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LETTRE D’INFORMATION 14
 
Novembre
 
2009
 
1- « Mon Bruno » par
Abdessalam Najjar,
2 décembre 2008
Abdessalam est un des pionniers du village. Il a écrit une longue lettre sur Bruno Hussar.Nous vous en présentons des extraits sur sa rencontre avec Bruno, ses réactions, ses sentiments.
 « J’ai rencontré Bruno pour la première fois au printemps 1976 lors d’uneréunion entre étudiants juifs et arabes chez Reuven Moscovitz, unprofesseur qui avait rejoint le groupe. C’était à Rehovot, au sud de TelAviv. A l’invitation de Reuven, Bruno était venu avec Anne Le Meignenpour expliquer son idée de fonder une communauté Judéo-Arabe quis’appellerait Neve Shalom et pour recruter d’autres pesonnes pour se joindre au projet. Tout cela me paraissait bien étrange. Les idées deBruno n’étaient pas claires. Il parlait de valeurs en termes très générauxet l’idée dans son ensemble était quelque peu vague. A la fin de laréunion, Bruno nous invita à lui rendre visite……Après le départ de Bruno et d’Anne l’opinion générale était qu’ils étaient quelque peu naïfs maisReuven nous encouragea à accepter l’invitation.Nous arrivâmes à la colline et y nous trouvâmes Bruno sous l’auvent en bambou d’un autobus.Il nous accueillit avec un large sourire. Nous nous assîmes sur des pierres arrangées en cercleet fûmes rejoints par les nouveaux arrivants. Bruno expliqua plus avant son idée. Nous posionsdes questions et petit à petit le débat s’élargissait….. Le crépuscule approchait et le panoramaétait extraordinairement beau. Bruno expliqua qu’à chaque fois qu’il était sur la colline, il invitaitceux qui étaient avec lui à contempler en silence le coucher du soleil.De façon évidente ma première visite à la colline et ma rencontre avec Bruno eurent sur moi uneffet important. Je ne m’en rendis pas compte sur le moment et ce n’est que petit à petit que jesuis arrivé à comprendre que ces moments furent pour moi un point crucial de ma vie. Commetout jeune universitaire j’avais des rêves et des plans pour le futur pour trouver un emploi stableet retourner dans mon village. Les habitants du village et surtout mes parents attendaient celade moi. Mais j’avais aussi mes propres rêves qui allaient plus loin que répondre aux attentes dela communauté et aux désirs de mes parents. Depuis ma prime enfance j’ai toujours vouluessayer de suivre un chemin différent. Aussi je suivis Bruno parce qu’il donnait plus desubstance et de signification à mes rêves. Le rêve de l’action au niveau du village et au niveaudes relations entre les deux peuples de cette terre…..Vivre dans une communauté qui n’existaitpas encore et créer une réalité qui était encore à venir était plus intéressant que de confinermes rêves dans celle qui existait déjà. Bruno disait :«
Les rêves sont des idées. Quand nombreux sont ceux qui partagent ces rêves et ces idées, il y a de bonnes chances pour que ceux ci puissent se réaliser 
».
LES AMIS FRANÇAIS DE NEVE SHALOM / WAHAT AS – SALAM
Association Loi 1901
 
251, avenue du Maréchal Juin - 92100 Boulogne
 tel – rép - fax : 01 42 71 46 32
e-mail : amis.francais@nswas.info
 
Bruno était quelqu’un qui savait écouter, un auditeur actif. Quand on parlait avec lui nonseulement il écoutait mais il demandait de développer. Il posait des questions ouvertes etencourageait à élaborer plus. A nos réunions communautaires, il se mêlait à la discussion sanspour autant se presser de donner son avis. Il s’assurait d’avoir entendu toutes les prises deposition et de les avoir toutes comprises. Il avait tendance à voir dans les idées différentes descolorations différentes plus que des oppositions. Il parlait volontiers en terme de « ceci ET cela,comme ceci ET comme cela ».Ses interventions avaient généralement pour but d’unir et deréunir différentes approches. Sur le conflit du moyen orient, sa position était « que le conflitn’est pas entre quelque chose de juste et quelque chose d’injuste, mais entre deux positions justes. Il n’y a pas de une vérité absolue, chaque coté a sa vérité. La seule vérité absolue est, ille disait en anglais, la dimension verticale c’est à dire Dieu ».Tout ne fut pas facile pour lui à Neve Shalom-Wahat al Salam. Les premières années, il sesentait parfois désespéré parce que peu de gens rejoignait la communauté et que les donateursmanquaient . Aux critiques de certains chrétiens, il expliquait que « la plupart des gens qui ontrejoint le village ne désirent pas créer une communauté religieuse ou n’ont pas encore trouvéleur chemin vers Dieu, mais le travail qu’ils accomplissent est certainement un travail que Dieuattend qu’il soit fait et ceci est la chose la plus importante ».Bruno n’aimait pas être au dessus des autres. Sa grandeur était dans sa modestie. Il nes’inquiétait pas des cotés pratiques : « si j’avais pesé les choses en termes de pratique, jen’aurais jamais commencé ce projet que certains pensaient irréaliste, voire impossible ». Ilregardait les choses dans leur ensemble et pour lui, l’important était qu’il y ait une communautéd’arabes et de juifs et qu’il y ait dans cette communauté des institutions éducatives….ce butpourrait être atteint de différentes manières. Bruno croyait profondément dans ceux qui s’étaientengagés dans le village. Il les honorait du terme de « HAVATIKIM » (les anciens ou les vieux dela vieille). Il regardait l’existence et le développement du village et de ses institutions comme lacomplète réalisation de son idée. Il participait comme tout à chacun aux discussions et auxvotes. La seule particularité de son statut, à lui et à Anne, était qu’il était membre sans avoir àrésider de façon permanente au village. A ma connaissance, parmi les projets de Bruno, celuidu village de Neve Shalom-Wahat al Salam est celui qui a survécu à sa mort. Cela vaudrait quel’on y consacre des recherches et des études pour comprendre pourquoi.Ce que j’ai écrit décrit le Bruno tel que je l’ai moi-même connu. Ce n’est pas tout Bruno,seulement mon Bruno. Je crois que d’autres ont connu Bruno d’autres façons, différentes desmiennes et bien sûr ils ont leur propre Bruno qui n’est pas tout Bruno Hussar.
Seul BrunoHussar lui même pourrait décrire le « tout Bruno. »2-L’école par
Anwar Daoud,
 
directeur de l’école primaire et de l’école maternelle
 2.1-Regard sur l’année scolaire 2008-2009.
 Tout d’abord Anwar fait un rappel sur les difficultés rencontrées pendant l’année scolaire2008-2009 et les effets terribles de l’opération militaire israélienne à Gaza qui a crée unesituation très dure jamais connue à l’école depuis 25 ans. L’impact émotionnel sur les enfantsa été très fort, tant auprès des enfants palestiniens qui ont de la famille à Gaza, qu’auprèsdes enfants juifs dont des membres de la famille étaient militaires ou qui vivent à portée destirs palestiniens. Notre espoir est que chaque côté comprenne qu’il n’y a pas de solutionmilitaire et que notre chemin de rencontre et de dialogue est le chemin vers le futur. De plus,cette même année a vu arriver au pouvoir en Israël une intransigeante coalition de droite etla récession économique globale nous affecte sévèrement. .Malgré ces difficultés, l'écoles'est débrouillée pour survivre, prendre de nouvelles directions innovantes et enrichir sesprogrammes. Nous devons remercier notre excellente équipe d’enseignants, nos élèves,leurs parents, qui dépassèrent la néfaste influence de la guerre de Gaza et le climatpolitique détestable, ainsi que tous ceux qui nous soutiennent financièrement etmoralement.
 
2. 2- Attentes pour 2009-2010
Le 1er septembre 2009 l'école a ouvert ses portes à 55nouveaux enfants en primaire et quelques 20 nouveaux enpréparatoire. Le premier jour de classe est toujours un jour aucours duquel il y a prise de conscience des défis qui nousattendent. Cet enthousiasme est partagé par les élèves, lesenseignants et les parents. Une des sources de notreoptimisme est le nouveau programme que nous avons misau point pendant l'année 2008-2009 et les vacances d'été. Nous ne savons pas encore avecquelle sévérité la dépression continuera d’affecter l'école. De plus, une des difficultésinternes que nous devons traiter sont les changements dans le corps enseignant. Il est toujoursdifficile de trouver, former et garder des enseignants capables de faire face aux défis d'unenvironnement binational et bilingue. Nous avons, cette année, perdu 15 professeurs sur 35,dont quelques uns parmi les plus anciens. Certains ont été contraints de rejoindre une écoled’état pour garder leur statut de fonctionnaires.
2. 3 L’école en 2009-2010Les élèves -
Parmi les nouveaux élèves, et dans l’école en général, le nombre de juifs et
 
d’arabes est sensiblement égal. Au jardin d’enfant « 3 ans- 6 ans », un tiers des enfants sont juifs ce qui représente une évolution importante puisqu’il y a peu tous les enfants étaientarabes. Dans les « 3 mois -3 ans » nous n'avons qu'un seul enfant arabe parmi 19 juifs. Celaest dû d’une part au prix relativement élevé pour ce groupe d'âge et d’autre part aupouvoir d'achat plus faible dans la sociépalestinienne.
 Les programmes
- Nous progressons pour développer les cursus de l'école. Une ébauchede ces cursus a été préparée pour 2008. Nous avons procédé à un large échange avec lesparents. Environ la moitie d'entre eux a pris part a cette discussion. Pendant l'année, l'équipe atravaillé sur des programmes de langue et de culture. Nous avons donc maintenant une listede propositions pour le premier grade et le programme pour les autres niveaux est en coursd'élaboration.
 En tant qu'école binationale et multiculturelle,
notre école continuera à maintenir sastructure commune pour Juifs et Arabes d'origines diverses et commémorera leursévénements nationaux respectifs. Lors de ces occasions, les parents seront invités.
En tant qu’école bilingue,
l’approche pédagogique de l’étude des langues se fera davantageen groupe mixte,
 
arabes et juifs, et d’autres matières se dérouleront également dans lesmêmes conditions.
En tant qu’école « multi-religieuse »,
une fête
 
dans laquelle un événement important relié àl’islam, au christianisme et au judaïsme sera organisée et présentée aux parents.De plus, l’école a été acceptée dans le programme
« Ecoles Vertes »
c’est à dire qu’elleappartient à ces
 
écoles qui enseignent la préservation de l’environnement et le recyclage. Cessujets seront traités en classe de langue, de science et de nature.
 
Enfin
,
l'école continuera la pratique de
l'informatique
. Dans ce but, elle souhaite équiperune nouvelle salle d'ordinateurs pour pouvoir intégrer cet outil dans les cours de langue et desciences.
Les relations avec l’Etat
:
elles ne sont pas bonnes
.
 
- l’Etat limite les heures payées pour la formation officielle et transfère des dépensesd’administration de l’école au Conseil Régional qui refuse de financer,- le ministère verse les fonds avec retard ce qui pénalise les versements des salaires,- malgré un agrément officiel pour le jardin d’enfants, aucune aide financière n’a étédéclenchée, néanmoins, l’école attend une aide de 20 000€ en 2010,Dans ce contexte difficile l’école fait de son mieux pour recueillir des fonds. Entre autres ellesouhaite organiser avec les écoles bilingues « Hand in Hand »une campagne de collecte defonds pour créer des ateliers et des séminaires d’enseignants sur l’éducation binationale etbilingue en Israël.

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