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Carlos Castaneda - 1968 - L'herbe du diable et la petite fumée

Carlos Castaneda - 1968 - L'herbe du diable et la petite fumée

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L’HERBE DU DIABLE ET LA PETITE FUMÉE
 
INTRODUCTION
 
Au cours de l’été 1960, alors que j’étudiais l’anthropologie à l’université de Californie, LosAngeles, j’ai fait plusieurs voyages dans le Sud
-
Ouest pour recueillir des informations sur lesplantes médicinales utilisées par les Indiens de la région. Les événements que je raconte ici ontcommencé au cours d’un de ces voyages. Je me trouvais dans une ville de la frontière en traind’attendre un car Greyhound, et je parlais à un ami qui m’avait guidé et conseillé pendant cesrecherches. Il s’est soudain penché vers moi et il m’a dit à l’oreille que le vieil Indien à cheveuxblancs assis devant la fenêtre, était très versé dans la connaissance des plantes, en particulierle peyotl. J’ai demandé à mon ami de me présenter.
 
Il l’a salué et il est allé lui serrer la main. Ensuite, ils ont parlé un moment, mon ami m’a faitsigne de me joindre à eux, puis il m’a laissé seul avec le vieillard, sans s’être donné la peine deme présenter. L’autre n’a pas eu l’air gêné du tout. Je lui ai dit mon nom, il m’a répondu qu’onl’appelait Juan et qu’il était à mon service. Il utilisait en espagnol la forme de politesse. Je lui aitendu la main et nous sommes restés silencieux un moment. Ce silence n’avait riend’embarrassé, et nous semblions tous les deux parfaitement détendus et naturels. Son visagefoncé et son cou étaient couverts de rides, et cela montrait son grand âge, mais j’ai été frappépar l’impression de force et d’agilité que dégageait son corps.
 
Je lui ai dit alors que je m’intéressais aux plantes médicinales et que je m’efforçais de recueillirdes informations à leur sujet. J’ignorais en fait à peu près tout du peyotl, mais je me suis surprisà prétendre que je savais plein de choses
 
16 
 
L’HERBE DU DIABLE ET LA PETITE FUMÉE 
 
-
dessus, laissant même entendre qu’il aurait tout intérêt à m’écouter sur ce sujet. Comme jecontinuais dans ce sens, il a hoché la tête en me regardant, mais sans rien dire. J’ai détournéles yeux pour éviter son regard et nous sommes restés plantés là tous les deux. Finalement, etil avait dû se passer pas mal de temps, don Juan est allé regarder par la fenêtre. Son car étaitarrivé. Il m’a dit au revoir et il est sorti de la gare routière.
 
Je m’en voulais de lui avoir raconté toutes ces sottises, et d’avoir été percé à jour par ce regardpénétrant. Quand mon ami est revenu, il s’est efforcé de me consoler de n’avoir rien pu tirer dedon Juan. Il m’a dit que le vieillard était souvent taciturne et d’une grande réserve, mais lemalaise résultant de cette première rencontre ne s’est pas dissipé rapidement.
 
J’ai voulu savoir ou habitait don Juan, et je suis allé le voir plusieurs fois. A chacune de mesvisites, j’essayais de l’amener à parler du peyotl, sans aucun succès. Nous étions néanmoinsdevenus bons amis, mes recherches scientifiques semblaient oubliées, ou plutôt ellesparaissaient s’orienter dans des directions très différentes de mes intentions premières.
 
L’ami qui m’avait présenté à don Juan m’a expliqué plus tard que le vieillard n’était pas né dansl’Arizona, c’est là que nous nous étions rencontrés. C’était un Indien yaqui de Sonora, auMexique.
 
J’avais d’abord vu en don Juan un personnage plutôt bizarre qui savait énormément de chosessur le peyotl et qui parlait remarquablement bien l’espagnol. Mais les gens avec qui il vivaitpensaient qu’il devait posséder quelque « connaissance secrète », et que c’était un
brujo.
Lemot espagnol
brujo 
signifie homme
-
médecine, guérisseur, sorcier. Cela désigne généralementune personne qui possède des pouvoirs extraordinaires, et généralement maléfiques.
 
Je connaissais don Juan depuis plus d’un an quand il m’a fait des confidences. Un jour, il m’adit qu’il possédait certaines connaissances qui lui avaient été enseignées par un maître, son «bienfaiteur » comme il disait, qui l’avait guidé tout au long d’une sorte d’apprentissage. Don
 
Juan m’avait à son tour choisi pour être son apprenti. Il m’a averti que cela nécessitait unengagement absolu, et que l’entraînement était long et difficile.
 
17 
 
L’HERBE DU DIABLE ET LA PETITE FUMÉE 
 
Me décrivant son professeur, don Juan a utilisé le mot
 
diablero.
J’ai appris plus tard que ce motest seulement utilisé par les Indiens du Sonora. Il désigne un personnage malfaisant quipratique la magie noire et qui est capable de se transformer en bête
 – 
un oiseau, un chien, uncoyote, une créature quelconque. Au cours d’un de mes séjours au Sonora, j’avais connu uneexpérience bizarre, qui montrait bien les sentiments des Indiens sur les
diableros.
J’étais auvolant la nuit, en compagnie de deux amis indiens, lorsque j’ai vu, traversant la route, un animal
 
qui ressemblait à un chien. Un de mes compagnons a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un chien,mais d’un énorme coyote. J’ai ralenti et je me suis arrêté au bord de la route pour aller jeter uncoup d’œil à cette bête. Il s’était arrêté dans la lumière des phares, et il est resté là quelquessecondes avant de disparaître dans le « chaparral ». Sans aucun doute possible, il s’agissaitd’un coyote, sauf qu’il était deux fois plus gros. Tout émus, mes amis ont reconnu que ce n’étaitpas une bête ordinaire, et l’un deux a suggéré que c’était peut
-
être un
diablero.
J’ai profité decet incident pour interroger les Indiens du coin sur leurs croyances concernant l’existence des
diableros.
J’ai parlé à beaucoup de gens, en leur racontant mon histoire, et en leur posant desquestions. Voici trois conversations qui montrent leurs réactions.
  – 
Croyez
-
vous que c’était un coyote, Choy ? ai
-
 je demandé
 
au jeune homme après avoir écouté son histoire.
  – 
Qui sait ? un chien sans doute. Trop gros pour un coyote.
  – 
Et si c’était un diablero ?
  – 
Tout ça, c’est des blagues. Ça n’existe pas.
  – 
Pourquoi dire cela, Choy ?
  – 
Les gens s’imaginent des choses. Si vous aviez attrapé
 
cet animal, je parie que vous auriez vu qu’il s’agissait d’un
 
chien. Une fois, j’avais affaire dans une autre ville, je me suis
 
levé avant le jour et j’ai sellé un cheval. J’allais partir quand
 
 j’ai vu sur la route une forme sombre. On aurait dit une bête
 
énorme. Mon cheval s’est cabré, je suis tombé de ma selle.
 
Je n’en menais pas large. Eh bien, cette ombre, c’était une
 
femme qui allait à pied à la ville.
 
18 
 
L’HERBE DU DIABLE ET LA PETITE FUMÉE 
 
 – 
Vous voulez dire, Choy, que vous ne croyez pas aux
 
diableros ?
  – 
Les diableros I Qu’est
-
ce que c’est, un diablero ? Dites
-
moi seulement ce que c’est !
  – 
Je l’ignore, Choy. Manuel, qui était avec moi en voiture
 
cette nuit
-
là, a dit que ce coyote était peut
-
être bien un
 
diabIero. Alors vous pourriez peut
-
être me dire ce que c’est,
 
un diablero ?
  – 
On prétend qu’un diablero, c’est un brujo qui peut prendre
 
la forme qu’il veut. Mais tout le monde sait bien que ce sont
 
des blagues. Ici, dans le coin, les vieux sont toujours en train
 
de raconter des histoires de diableros. Mais les jeunes n’y
 
croient pas.
  – 
Et de quel animal s’agissait
-
il, à votre avis, dona Luz ?
 

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