont le plus souvent anonymes, constitue un enjeu important de cette approchehistoriographique ; des avancées substantielles ont d’ailleurs été réalisées depuis peu sur ce terrain :c’est notamment le cas des biographes de saint Goëznou et de saint Corentin
6
. Nous proposonsaujourd’hui une nouvelle hypothèse selon laquelle l’auteur de la seconde
vita 
de saint Maudezn’était autre que le jeune Yves de Kermartin, le futur saint Yves de Tréguier.On connaît en effet l’intérêt que ce dernier témoignait aux saints locaux, au premier chef letrégorois saint Tugdual ; mais étaient également concernés des Cornouaillais comme saint Teilo etsaint Ronan. Le calendrier de son bréviaire, pour les quatre mois conservés (mars, avril, mai, juin),mentionne plusieurs saints d’origine bretonne ou du moins armoricaine : Aubin (vannetais devenuévêque d’Angers, mis en rapport avec saint Tugdual dans toutes les pièces hagiographiques de cedernier), Guénolé, Patern, Paul (moine et disciple de saint Tugdual) Corentin, Brieuc, Modéran,les Enfants nantais, Hoarvé, Mars (ici associé au normand saint Leufroy)
7
. De surcroît l’abbé deBégard, Pierre, entendu lors de l’enquête de 1330, attribue à Yves de Kermartin la compilationd’un recueil de
Flores sanctorum 
8
, vraisemblablement destiné à nourrir d’
exempla 
ses nombreusesprédications. Certaines attitudes du futur saint paraissent même avoir été directement empruntéesà de tels modèles, jusque dans les manifestations de son pouvoir thaumaturgique : ainsi, pour lutter contre un incendie, on voit Yves de Kermartin jeter sur le feu un peu de lait sur lequel il aprécédemment fait un signe de croix 
9
. « Ce pouvoir extinctif du lait fait partie des thèmes passe-partout de l’hagiographie », souligne J. Le Mappian, qui mentionne notamment les légendes de
6
A.-Y. Bourgès, « Guillaume le Breton et l’hagiographie bretonne aux XII
e
et XIII
e
siècles », dans
Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest 
, t. 102 (1995), n° 1, p. 35-45 ; « A propos de la
vita 
de saint Corentin », dans
Bulletin de la Société archéologique du Finistère 
, t. 127 (1998), p. 291-303.
7
Abbé Raison, « Le bréviaire de saint Yves », dans
Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne 
, t. 8(1927), p. 232-235.
8
Monuments originaux de l’histoire de saint Yves 
, publiés par A. de La Borderie, J. Daniel, R.P. Perquis et D. Tempier,Saint-Brieuc, 1887, p. 57.
9
 
Ibidem 
, p. 185.
 
3
sainte Barbe et de sainte Marguerite
10
; à moins qu’il ne s’agisse d’une pratique « magique » repriseà son compte par le recteur de Louannec. Mais il convient de souligner que le culte de sainte Barbeavait été substitué à Plouaret (C.-d’A.) à celui d’un obscur saint
Barvoet 
, éponyme de la paroisse,dans les années 1270-1330
11
: peut-être faut-il voir dans cette substitution l’influence d’Yves deKermartin que l’exercice de sa fonction d’official de Tréguier avait amené à Plouaret à l’occasiond’une visite épiscopale
12
; ce rapprochement semble d’autant plus pertinent que sainte Barbe etsaint Yves ont été parfois associés dans une même dévotion par les Trégorois du XV
e
siècle
13
.
Caractéristiques de la seconde Caractéristiques de la seconde Caractéristiques de la seconde Caractéristiques de la seconde 
vitavitavitavita
de saint Maudez de saint Maudez de saint Maudez de saint Maudez 
L’auteur de cet ouvrage avait incontestablement à sa disposition la première
vita 
du saint, àlaquelle il a emprunté l’essentiel de la matière de son récit et dont il a transcrit
verbatim 
unevingtaine de lignes du texte édité par La Borderie
14
. Son apport personnel est principalementconstitué par : 1° les précisions sur les raisons du départ de saint Maudez, celui-ci ayant en effetquitté l’Irlande pour échapper à la fois au mariage et au trône ; 2° le lieu de débarquement du sainten Armorique et les circonstances dans lesquelles Maudez s’était successivement installé en troisendroits différents ; 3° les donations « officielles » dont avait bénéficié le saint en ce qui concernaitles deux derniers établissements.Le motif pour lequel saint Maudez avait quitté l’Irlande aux dires de l’auteur de la seconde
vita 
 n’est pas sans rappeler celui que l’hagiographe de saint Efflam met en avant pour justifier lui aussila véritable fuite de son héros
15
: dans les deux cas, il s’agit pour le saint d’échapper à sa destinée,
10
J. Le Mappian,
Saint Yves, patron des juristes 
, Rennes, 1997, p. 200.
11
B. Tanguy,
Dictionnaire des noms des communes, trèves et paroisses des Côtes d’Armor 
, s.l. [Douarnenez], 1992, p.202.
12
 
Monuments originaux de l’histoire de saint Yves 
, p. 62.
13
En témoigne le ms Saint-Quentin, Bibliothèque municipale, n°123, transcrit par un certain Olivier du Garspern(renseignement aimablement communiqué par Gw. Le Duc) : Olivier du Garspern, chanoine de Tours (1463), puis deTréguier, fut inhumé dans la cathédrale de Tréguier ; la famille du Garspern était possessionnée à Plougonven. Onobserve également que sainte Barbe est représentée « aux côtés des saints bretons Yves et Salomon, dans les restesd’une fenêtre du XV
e
siècle, à la chapelle Notre-Dame de Pitié à Boquého » : Ch. Prigent,
Pouvoir ducal, religion et  production artistique en Basse-Bretagne 1350-1575 
, Paris, 1992, p. 412.
14
A. de la Borderie, « Saint Maudez », p. 203.
15
 
Idem 
, « Saint Efflam. Texte inédit de la
Vie 
ancienne de ce saint avec notes et commentaire historique », dans
Annales de Bretagne 
, t. 7 (1892), n°3, p. 282-285.

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