II – Edification progressive de l’Etat-providence en FranceA la veille de la première guerre mondiale
, la France ne bénéficie que d’une loi sur lesaccidents du travail. La loi de 1910 sur les retraites ouvrières et paysannes sera la premièretentative d’aller vers les assurances sociales. Mais, critiquée par les syndicats, votée trèsdifficilement, elle se verra vidée de sa portée par une décision de la Cour de cassation quiinvalidera le principe de l’obligation de cotisation.
Après la guerre de 1914-1918
, le Gouvernement français élaborera un projet beaucoup plusaudacieux d’assurances sociales (projet GRINDA de 1921) qui sera difficilement adopté en1928 et modifié en 1930.La loi votée en 1930 concède un régime spécial aux agriculteurs. Celui-ci respectel’autonomie des caisses mutuelles, en leur laissant leurs avantages antérieurs (contrôle desdeux tiers des assurances maladie et vieillesse).De plus, le patronat crée ses propres caisses. Les médecins obtiennent le paiement direct àl’acte.En 1939 sont adoptées les allocations familiales. Néanmoins, à la veille de la seconde guerremondiale, le nombre de Français couverts par la protection sociale est très restreint.
Le plan de sécurité sociale de 1945
a pour ambition d’étendre la sécurité sociale àl’ensemble de la population mais aussi de rationaliser la protection sociale par l’institutiond’une caisse unique dans le cadre d’une nouvelle organisation économique assurant le pleinemploi et d’en faire assurer la gestion par des organisations syndicales associées au patronat.Avec
les ordonnances de 1945
, dans un contexte politique et social caractérisé par la volontéd’établir les bases d’une société plus juste et l’affaiblissement de l’influence politique du patronat, c’est une véritable gestion syndicale qui est instituée.Le principe de l’élection par les assurés des administrateurs des caisses est posé par
la loi du30 août 1945
. Cette loi défend des principes tels l’universalité, l’unité et la généralisation (lesambitions du législateur étant à la fois d’étendre la sécurité sociale à l’ensemble de la population et de faire relever toutes les professions d’un régime général gérant l’ensemble desrisques).Cependant, dès le départ, il est dérogé au principe d’unité : les allocations familiales étant par exemple constituées en branche séparée.Les contributions sont multiples : contribution des salariés et des employeurs pour les principaux risques, cotisations des employeurs pour les allocations familiales.En outre, le risque chômeur n’est pas couvert.Les fonctionnaires et les agents des services publics (chemin de fer, électricité…) cherchent àconserver leurs « régimes spéciaux » du fait de leurs avantages en matière de retraites.Les artisans, les commerçants, les professions libérales et les agriculteurs, refusant de cotiser avec les salariés, constituent des régimes autonomes. Ainsi, bien que le système français desécurité sociale se généralise rapidement, le caractère d’universalité ne tarde pas à disparaître.A côté du régime général persiste une multiplicité de régimes autonomes et de régimesspéciaux, chacun établissant des conditions d’éligibilité et des droits différents.
La réforme de 1967
réintroduit une certaine cohérence, mais sur la base de la diversitéreconnue et organisée. Par ailleurs, alors que durant les deux premières décennies la sécuritésociale offre surtout une sécurité minimale, à la fin des année 1960 est mise en place une2