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nation et diversité culturelle

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M. Boulanger par Cécile Martin
M. Boulanger par Cécile Martin

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Published by: Bruno Acézat-Pellicer on Mar 31, 2008
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08/20/2010

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 L’idée de nation est elle compatible avec l’existence de la diversité culturelle, l’exemple de la France est il à cet égard intéressant ?
Oswald SPENGLER, philosophe et historien allemand décédé en 1936 a écrit « le Déclin del’Occident » où il défend la nécessité pour la nation allemande de se préserver de toute contaminationétrangère. Ce sujet de la nation, malheureusement, a connu ces dernières années une actualitéredoutable, si l’on veut se rappeler des évènements comme les tensions dans les Balkans ou auKosovo. C’est ce que A MINC appelait la « revanche des nations ». On a pu assister depuis un certaintemps à la montée d’un phénomène nationaliste qui s’explique par un certain nombre de causes, maisqui est sans doute largement mu par cette peur que nos sociétés éprouvent face à la dissolution del’idée même de nation, notamment en ce qui concerne les pays européens. Sans doute, ce sujet trouvesa compatibilité avec la diversité culturelle.Une nation peut se définir de plusieurs manières. Basiquement, c’est une communautéhumaine qui possède une unité historique, mais également linguistique, culturelle et économique sur un territoire donné. Evidemment, on se demande comment cette nation va se comporter avec ladiversité culturelle qui sous-entend la différence. Au plan étymologique, le terme de nation vient dulatin « nascor », naître. Donc la nation rassemble ceux qui naissent ensemble, dans une même culture,même langue et sur un même territoire. Historiquement et « idéologiquement », il y 2 visions quis’opposent. Il y a une vision objective allemande qui repose sur l’ethnie défendue par FICHTE etHERDER, puis la vision subjective française qui est une vision politique et civique qui est basée sur ce« désir de vivre ensemble » dont nous parle E RENAN. Evidemment ces 2 approches n’appréhendent pas de la même manière la diversité culturelle.En ce qui concerne la France, cette conciliation est d’autant plus difficile que la nation estindissociable de tous les principes républicains qui le fondent, c’est à dire ce socle d’un projetcommun qui risque d’être heurté par des particularismes culturels internes à notre nation.Le mot de « nation » a une origine ancienne. Il n’a pas toujours eu la même signification quecelle communément admise. Au début de l’ère chrétienne, le terme « natio » correspondait à touteespèce du monde vivant, et lorsqu’il était au pluriel « nationes », il désignait les peuples non chrétiens,les païens. Sous Louis XIV, le terme de nation est employé pour désigner la partie supérieure de lasociété. Nation et peuple s’opposaient à cette époque. La nation acquiert un sens politique. Elle existecar elle a un lien avec la puissance monarchique. Le nationalisme ne va acquérir son sens modernequ’au XVIIIe s.. C’est à ce moment là qu’il va se trouver associé au peuple, au corps politique. Etdonc, la nation va être investie d’un idéal fort, comme une communauté soudée par une histoirecommune renforcée par un certain nombre de liens. La nation devient ce creusent d’une réalisationcollective. Cette idée est importante car c’est durant tout le XIXe s. que ce sentiment va être pris par les mouvements des peuples à disposer d’eux même comme en Serbie, Pologne, Hongrie, Grèce…La conception française de la nation est définie par E RENAN, dans son fameux discours dela Sorbonne en 1882 intitulé « Qu’est ce que la nation ? » comme une conception très ouverte fondéesur l’adhésion : « la nation, c’est un âme, un principe spirituel, c’est la volonté de vivre ensemble,c’est un plébiscite de tous les jours ». On se situe dans un contexte de l’appartenance de l’AlsaceLorraine à la France. La nation n’existe que par le consentement des individus. La conceptionfrançaise de la nation se veut universelle. C’est une conception qui n’a pas été partagée par tous etnotamment par le courant nationaliste français conduits par M BARRES et C MAURRAS qui prônentun nationalisme intégral qui rejette évidemment la diversité culturelle. On y oppose traditionnellementla conception allemande de la nation de FICHTE et HERDER « le discours à la nation allemande » quis’inspire largement du romantisme. HERDER la considère comme une communauté d’hommes, un peuple « Volk » qui est uni par des liens culturels. Ainsi pour appartenir à la nation, il faut une mêmeorigine ethnique, nationale, linguistique. Et c’est à ce moment là qu’apparaît le « Volkgeist ».
 
On va considérer qu’il existe une relative forte résistance au « brassage des populations »,ainsi qu’une contradiction entre l’existence d’Etats nation et d’ensembles culturels au sein même deces Etats nations. On va donc pouvoir constater les tensions diverses que ceci peut entraîner.Finalement, notre pays s’est construit justement sur ces différences, grâce à des apports successifs de populations venues d’autres pays, mais toujours dans le respect d’un certain nombre de principes quisont sans doute spécifiques à notre république.****Si l’existence d’une contradiction entre l’idée de nation et l’apparition en son seind’ensembles culturels différents est à l’origine de tensions qui se traduisent par la tentation d’aller versune exclusion des minorités. Le cas particulier de le France et la lecture de son passé ne semble paslaisser la possibilité voire la nécessité de choisir la voie d’une coexistence et d’un enrichissementmutuels dans le respect des grands principes de la nation.
Si l’existence d’une contradiction entre l’idée de nation et l’apparition en son sein d’ensemblesculturels différents est à l’origine de tensions qui se traduisent par la tentation d’aller vers uneexclusion des minorités
La nation qui fait appel à l’idée d’unité semble plutôt hostile à l’existence d’une diversité culturelle.L’histoire nous rappelle que la création des nations a été marquée par une certaine ambiguïté, ce quirend ces nations souvent fragiles et parfois pas très ouvertes à la notion même de différences decultures.
 Les conceptions de la nation sont diverses et contradictoires
On peut schématiquement distinguer 3 types de conceptions de la nation qui sont toutsgénératrices de tensions.On peut déterminer un nation centralisatrice. A partir du moment où les conscrits vont partir au combat en criant « vive la nation » et non plus « vive le roi ». Ils reconnaissent leuappartenance à celle de l’ensemble des citoyens. Or cette nation centralisatrice va connaître destensions. C’est pendant cette période révolutionnaire que va avoir lieu la guerre civile en Vendée.Selon A DE TOQUEVILLE, « c’est ce centralisme qui transcendait la révolution ».Il y a aussi la « nation culturelle ». On retrouve là toutes les revendications nationalistesd’Europe et d’Amérique latine au milieu du XIXe s. Ces revendications se fondent sur unecommunauculturelle. C’est les petits Etats d’Italie réunis, ou ceux de l’Allemagne réunis par Bismarck. Cette nation culturelle va être encore plus « allergique » à la différence de cultures.La nation artificielle a connu de beaux jours. Depuis 1945, la décolonisation a rendu sonactualité à l’Etat nation à fondement territorial, mais on s’en tenait très souvent aux frontièresarbitraires et artificielles qui avaient été construites justement par la colonisation. On a retrouvé desEtats qui avaient accédés à l’indépendance après la guerre, mais dont les frontières dataient de lacolonisation comme au Rwanda, Libéria ou Ex Union Soviétique.Dans tous ces schémas de nations naît toujours un certain nombre de nations. Partout oùne coïncide pas une division politique des Etats et celle des groupes culturels, se discerne un certainnombre de germes de déséquilibres comme au Liban ou en Irlande du Nord. Donc, bien souvent, ons’aperçoit que s’affrontent la conception de la minorité qui revendique un foyer national pour seculture, et celle de la majorité qui va définir plus ou moins largement cet Etat nation unitaire.
 
On assiste à une fragilité qui aboutit parfois à un dangereux rejet de toute différence
La tentation du rejet officieux ou plus radical existe, ce rejet des différences va souventnourrir ces différences.Dans certains contextes, souvent la tentation est grande de vouloir se prémunir en écartantd’emblée les causes éventuelles de conflit, c’est à dire en préservant une certaine « pureté culturelle »,alors que l’on sait qu’elle est très souvent facteur d’appauvrissement. Le rejet est parfoisinstitutionnalisé. Cela est illustré par le cas des USA qui en 1986, constatant un afflux croissant desimmigrants hispaniques, de proclamer que l’anglais était la langue officielle du pays, or, c’est un paysd’immigration forte, notamment hispanophone. D’autres pays ont éprouvé ce besoin, comme leQuébec où la loi oblige à l’usage de la langue française, ou encore le débat en France portant sur lesquotas de production culturelle face à l’omniprésence anglophone. Ce rejet est parfois dans la rue, oudans le vote. On rappelle que partout dans le monde émerge des sentiments nationalistes. On constateque finalement tout se passe comme si l’incompatibilité entre la notion d’unité nationale et dedéveloppement de cultures plurielles était insurmontable. Cela semble l’être d’autant plus que l’on sesitue dans un contexte de crise économique où la tentation de rechercher le bouc émissaire estévidente.Ce rejet va avoir un effet involontaire, c’est qu’il va entraîner une accentuation du phénomène de particularismes culturels. On s’oppose parce qu’on refuse notre différence, donc on vala marquer encore plus. Plus on la marque, plus elle apparaît comme le rejet d’un certain modèled’unité nationale. Cela est d’autant plus marqué qu’on se situe dans le contexte de la mondialisation,c’est à dire le développement d’une espère de culture universelle due à la multiplication des échangesqui, associés à la montée en puissance des phénomènes européens par exemple, accentue cette peur dela dissolution de l’Etat nation.L’idée que la nation est diverse dans la théorie et dans la pratique, est actuellement fragilecar elle est forcément hostile à la diversité. Pour autant, il nous semble que notre pays peut être un bonexemple de réussite de l’intégration d’un certain nombre de cultures différentes dans cet ensembleunitaire qu’est une nation. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue un certain nombre de principes quiont gouverné l’évolution de notre nation et qui restent indispensables à son fonctionnement.
 Le cas particulier de le France et la lecture de son passé ne semble pas laisser la possibilité voire lanécessité de choisir la voie d’une coexistence et d’un enrichissement mutuels dans le respect des grands principes de la nation.
La France s’est en grande partie fondée sur et grâce à la diversité culturelle. Notre passé prouve queles idées de nation et de diversité culturelle sont conciliables à condition que soit respecté le pacterépublicain qui est à la base de notre société.
 Les immigrations successives ont fait la France
L’intégration des différentes immigrations a été une réussite. Il appartient à notre pays deréunir désormais l’intégration de cultures plus lointaines dans un contexte cependant plus difficile.Placée au carrefour de l’Europe, la population de la France s’est formée par stratificationsde peuples aux cultures différentes que BRAUDEL a illustré dans son ouvrage « L’identité de laFrance ». Cette assimilation a parfois emprundes voies autoritaires. Certains régime sont duabandonner leurs langues régionales comme la Bretagne ou l’Occitanie. Il faut rappeler que notre paysa été confronté à un problème de natalité important. On a donc anticipé ce qui s’est passé par la suiteen Europe. On a du recourir à l’immigration assez tôt pour assurer les besoins en main d’œuvre.On y ajoutera l’idée que le développement même de la démocratie a eu des conséquencessur l’immigration. A partir du moment où les français ont eu le droit de vote, les gouvernements ontcompris l’intérêt de recourir à l’immigration pour assurer les besoins dans des secteurs d’activité queles français ne voulaient pas occuper, comme les mines. Au lieu d’accélérer l’exode rural, on a préférél’immigration.

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