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LE QUOTIDIEN INDÉPENDANT - Jeudi 10 décembre 2009
N°5811
- Vingtième année - Prix : Algérie : 10 DA. France : 1
 €
. USA : 2,15 $. ISSN : 1111-0333 - http://www.elwatan.com
GRIPPE A (H
1
N
1)
El Watan 
 
SAHEL
L’OFFRE DE SERVICEDE LA TROÏKA DE L’UE
Un soutien plein et entier vientd’être donné par l’UE, aprèsl’accord de Washington ennovembre dernier, en vue d’or-ganiser un sommet sur la sécuri-té et la lutte antiterroriste danstous les pays du Sahel.
P. 5 
SPÉLÉOLOGIE
LA PRÉSIDENTEDE LA FIDH
«Le maintien del'état d'urgenceest préoccupant»
La présidente de la FIDH se dit
«extrêmement préoccupée»
par le fait que
«le maintien del'état d'urgence, souvent justifiéet renforcé par le contexte glo-bal de lutte contre le terrorisme, soit la porte ouverte à des viola-tions flagrantes des droits del'homme et des libertés fonda-mentales, à commencer par leslibertés d'association, de ras- semblement, d'expression»
.Selon elle, les défenseurs desdroits de l'homme sont donctouchés de plein fouet par
«cesmesures de répression»
misesen œuvre par les régimesconcernés, parmi lesquelsl'Algérie et l'Egypte.
(Lire en page
 4
 )Hacen Oual
CONTRATFAF-PUMA
LES SCANDALES DU CHANTIER DE L’AUTOROUTE EST-OUEST
P.
Arrivagede 450 000 dosesde vaccin
Le juge d'instruction en charge du lourddossier de corruption lié aux marchés del'autoroute Est-Ouest, du tramway et desbarrages, vient d'inculper le chef de cabinetdu ministre des Travaux publics, FerachiBelkacem
Ainsi, il est le troisième cadre,après le secrétaire général du mêmeministère et le directeur de la planificationdu ministère des Transports, à êtrepoursuivi dans le cadre du plus importantscandale traité par la cour d'Alger.
La firme Puma remplace l’ancienéquipementier, Le Coq sportif 
Le montant du contrat d’une année(2009-2010) avoisinerait un million de dollars
Puma devrait prendre en charge au moins undes deux stages de préparation de l’EN.
P
lus d'un mois après la mise sous mandat de dépôt dusecrétaire général du ministère des Travaux publics,Mohamed Bouchama, du directeur de la planification duministère des Transports,M. Hamdane, de trois intermédiairesde sociétés étrangères et de deux jeunes qui font dans le changeparallèle à Hydra (Alger), le juge d'instruction près le tribunalde Sidi M'hamed vient d'inculper le chef de cabinet de AmarGhoul et son homme de confiance.Placé sous contrôle judiciaire, Ferachi Belkacem est poursuivipour les mêmes chefs d'inculpation retenus contre le secrétairegénéral et qui lui ont valu la mise sous mandat de dépôt.
(Suite pages 2 et 3)Salima Tlemçani
 
       P     u       b       l       i     c       i      t       é
De hauts responsables,un colonel et… Falcon
ENQUÊTE
UN NOUVEAUMAILLOTPOURL’ÉQUIPE NATIONALE
L
e nouveau maillot del’équipe nationale sera pro-chainement présenté lorsd’une cérémonie qu’organiserala FAF, à Alger, en présencedes responsables de la firmePuma, le nouveau équipemen-tier qui remplace Le Coqsportif. Pour rappel, le contratFAF-Puma a été signé cetteannée.
(Suite page 22)A.B.
UNE FÉDÉRATIONALGÉRIENNE EST NÉE
Bonne nouvelle pour les explo-rateurs de grottes : la Fédérationalgérienne de spéléologie estnée. Et sa création coïncide avecla Journée mondiale de la mon-tagne, célébrée le 11 décembrede chaque année.
P. 24
    D    E    S    S    I    N    M    A    Z    P    H    O    T    O    D    R
 
E
ntendu par les enquêteurs, Kheladi Mohamed, directeur du nou-veau programme de l'autoroute Est-Ouest au niveau de l'Agencenationale des autoroutes (ANA), n’y va pas avec le dos de la cuillère.Il affirme avoir été informé par Addou Tadj Eddine (homme d'af-faires en détention) de malversations dans lesquelles seraient impli-qués des cadres du ministère des Travaux publics, des dirigeants dela société chinoise Citic et Chani Mejdoub, qui se dit représentant duDRS à l'étranger. Kheladi connaît Chani depuis plus d'une année entant que financier de la Citic (entreprise présentée comme étant lacaisse noire du DRS). Selon lui, il l’a sollicité pour régler le conten-tieux né du fait que la Citic voulait utiliser dans ses chantiers du tuf traité en ciment au lieu du non traité convenu dans le contrat. Le tuf traité ne répond pas aux normes techniques retenues dans le cadre dumarché et est acquis à un prix dérisoire par rapport au tuf traité en ci-ment. Ce qui pousse le ministère des Travaux publics à s'y opposer.Kheladi qualifie Chani de «suspect», surtout depuis que Addou TadjEddine, a attiré son attention sur le fait qu'il travaille en même tempspour le compte du DRS et pour celui de la Citic. Addou va jusqu'àsaisir le ministre Amar Ghoul sur son cas, en vain. Kheladi, qui cha-peaute tous les projets de son département, fait état de nombreusesaffaires de corruption dans les domaines des transports, de l'hydrau-lique et des travaux publics. Il se montre très prolixe en révélations.Il déclare avoir rencontré, lors de son voyage en Chine, PhilippeShan, un homme d'affaires chinois qui lui fait savoir que des com-missions de 4% du montant du contrat de l'autoroute Est-Ouest obte-nu par la Citic sont versées à Chani Majdoub, 4 autres à des cadresde la Citic et 1,25% à un certain Kouadri de Chlef, qui représente lesservices du ministère des Travaux publics. Il cite également AddouSid Ahmed, un autre homme d'affaires (cousin de Addou Tadj) quisert d'intermédiaire à de nombreuses sociétés étrangères pour leurobtenir des marchés en contrepartie de commissions. La réussite estrendue possible grâce aux bons services, bien rémunérés, de Ham-dane Salim Rachid, directeur de la planification et de la coordinationau ministère des Transports. Dans le contrat de suivi et de contrôledu tronçon Est de l'autoroute, c'est Addou Sid Ahmed qui est inter-venu au profit de la société italienne Inco, grâce au chef de cabinetdu ministre des Travaux publics, le nommé Ferrache Belkacem, au-quel il remet une somme de 500000DA, coût de ses vacances enTurquie, en attendant le versement du reste de sa commission devantêtre défalqué du montant de 300000 dollars que Addou avait perçu.Addou est également sollicité pour arbitrer un conflit qui oppose leGroupement mixte des travaux publics (GMTP) composé de la so-ciété italienne Pizarotti et de deux autres entreprises, à l'Agence na-tionale des autoroutes relatif à la demande du groupe d'augmenterles honoraires, estimés entre 10 et 12millions d'euros.Une mission qu'il va accomplir avec l'aide d'un certain Aït KaciBoudjemâa, conseiller proche d'un certain Khata, membre duconseil d'administration de la Société de gestion des ports. Encontrepartie de ce service, une commission de 5% du montant dumarché est remise aux concernés, soit 500000 euros, dont 30% sontversés à Addou et le reste partagé entre Khata et Aït Kaci.
S.T.
L
'enquête s'ouvre en 2009, à la suited'informations selon lesquelles lescommissions versées pour l'obtentiondes marchés de l'autoroute «alimentent lacaisse noire du DRS». Le plus haut respon-sable de ce service met une équipe spécialesur l'enquête, qualifiée d’enquête du siècle,qui, après plusieurs mois, débouche sur l'in-terpellation, le 17septembre 2009, du pre-mier suspect concerné par «l'information»à l'origine des investigations et ce, à son re-tour de Paris. Il s'agit de Mejdoub Chani, unAlgérien installé au Luxembourg, très in-troduit dans le milieu des affaires. En 2006,il avait été condamné à une peine de prisonavec sursis pour son implication dans lescandale du Fonds algéro-koweitien pourl'investissement (FAKI), un établissementfinancier dans lequel il était co-actionnaireavec le fils de l'ancien ministre MohamedEl Mili et d'où des dizaines de millions dedollars ont été détournés pour être transfé-rés vers des comptes privés à l'étranger, no-tamment au Luxembourg. Fort de ses rela-tions, il met son carnet d'adresses à ladisposition de nombreuses sociétés étran-gères intéressées par le marché algérien, encontrepartie d'importantes commissions.En 2007, l'entreprise publique chinoise Ci-tic-CRCC, qui a décroché un marché deréalisation de l'autoroute Est-Ouest, une an-née auparavant, peine à recouvrer ses fac-tures, d'un montant de 400millions de dol-lars auprès du ministère des Travauxpublics, alors dirigé par Amar Ghoul.L'homme qui lui réglait tous ses problèmes,un certain Boussaïd, vivant en France, nepeut plus entrer en Algérie du fait de ses dé-mêlés avec la justice algérienne. Il solliciteChani et lui propose d'assister la Citic encontrepartie de commissions. Il accepte et,de retour au pays, il commence à contacterses connaissances sur le terrain. Il demandeau PDG de la résidence d'Etat de Club desPins, Abdelhamid Melzi, de l'aider à entreren contact avec des responsables du minis-tère des Travaux publics. Il lui organise unerencontre avec Mohamed Bouchama, le se-crétaire général. Mais c'est le conseiller duministre de la Justice, officier du DRS, ditle colonel Khaled, qui va lui faciliter latâche en l'accompagnant au bureau du se-crétaire général pour la première fois, pourle présenter à ce dernier comme étant soncousin. Chani en profite pour soulever lesproblèmes auxquels sont confrontés lesChinois. Les entrevues se multiplient et cer-tains obstacles sont franchis. Ce qui aiguisel'appétit de Chani.
L'APPÉTITVIENTEN ENCAISSANT...
Il décide alors de court-circuiter Boussaïden entrant en contact direct avec les patronsde la Citic à Pékin. Il demande à une amie,la fille de l'ancien patron de la société chi-noise, installée au Luxembourg, de lui orga-niser un rendez-vous avec le patron de l'en-treprise. Ce dernier le reçoit dans sonbureau, à Pékin, et accepte de le prendrecomme intermédiaire, à condition qu'ilprenne attache avec celui qui a introduit laCitic en Algérie. En l'occurrence Pierre Fal-con. Un magnat du trafic d'armes français,détenteur de trois autres nationalités, fran-çaise, brésilienne et angolaise (voir enca-dré). L'homme en question est à la tête dulobby français ayant la mainmise sur les af-faires en Algérie. Tout entreprise qui veutpénétrer le marché algérien doit passer parce groupe de pression bien introduit dansles rouages de l'Etat. Chani accepte et le pa-tron de la Citic lui délivre un document at-testant de son statut de représentant de lasociété chinoise en Algérie. Pour le verse-ment des commissions, évaluées dans unpremier temps à 30millions de dollars, lePDG de la Citic a recommandé la créationde deux sociétés fictives avec des comptesdomiciliés en Autriche et à Singapour verslesquels deux sommes de 15 millions dedollars ont été transférées. Un autre contratest signé entre les deux parties et concernela collecte par tous les moyens de toute in-formation qui concerne de près ou de loin lemarché de l'autoroute Est-Ouest, pour le-quel un premier versement de 350000eu-ros a été effectué sur les comptes de Chani.De retour au pays, il contacte son ami d'en-fance, le colonel Khaled, un colonel duDRS conseiller du ministre de la Justice,qui lui organise un rendez-vous avec le se-crétaire général du ministère des Travauxpublics, Mohamed Bouchama, chez lequelil l'accompagne et le présente comme étantson cousin. Chani exhibe le document signépar le PDG de la Citic et la liste des pro-blèmes rencontrés sur le terrain. Bouchamalui fait état d'une instruction du Premier mi-nistre qui consacre la priorité à la réalisationde l'autoroute Est-Ouest et qu'il ferait toutpour lever les entraves. En contrepartie dece «service», Chani déclare une premièrefois avoir remis une somme de 10millionsde dinars, mais se rétracte par la suite et dé-ment. Quelques jours plus tard, il se déplaceà Pékin et rend compte de sa relation avec lesecrétaire général et la prise en charge parce dernier des problèmes auxquels estconfrontée la société. Un deuxième contratest alors signé entre les deux, qui permet àChani d'obtenir une première commissionde 1,24% du montant du marché, transféréesur le compte de son entreprise fictive Spe-rit of Eagle, dirigée par une société SRHM(spécialisée dans la gestion des fonds et lacréation de sociétés fictives et de comptabi-lité) domiciliée à Hong Kong. Le deuxièmeversement est effectué durant l'été 2008, àAlger, par le comptable de la Citic. Il s'agitd'un montant de 70millions de dinars, re-mis à Chani au siège de sa société Oriflam,située à Dély Ibrahim, dont 65millions dedinars ont servi pour financer l'achat d'unevilla à El Biar, d'un montant de 115mil-lions de dinars (le reste a été payé par uncrédit obtenu auprès de Natixis). Une ma-nière pour lui d'éviter les soupçons sur l'ori-gine des fonds, dit-il aux enquêteurs.
 À SINGAPOUR ETEN AUTRICHE
Ses allées et venues au bureau de Boucha-ma, à chaque fois en compagnie du colonelKhaled, se multiplient. En tout, sept fois se-lon lui, au cours desquelles il ne fait quedresser la liste des obstacles auxquels estconfrontée la Citic, comme par exemplel'augmentation du nombre de visas pour lesressortissants chinois qui est passé de 10 à100 par jour, la résolution du problèmed'expropriation, de disponibilité de bitume,de tuf et d'explosifs et le déplacement descanalisations de gaz qui traversent les tron-çons de l'autoroute. Ce que le secrétaire gé-néral dément catégoriquement. Il affirmeavoir connu Chani en 2007, par l'intermé-diaire de Abdelhamid Melzi, en tant que di-rigeant financier de la Citic et il était ac-compagné du colonel Khaled. En février2008, Chani et Bouchama se rencontrent àPékin. Le premier est en mission de forma-tion pour une semaine avec des cadres duministère des Travaux publics, alors que lesecond est chargé par la Citic de prendresoin de la délégation algérienne. Ce qui varenforcer Chani auprès des Chinois, maisaussi des Algériens. Mais il faut reconnaîtreque c'est le colonel Khaled qui l'aide le plusà avoir accès au secrétaire général, du faitde son statut et de l'institution qu'il repré-sente. Chani et le colonel se sont connuslorsque l'affaire du FAKI était en jugementau tribunal de Bir Mourad Raïs. Après lacondamnation de Chani, l'officier demandeà ce dernier d'introduire un pourvoi en cas-sation auprès de la Cour suprême, où il s'en-gage à intervenir en sa faveur. Depuis, lesliens entre les deux hommes se sont renfor-cés. Chani se propose même d'acheter lavilla du colonel sise à Aïn Turk, à Oran,pour plus de 20millions de dinars (pour enacheter une autre à Es Senia) qu'il offre parla suite à Cheb Khaled. En plus de cettetransaction, Chani affirme avoir remis àl'officier la somme de 17millions de dinarsà l'officier, et à sa demande, pour terminerle paiement d'une autre villa sise à Birkha-dem; en échange, il lui cède un apparte-ment en construction à Staouéli. Toutefoiscet échange n'a pu être concrétisé du fait duretard enregistré dans l'établissement desactes de propriété. Entre 2008 et 2009, Cha-ni affirme avoir remis au colonel plus de26millions de dinars en espèces, sanscompter la prise en charge de plusieursvoyages en Espagne. Une générosité quel'homme d'affaires explique comme étant lacontrepartie des services que le colonel lui arendus. Ces derniers sont nombreux. Il citeentre autres les mises en contact avec lesresponsables et la restitution de plus d'unedizaine de passeports de ressortissants chi-nois bloqués par les autorités pour des rai-sons qu'il dit ne pas connaître.
Salima Tlemçani
ElWatan 
Jeudi 10 décembre 2009 - 
EN QUÊTE
LES GRANDS SCANDALES DU CHANTIER
       P     u       b       l       i     c       i      t       é
Les Chinois soudoyaient....
DES COMMISSIONS DE
4
% DANS LES TRANSPORTS ETL’HYDRAULIQUE
Les révélations faites par deux principaux mis en cause (deux hommes d'affaires), lors de leur audition par les officiers du DRS, laissent perplexe tantpar l'importance du statut des personnalités qu'ils ont citées que par les montants des commissions versées pour l'obtention des marchés.
 
EN QUÊTE
ElWatan 
Jeudi 10 décembre 2009 - 
DE L’AUTOROUTE EST-OUEST
De hauts responsables,un colonel et… Falcon
 V 
ers la fin 2006, dans le cadre de la réalisationdes tramways des villes de Constantine etd'Oran, Addou Sid Ahmed s'est rapproché du PDGde la société française Alstom, par l'intermédiaired'un homme d'affaires, Allab Khaier, en lui promet-tant une commission de 15% de celle qui lui seraversée. Néanmoins, en dépit du fait qu’Alstom aitdécroché le marché, Addou ne reçoit pas son dû àcause du contentieux qui oppose Khaier à Alstom.Les raisons sont liées au fait que la société françaiserefuse d'associer l'entreprise de l'homme d'affairesau projet. Pour sa part, Addou Sid Ahmed affirmeavoir rencontré le patron de l'entreprise italienneAstaldi, en 2007, à la même période où il a faitconnaissance de Hamdane, qui lui a fait état de pro- jets non encore rendus publics dans le domaine dutransport, notamment ceux du tramway et des che-mins de fer ainsi que ceux de l'Entreprise nationalede navigation aérienne (ENNA) et de la ligne ferro-viaire rapide (LGV 123). Des informations qu'il vamonnayer auprès de nombreuses entreprises, no-tamment italiennes. En 2007, il reçoit, dans son do-micile, le directeur de la planification au ministèredes Transports, Hamdane. Dans le but de mieux né-gocier la commission avec Alstom, il lui remet laliste des sociétés italiennes intéressées par la réali-sation de la ligne de tramway de Constantine, d'unmontant de 34 milliards de dinars, et transmise parleur ambassade à Alger au ministère des Trans-ports, à la demande de ce dernier. Quelque tempslus tard, Alstom et Pizarotti se présentent commeun groupe, à côté d’Impreglio et obtiennent le mar-ché avec 35milliards de dinars pour les deux pre-mières et 34,5milliards de dinars pour la troisième.En mars 2009, Addou reçoit la somme de 115000euros versée par Pizarotti, déposée sur le compte deson épouse à BNP Paribas. Hamdane, pour sa part,n'a pu obtenir sa commission qui devait être trans-férée au mois de novembre 2009. Addou intervientégalement pour des sociétés espagnoles. En 2007,le ministère des Transports demande à l'ambassaded'Espagne de lui transmettre la liste des sociétés in-téressées par la réalisation de la ligne de tramwayd'Oran, d'un montant de 38 milliards de dinars. En2008, la liste transmise à l'Entreprise du métrod'Alger (EMA) comporte trois entreprises: legroupement Caf Ohl, le groupe Alstom Isolux Cor-san et le groupe Bombardier. Hamdane remet cetteliste à Addou afin qu'il négocie la commissiond'obtention du marché (arrêtée à 1%) avec AlstomIsolux Corsan, en faisant jouer ses connaissancesau sein de Alstom. En février 2009, le groupe ob-tient le marché. Addou remet à Hamdane une som-me de 12millions de dinars, mais ce dernier affir-me que les sommes perçues par Addou auprès deAlstom Isolux Corsan et le groupe Alstom Pizarottireprésentent la moitié de ce qui a été conclu. Al-stom a exigé un moyen plus légal pour transférerles commissions du fait qu'elle était en examen enSuisse. Concernant le marché du téléphérique deOued Koriche, Hamdane livre des informations surle projet à Addou, qui les refile à une société suisseen contrepartie de 240000 euros. La part revenantà Hamdane est de 11millions de dinars. Dans cemême domaine, Addou intervient auprès de AïtKaci (l'homme d'affaires) et du PDG de la SNCF,Benamor, pour faire bénéficier la société françaiseSNCF du projet de gestion du train de la banlieued'Alger. Pour cette prestation, il obtient un salairemensuel de 3000euros sur une période de 6 ans et6 mois, la durée de gestion du projet. Il agit de lamême manière auprès de Randaoui, directeur gé-néral du métro d'Alger, et de Khaier Allab, pour ob-tenir la gestion du tramway d'Alger au profit de lasociété française Keolis. Un service pour lequel ilperçoit une rente mensuelle de 1500euros durant11 ans et 6 mois, à partager avec ceux qui l'ont aidé.Pour ce qui est de l'étude de la ligne des tramwaysde Sétif et Annaba, Addou intervient pour le comp-te de IPF Planege, une société portugaise, en solli-citant l'aide de Aït Kaci et Benamor. Une commis-sion de 8% du montant du marché leur a été propo-sée. En 2009, Addou sert d'intermédiaire à la socié-té française Razel pour l'obtention du projet de réa-lisation du barrage de Tablout, en utilisant sarelation avec Dahmane Abderrahmane, inspecteurgénéral au ministère français de l'Education. Lemarché, d'un montant de 160 millions d'euros, estfinalement donné à Razel, laquelle verse une com-mission de 1% (du montant) à Addou, lequel à sontour s'est engagé à acheter un appartement à la citéMalki (Ben Aknoun) pour Dahmane Abderrahma-ne. Durant la même période, Addou intercède cettefois-ci pour le compte de la société italienne CMC,afin d'arracher un contrat de 31millions d'eurosauprès de l'Algérienne des eaux, et ce, grâce auPDG de cette dernière, Mechia Abdelkrim, et àKhaier, l'homme d'affaires. En contrepartie, CMCverse une commission de 4% du montant ; 1% pourAddou et 3% pour Mechia et Khaier.Toujours dans le même secteur, Addou joue un rôleimportant pour aider Pizarotti à obtenir un marchéde 31millions d'euros relatifs aux travaux supplé-mentaires du barrage Kaf Eddir, à Tipaza, encontrepartie d'une somme de 350000 euros, de la-quelle il défalque 40000 euros remis à MohamedFellouci, l'ex-directeur par intérim de l'Agence na-tionale des barrages.
S. Tlemçani
 
Suite de la page 1
L
'
instruction autour de ce qui estqualifié de la plus grande affairede corruption impliquant aussibien des personnalités politiques quemilitaires avance à pas de fourmi. Lesrésultats auxquels est arrivée l'enquêtepréliminaire menée par les officiers dela police judiciaire du Département durenseignement et de la sécurité (DRS)n'ont pas tellement évolué en dépit desnoms de hautes personnalités citéesdans le dossier. Même filtrés, ces résul-tats montrent à quel point la corruptionronge les institutions de l'Etat et com-ment des lobbys étrangers, notammentfrançais, aidés par de hauts respon-sables de l'Etat, sont devenus les déposi-taires du marché algérien. De hautscadres de l'Etat sont soudoyés à coupsde commissions par des sociétés chi-noises, espagnoles, italiennes et fran-çaises afin de les aider à obtenir les mar-chés de réalisation du tramway,d'autoroutes et de barrages. Un vrai pa-nier de crabes où se mêlent l'espionnageéconomique, le trafic d'influence, lacorruption et les passe-droits. Plusieurspersonnalités importantes ont été citéesdans ce dossier, parmi elles MohamedBedjaoui (ancien ministre des Affairesétrangères), Chakib Khelil (ministre del'Energie), Abdellatif Benachenhou (ex-ministre des Finances), des officiers su-périeurs des services de sécurité commele colonel Khaled (conseiller du mi-nistre de la Justice), deux autres colo-nels et un général à la retraite, en pas-sant par le chef de cabinet et homme deconfiance de Amar Ghoul, son secrétai-re général, le directeur général del'Agence nationale des autoroutes et ledirecteur de la planification au ministè-re des Transports. De tout ce beau mon-de, seuls le secrétaire général des Tra-vaux publics et le directeur de laplanification des Transports sont sousmandat de dépôt alors que le chef de ca-binet est inculpé.Pourtant, ces grands marchés passentpar des commissions nationales prési-dées par les ministres des secteursconcernés. Mieux encore, ils font partiedes grands projets que le président de laRépublique suit avec attention de parleur importance dans la réussite de sesmandats. De ce fait, s'il y a corruption –et il y en a – elle ne peut se limiter uni-quement aux cadres mis en cause.Dans le cas du scandale lié au marchéde réalisation de l'autoroute Est-Ouest,la responsabilité incombe d'abord àAmar Ghoul en tant que ministre et pré-sident de la commission nationale desmarchés, mais également, en tant quehaut cadre du MSP, un parti de l'Allian-ce présidentielle, éclaboussé par desscandales en cascade.Telle qu'elle se présente aujourd'hui etsans préjuger du cours de l'instruction,il y a comme une volonté délibérée (ounon) de limiter les responsabilités decette grave affaire aux seuls cadres in-criminés. Tout comme on veut fairecroire à l'opinion publique que dans ledossier des marchés des tramways, lacorruption s'arrête au niveau directeurde la planification et que dans celui dela réalisation des barrages, personnen'est responsable. Le juge d'instructionest aujourd'hui devant une deuxième af-faire Khalifa. Saura-t-il démêler l’éche-veau en convoquant toutes les person-nalités citées lors de l'enquêtepréliminaires et aller très loin à la re-cherche de la vérité ou se limitera-t-il àconsolider l'idée de l'acte isolé qui seprofile? Une lourde question qui inter-pelle la justice algérienne…
S.T.
Les deviseséchangéesà Hydra
Les sommes échangées par Addou Sid Ahmed chez les deux frères Bouzenachade Hydra (en détention) sont colossales.En mars
2009
, Addou a converti 100000euros en dinars, transférés de son compteen Suisse vers un autre compte apparte-nant à un ami des deux prévenus. Ceux-ciaffirment avoir procédé à six opérationsde change durant lesquelles ils ont remisà Addou des sommes de
360 000
DA,
160 000
DA,
500 000
DA,
900 000
DA,
1,23
million de dinars et enfin la sommede
12,4
millions de dinars.
 S. T.
PIERRE FALCON, LE TRAFIQUANTD'ARMESQUI S'INVITE À UN CONSEILINTERMINISTÉRIEL
Majdoub Chani fait des révélations fracassantes sur la mainmi-se du lobby français sur le marché algérien et ses importantesentrées dans les rouages de l'Etat. C'est à Pékin qu'il apprendque Pierre Falcon, un trafiquant d'armes détenteur de trois na-tionalités, française, angolaise et brésilienne, est à la tête d'unpuissant groupe de pression français qui détient la clé des af-faires en Algérie, grâce à ses contacts avec les plus hauts res-ponsables civils et militaires algériens. Natif d'Algérie au dé-but des années
1950
, Falcon a été condamné récemment, enFrance, pour avoir vendu, avec le consentement des servicesfrançais, des armes à l'Angola, au moment le plus fort de la ré-bellion. Chani affirme que c'est Falcon qui a assumé le rôled'intermédiaire pour faire obtenir à la chinoise Citic le marchéde l'autoroute et l'introduire dans les affaires en Algérie, et ce,grâce à ses connaissances au sein du gouvernement algérien.Il avait même assisté en
2006
à l'ouverture des plis à Alger,lorsque la Citic a arraché le contrat. Fait surprenant, sesconnaissances haut placées l'ont invité à assister à un conseilinterministériel entre Abdellatif Benachenhou (ministre des Fi-nances,) Mohamed Bedjaoui (ministre des Affaires étran-gères), Chakib Khelil (ministre de l'Energie) et Amar Ghoul (mi-nistre des Travaux publics) consacré à l'autoroute Est-Ouest etaux problèmes y afférents. Selon Chani, qui cite les confi-dences du PDG de la Citic, l'idée aurait été proposée par Bed-jaoui. Ce dernier connaissait bien Falcon; leurs relations sesont renforcées au temps où ils étaient tous deux membres del'Unesco à Paris. Mieux, Chani affirme que Benachenhou avaitmême suggéré l'idée de payer les Chinois en pétrole. Mais fi-nalement, Falcon n'a pas assisté à ce conseil du fait qu'à la der-nière minute, Chakib Khelil s'y est opposé de peur de la réac-tion du Président si jamais il apprenait qu'un étranger avaitpris part aux travaux d'un conseil interministériel.
 S. T.
L'espionnage économique pour obtenir des marchés
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