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OBJETS BIZARRES, Note Sur l'Imaginaire Scientifique

OBJETS BIZARRES, Note Sur l'Imaginaire Scientifique

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Categories:Types, Research, Science
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09/23/2010

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1
Même s’il prétend ne plus croire aux mythes et légendes ou cosmologies antiques,notre monde est de plus en plus soumis aux pouvoirs des fées en blouse blancheoeuvrant au sein des laboratoires. Clones, OGM, embryons congelés, animauxtransgéniques, êtres hybrides, biopuces, nanoparticules, des objets bizarres,inclassables, aux frontières du réel et de l’imaginaire, de l’animé et del’inanimé, envahissent notre monde de représentations et notre mondephysique, alimentent notre curiosité et aussi notre inquiétude
.On sait la fascination qu’ont toujours exercée surl’imaginaire humain la télépathie, l’immortalité, ou l’hybridationentre humains et non-humains depuis les dessins rupestres dupaléolithique jusqu’à la science-fiction contemporaine, en passantpar les mythes primitifs, les mythologies antiques, la tératologie duMoyen-Age et de la Renaissance etc. Ces vieux fantasmes, quiforment la substance même de nos mythes, habitent notreimaginaire tout comme celui des chercheurs, et ils orientent en partieleurs recherches, l’autre versant étant évidemment la recherche duprofit.La biologiste Evelyn Fox Keller note qu’il est impossible de séparer un énoncé scientifique de la façondont nous structurons et construisons notre monde social et matériel. (
 Le rôle des métaphores dans ledéveloppement de la biologie
, ed. Les empêcheurs de penser en rond, 1989). On ne peut pas non plusséparer l’évolution des sciences de l’univers métaphorique dont elles sont issues et qu’elles cherchent,en quelque sorte, à réaliser. Dans
 L’origine des espèces,
Darwin parle de la sélection naturelle commed’une
 puissance toujours prête à l’action
, qui
repousse, accumule,
 
travaille, scrute,
 
 favorise,
 
rejette
.Bref il prête des intentions ou une volonté humainesà une loi naturelle. Pour les besoins de son exposé, ila recours à la personnification de la force qu’ilnomme
sélection naturelle
. Il s’en explique :
« Chacun sait ce que signifient, ce qu’impliquent cesexpressions métaphoriques nécessaires à la clartéde la discussion… Qui donc critique un auteur lorsqu’il parle de l’attraction ou de la gravitation,comme régissant les mouvements des planètes ? »
 
OBJETS BIZARRES
Note sur l’imaginaire scientifique
Bernard Pasobrola
Université Populaire Montpellier Méditerranée
 
 Atelier :
Le langage de la domination et ses innocentes métaphores
 
 
2
Mais nous ne sommes généralement pas conscients des métaphores par lesquelles nous pensons. D’oùl’intérêt de se pencher sur la pensée métaphorique inconsciente qui est réfléchie dans le langage et quipeut être étudiée grâce à lui.
 
Souvenons-nous des métaphores qui ont accompagné la compréhensionscientifique du processus d’engendrement et dont le biologiste ClaudeHumeau a retracé l’historique (
 Procréer 
, ed. Odile Jacob 1990). Depuis laHaute Antiquité jusqu’à l’époque moderne, la théorie qui a prévalu était celledu
séminisme
: on pensait que la fécondation était le résultat de l’action dusperme sur les menstrues féminines retenues à l’intérieur du corps. Dans son
Traité de l’Homme
, Descartes écrivait que
« les semences des deux sexes semêlant ensemble, servent de levain l’une à l’autre . »
Pour lui, la fécondationressemblait à une fermentation, à une pâte qui lève. Vers la fin du XVII
e
, ondécouvre le rôle des
« testicules femelles »
que le Hollandais De Graaf nomme
ovaires
. Il les décrit comme des œufs qui acquièrent
« par la cuisson la même couleur, la mêmesaveur, la même consistance que l’œuf de poule.»
Certains scientifiques pensaient aussi à cetteépoque que les êtres existaient déjà en germedans les ovaires de leur mère et que, comme unemboîtement de poupées russes, les ovaires de lapremière femme, Ève, contenaient tous lesgermes du genre humain. Il faut attendre lemilieu du XIX
e
siècle pour voir apparaître lespremières théories qui attribuent la fécondationà la fusion de l’
« animalcule »
masculin et del’
« œuf »
féminin. Mais pourquoi a lieu cettefusion ? Là encore, nous dit Claude Humeau, on a élaboré, au cours des siècles, toutes sortes de fictions.Le physicien Rolf proposait vers la fin du XIX
e
siècle l’explication suivante :
« Les petites cellules mâlesaffamées recherchent les cellules femelles grandes et bien nourries, dans le but de conjugaison, but  pour lequel ces dernières ont moins d’inclination. »
  Au XX
e
siècle, on a compris la division cellu-laire au cours de la méiose et le phénomène del’hérédité chromosomique. Mais jusqu’à uneépoque récente, une vingtaine d’années en ar-rière, le récit qui prévalait dans les manuels de biologie s’inspirait de
la métaphore de la Belleau Bois Dormant 
: l’ovule attendait sagementque le spermatozoïde vainqueur vienne leréveiller en agitant vaillamment son flagelle. Aujourd’hui, on parle plus volontiers de
rencontre
ou de
 fusion
dans le respect del’égalité entre les sexes. Mais, dans nos

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