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Guattari-Ritournelles et affects existentiels

Guattari-Ritournelles et affects existentiels

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Chimères no 7, 1989, pp. 34-47
Chimères no 7, 1989, pp. 34-47

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CHIMERES
1
Ritournelles etaffects existentiels
FÉLIX GUATTARI
1.
 L’interprétationdes rêves,
P.U.F., P.,1967.2. Spinoza,
Œuvrescomplètes,
Pléiade,Gallimard, P., 1954.
«Q
UANDAUCOURSD
UNREVEJ
AIPEURDESBRIGANDS
,lesbrigands sont imaginaires, mais la peur, elle, est bien réelle»,relevait Freud, dans
 L’Interprétation des rêves
(1)
. Le contenud’un message onirique peut être transformé, maquillé, mutilé,mais pas sa dimension affective, sa composante thymique.L’affect colle à la subjectivité, c’est une matière glischroï-dique, pour reprendre un qualificatif que Minkowskiemployait pour décrire l’épilepsie. Seulement, il colle aussibien à la subjectivité de celui qui en est l’énonciateur qu’àcelle dont il est le destinataire et, ce faisant, il disqualifie ladichotomie énonciative: locuteur-auditeur. Spinoza avait par-faitement repéré ce caractère transitiviste de l’affect («… ilnous est impossible de nous représenter un être semblableéprouvant une certaine affection sans éprouver nous-mêmecette affection») et dont résultent ce qu’il appelait «une ému-lation du désir» et le déploiement de compositions affectivesmultipolaires. Ainsi, la tristesse que nous ressentons à traverscelle de l’autre devient commisération, tandis qu’«il estimpossible que nous nous représentions la haine envers nous,chez notre semblable, sans le haïr à notre tour; et cette hainene peut aller sans un désir de destruction qui se manifeste parla colère et la cruauté»
(2)
. L’affect est donc essentiellementune catégorie pré-personnelle, s’instaurant «avant» la cir-conscription des identités, et se manifestant par transferts illo-calisables, tant du point de vue de leur origine que de leurdestination. Quelque part, il y a de la haine, au même titre que,
 
FÉLIX GUATTARI
CHIMERES
2
dans les sociétés animistes, circulent des influences béné-fiques ou nocives à travers l’esprit des ancêtres et, concur-remment, des animaux totémiques ou, à travers le «mana»d’un lieu consacré, la puissance d’un tatouage rituel, d’unedanse cérémonielle, le récit d’un mythe, etc. Polyvocité, donc,des composantes de sémiotisation qui, cependant, n’en sontpas moins en quête de leur parachèvement existentiel.Couleur de l’âme humaine aussi bien que celle des devenirsanimaux et des magies cosmiques, l’affect demeure flou,atmosphérique
(3)
et pourtant parfaitement appréhendable pourautant qu’il est caractérisé par l’existence de seuils de passageet de renversements polaires. La difficulté réside ici dans ceque sa délimitation n’est pas discursive, c’est-à-dire n’est pasfondée sur des systèmes d’oppositions distinctives se décli-nant selon des séquences d’intelligibilité linéaire et se capita-lisant dans des mémoires informationnelles compatibles lesunes avec les autres. Assimilable en cela à la durée bergso-nienne, l’affect ne relève pas de catégories extensionnelles,susceptibles d’être nombrées, mais de catégories intensives etintentionnelles, correspondant à un auto-positionnement exis-tentiel. Dès lors qu’on s’avise de quantifier un affect, on perdaussitôt ses dimensions qualitatives et sa puissance de singu-larisation, d’hétérogenèse, en d’autres termes les composi-tions événementielles, les «hecceïtés» qu’elle promeut. C’estce qui est arrivé à Freud quand il a voulu faire de l’affectl’expression qualitative de la quantité d’énergie pulsionnelle(la libido) et de ses variations. L’affect est processus d’appro-priation existentielle par la création continue de durées d’êtrehétérogènes et, à ce titre, nous serons certainement mieux avi-sés de renoncer à le traiter sous l’égide des paradigmes scien-tifiques pour nous tourner délibérément vers des paradigmeséthico-esthétiques.C’est à quoi nous invite, me semble-t-il, Mikhaïl Bakhtinequand, pour spécifier l’énonciation esthétique par rapport àl’évaluation éthique de la connaissance objective, il metl’accent sur son caractère d’«englobement par l’extérieur ducontenu», de «sentiment de valeur» et sur le fait qu’elleconduit à s’éprouver soi-même comme «créateur deforme»
(4)
. En tirant ainsi l’affect du côté de l’objet esthétique,ce que je voudrais souligner, c’est qu’il n’est aucunement le
3. La psychiatriephénoménologiquepréconise, à l’égard del’aliénationschizophrénique, undiagnostic fondé sur levécu précoce (
 Rümke
)ou sur le sentiment(
 Binswanger 
),l’intuition(
Weitbrecht 
).Tellenbach envisageun «diagnosticatmosphérique»,comme constat de ladissonance entre lesatmosphères propresaux deux«partenaires», sanschercher à cumulerdes symptômes isolés.(Cf.
Phénoménologiedes psychoses,
ArthurTatossian, Masson, P.,1980.)4. «Toutes les liaisonsverbales syntaxiques,pour devenircompositionnelles etréaliser la forme dansl’objet artistique,doivent être pénétréespar l’unité dusentiment uniqued’une activité deliaison, visant l’unitéréalisée par elle, desliaisons objectives etsémantiques decaractère cognitif ouéthique, sur l’unité dusentiment de tensionet d’englobementformateurd’englobementextérieur du contenuthéorique et éthique.»(Mikhaïl Bakhtine,
 Esthétique et théorie
 
Ritournelles et affects existentiels
CHIMERES
3
du roman,
trad.,Gallimard, P., 1978.)5. Ibid., p. 81.6. Ibid., p. 74.7. Ibid., pp. 71 et 74.
corrélat passif de l’énonciation, mais son moteur, il est vraiquelque peu paradoxal, puisque non discursif, n’entraînantpas de dépense énergétique —ce qui nous a conduit ailleursà le qualifier de machinisme déterritorialisé.La finitude, le parachèvement, la singularisation existentiellede la personne dans son rapport à elle-même, tout autant quela circonscription de son domaine d’altérité, ne vont pas desoi, ne sont donnés ni de droit ni de fait, mais résultent de pro-cessus complexes de production de subjectivité. Et la créationartistique, dans des conditions historiques bien particulières,a représenté une excroissance et une exacerbation extraordi-naires de cette production. Aussi, plutôt que de réduire la sub- jectivité, comme le souhaitaient les structuralistes, à n’êtreque la résultante d’opérations signifiantes —on est encoresous le coup, à cet égard, de la célèbre formule de Lacan selonlaquelle un signifiant était censé représenter le sujet pour unautre signifiant—, préfèrera-t-on cartographier les diversescomposantes de subjectivation dans leur foncière hétérogé-néité. Même dans le cas de la composition d’une forme litté-raire qui semble pourtant entièrement tributaire de la langue,Bakhtine souligne combien il serait réducteur, pour en rendrecompte, de ne s’en tenir qu’au matériau brut du signifiant.Opposant la personnalité créatrice, organisée de l’intérieur (àlaquelle il assimile le contemplateur de l’œuvre d’art), à lapersonnalité passive, organisée de l’extérieur, du personnage,objet de la vision littéraire
(5)
, il est amené à distinguer cinq«côtés» du matériau linguistique, pour dégager un ultimeniveau d’affect verbal assumant le sentiment d’engendrer à lafois: le son, le sens, les liaisons syntagmatiques et la valori-sation patique d’ordre émotionnelle et volitive
(6)
. L’activitéverbale d’engendrement d’un son signifiant est donc corréla-tive d’une appropriation du rythme, de l’intonation, des élé-ments moteurs de la mimique, de la tension articulatoire, desgesticulations intérieures de la narration (créatrices de mou-vement), de l’activité figurative de la métaphore et de toutl’élan interne de la personne «occupant activement par lemoyen du mot, de l’énoncé, une certaine position axiologiqueet sémantique»
(7)
. Mais Bakhtine tient à bien préciser que cesentiment ne peut être réduit à celui d’un mouvement orga-nique brut, engendrant la réalité physique du mot, mais qu’il

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