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Elena Tchoudinova - La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

Elena Tchoudinova - La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

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ELENA TCHOUDINOVA
LA MOSQUEE NOTRE-DAME DE PARIS :ANNEE 2048
 ROMAN-MISSION.
Traduit du russe(2008)©E. Tchoudinova, 2005Tous droits réservés.©E. Tchoudinova, traduction, 2008La reproduction de cette oeuvre, intégrale ou partielle, est autorisée dans le cadrenon-commercial, et doit être destinée à l’usage privée du copiste.1
 
 
 L’auteur exprime sa sincère reconnaissance à tous ceux qui ont contribué ou participé de cœur à l’élaboration de cet ouvrage.
Prologue.Année 2002 : quarante six ans auparavant.
Jusqu’à l’âge de douze ans, Sonia
1
avait aimé l’Angleterre, cette même Angleterredont elle foulait aujourd’hui les pavés avec ses baskets.Entre douze et treize ans, elle n’aimait plus rien ni personne. Même son papa, quis’était révélé être un magicien de pacotille. Elle pleurait, elle criait, appelait au secours, etlui ne venait toujours pas, ne se dépêchait pas de la saisir dans ses bras, de l’emmener loin,à la maison, de
les
châtier cruellement. Avant, il pouvait tout, il submergeait sa chambre depoupées Barbie qu’elle n’appréciait guère, toutes clonées, avec leur riche garde robe. Il luiachetait la série médiévale des
 Lego
qu’elle adorait. Il lui promettait de l’emmener passerles vacances en Angleterre, il la protégeait quand il y avait des querelles entre copines, laconsolait après un cauchemar. Mais quand commença le cauchemar, le vrai, il s’avéra êtred’une impuissance révoltante. Il lui fallut ensuite toute une année pour lui pardonner etl’aimer à nouveau. Mais, pour cela, elle avait dû mûrir, devenir tout à fait adulte. Elle avaitdû elle-même étouffer les derniers mirages de cette enfance douillette dans laquelle sonpapa était le plus grand, le plus fort. Autrement, il aurait été au dessus de ses forcesd’accorder son pardon à ce père totalement innocent et que le désespoir avait siprématurément privé de la jeunesse et de la beauté.Il se tenait là, son père, à ses côtés, le bras passé autour des épaules de Sonia, ce quil’obligeait à se courber inconfortablement vers la droite. Durant les trois annéesprécédentes, elle n’avait presque pas grandi. A douze ans, elle mesurait déjà un mètrequarante huit et promettait de ne pas en rester là, sans espérer atteindre la taille d’un
topmodel
, elle était sûre d’arriver au moins à un mètre soixante cinq, comme sa mère.Aujourd’hui, elle avait quinze ans et n’avait pas dépassé un mètre cinquante. Et lesvitamines, de toutes marques et de toutes les couleurs de l’arc en ciel, n’y pouvaient rien.Son père regardait Sonia sautiller, se hisser sur la pointe des pieds derrière le dos descameramen, bruyants et joyeux drilles armés de caméras vidéo, des reporters éclatants desanté, le micro garni de mousse noire à la main. Elle ne voulait pas rater le moment où lesportes donnant sur le large escalier allaient s’ouvrir toutes grandes. C’est que Sonia n’avaitpas été autorisée à pénétrer à l’intérieur.Comme il aurait voulu l’emmener loin d’ici, loin de cette vieille place gris perle, siséduisante dans son écrin de gazons en velours vert et qui illustrait naguère les premiers
1
 
Sonia
, diminutif affectueux de Sophia. Au cours du roman, ce même personnage apparaîtra sousles noms de
Sophia (Sonia) Grinberg
, de
Sophia Sévazmiou (Sévazmios)
, de
Sophia
ou de
Sophie
.(NdT).
2
 
manuels d’apprentissage de Sonia. Pour lui faire travailler son anglais lui-même, il trouvaittoujours une petite demi-heure, arrachée sinon à son business, du moins à son sommeil. Unrépétiteur bien rétribué aurait pu aussi lui enseigner la langue, mais la lui faire aimer aupoint qu’elle se mette à la grammaire toute seule, c’eût été trop demander à un pédagogue.Ils peuvent intervenir après, pour peaufiner, pour approfondir. Sa fille, il n’en doutait pas,devait maîtriser l’anglais mieux que lui. Ses parents, eux, ne pouvaient imaginer que leurfils verrait un jour l’Angleterre. Quant à lui, il était persuadé non seulement que sa filleeffectuerait plusieurs voyages dans ce joyeux pays, mais que, si elle le désirait, ellepourrait y acquérir une vieille demeure à colombages recouverte de lierre de style Tudorou, selon ses préférences, avec une façade cossue de la période des George. A qui doncirait cet argent dont il n’a pas lui-même le temps de profiter, ni de goûter aux plaisirs qu’ilprocure.Mais maintenant, Sonia ne s’installerait pas en Angleterre. Il est même douteuxqu’elle souhaite un jour y remettre les pieds. Il n’a pas le droit de l’emmener loin d’ici,mais il vaudrait pourtant mieux pour elle ne pas s’y trouver, ne pas dévisager d’un regardglacé sous le pli des paupières la face de leurs compatriotes, Russes ou, ce qui était encoreplus navrant, Juifs, bien que depuis longtemps, dans son for intérieur, il eût cessé de seconsidérer du même sang qu’eux. Maintenant, il se sentait proche seulement de ces Juifsqui n’étaient pas ses compatriotes, du moins pas pour le moment. Et cette pensée, commeelle le hantait souvent : vendre son affaire, prendre Sonia avec lui, et filer de l’autre côtédes mers. Sans doute, ce n’était pas un havre de paix, mais, là-bas, elle retrouverait laquiétude, surtout quand elle serait appelée sous les drapeaux, dans trois ans, comme toutesles filles du pays. Mais la
prendrait-on
seulement dans l’armée ? La question étaitproblématique. Non, il valait mieux ne pas partir, les choses, semblait-il, commençaient àchanger dans le bon sens. Et, d’ailleurs, toutes ces pensées étaient dérisoires, une seulechose comptait : il n’avait pas le droit de l’emmener loin d’ici, loin de ces visages qu’elleconnaissait tous parfaitement pour les avoir vus à la télévision, car elle n’était pas fille àregarder les chaînes musicales.Effectivement Sonia les connaissait grâce à la télévision, mais elle ne les avait jamaisvus réunis en un même lieu. Ils se tassaient ici, sous l’objectif avide des caméras, excitéscomme des supporters après un match. Par exemple, ce député au physique rustaud,accouru au premier signal. Dans les clips de campagne législative il avait tenté de joueraussi sur son patronyme d’origine paysanne : il s’affichait tantôt au milieu de vaches,tantôt avec sa vieille « maman » en jaquette et fichu en poil de chèvre. On raconte qu’il y aquelques années, Sonia était encore petite, il avait dépouillé, pour ne pas dire pire, uncentaine d’orphelins de son âge. Les employés de l’ambassade des Etats-Unis avaientpassé toute une nuit à faire des paquets d’aide humanitaire pour profiter d’un avion videqu’il avait mobilisé pour lui tout seul aux frais du gouvernement. Mais, au matin, leditdéputé avait balancé toutes ces caisses sur le tarmac, la place lui étant nécessaire pourcharger des équipements sanitaires destinés à sa résidence secondaire. Cela avait fait dubruit dans la presse, mais ne l’avait pas empêcde rester un député prospère. « Nosenfants n’ont que faire des aumônes des étrangers ! » avait-il déclaré aux journalistes detélévision qui le pressaient de questions. Cette fois ci, il avait pris l’avion pour vérifier surplace si les conditions d’incarcération répondaient à toutes les normes de confort qu’étaiten droit d’attendre le détenu. « Rien à dire, il a tout ce qu’il faut, bon, la télé, une douche »expliquait-il aux journalistes dans un langage rudimentaire qu’il complétait par des gestesdestinés à décrire les lieux.3

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