UNE RELATION DE TOTALE CONFIANCE
Nous ignorons précisément quand ils se sont rencontrés pour lapremière fois. Mais Léon Werth faisait partie de ces jeunes intellectuelsnon conformistes et passionnés d’art qui, tels Francis Jourdain et GeorgeBesson, voyaient dans le vieil écrivain prématurément usé, sinon unmaître à penser, ce à quoi il n’a bien évidemment jamais prétendu, dumoins un exemple à suivre, voire un modèle, tant sur le plan de l’écritureque sur celui de l’engagement, où les exigences éthiques et esthétiquessont indissociables. Et il n’est donc pas étonnant qu’il soit spontanémentallé, comme tant d’autres, lui rendre visite, sinon hommage, mais en touteindépendance : «
Je ne m’étais jamais cherché un maître
», dira Werth
.Quoi qu’il en soit des débuts de leur amitié, elle a été d’embléesolide et définitive, et les signes d’admiration réciproque se sontmultipliés. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’entre ces deuxcaractères bien trempés et forts en gueule il n’y ait jamais eu dedésaccords : avec un Mirbeau, qui joue bien souvent au provocateur,histoire de tester ses interlocuteurs ou d’accoucher les esprits, et unWerth plutôt ombrageux, qui prend facilement la mouche et se piqued’intransigeance, au risque de braquer ses meilleurs amis, la discussion nepouvait être que permanente, mais comme elle doit l’être entre deuxlibres esprits, émoustillés par la confrontation intellectuelle et qui n’ontque du dégoût pour la vile complaisance. Comme le note George Besson,ces «
charmantes querelles
[...]
se terminaient par une exclamationaffectueuse ou par un reproche boudeur de Mirbeau, devenu compagnonraisonnable : “C’est étonnant, mon petit Werth, comme vous aimez l’exagération
”
».Dans l’histoire des relations entre les deux amis, trois épisodesméritent d’être rappelés : leur collaboration pour achever
Dingo
, la batailledu prix Goncourt 1913 et l’affaire du faux « Testament politique » deMirbeau.
La collaboration pour
Dingo
Depuis 1905 et le terrible «
coup de poing de la vieillesse
» qu’il a«
reçu sur la tête
», surtout depuis
l’été 1908, où il a «
bien failli passer l’arme à gauche
», comme il le confie au «
grand dieu de son cœur
»Auguste Rodin
, et jusqu’à son décès dans son pied-à-terre de la rueBeaujon, en février 1917, Mirbeau a continuellement des ennuis de santé,
2
Dans le n° 2 des
Cahiers d’aujourd’hui
(février 1913).
3
Cité par Gilles Heuré,
op. cit.
, p. 91.
4
Lettre à Gustave Geffroy du 8 juillet 1905, Archives de l’Académie Goncourt, Nancy.
5
Octave Mirbeau,
Correspondance avec Rodin
, Tusson, Éditions du Lérot, 1988, p. 232.
3
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