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Témoignage sur les Coptes d'Egypte

Témoignage sur les Coptes d'Egypte

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03/12/2012

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Témoignage sur les coptes d’Egypte
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Mgr Michel CHAFIK
C’est un honneur pour moi d’intervenir dans ce prestigieux institut où,assurément, l’on connaît bien l’Egypte : l’Egypte des pharaons, dont Champollion sutpercer les secrets ; l’Egypte du Canal de Suez et du panarabisme ; celle, aussi, de laguerre des six jours, un traumatisme qui, à ce jour, n’a pu être surmonté. Mais ce soir,c’est d’une autre Egypte que je viens vous parler ; d’une Egypte méconnue, menacée,l’Egypte copte, qui refuse que s’écrive, à son propos, la chronique d’une mort annoncée.Les situations s’analysent mais elles s’éprouvent aussi et le ressenti, forcément partiel,forcément partial, de ceux qui les vivent dit, tout autant que les concepts, quelque chosedu réel. Permettez-moi, pour commencer, d’en revenir à mon expérience, à celle de mesproches. Je me pencherai ensuite sur le devenir de notre communauté.Je rentre juste d’Alexandrie où j’ai célébré il y a quelques jours le mariage d’une nièce.De ce voyage je m’étais fait une joie. Joie aussitôt assombrie par la douleur dem’éprouver étranger en mon propre pays.Du fait de ma religion qui s’entend dans mon prénom (je m’appelle Michel et nonMohamed), se tatoue à mon poignet, s’inscrit sur ma carte d’identité, je me suis sentirejeté comme jamais par la terre qui m’a vu naître ; dont la langue, l’histoire et laculture ont formé mon intelligence ; dont les odeurs et les saveurs ont nourri masensibilité. Ce sentiment d’exclusion est partagé, hélas, par bon nombre de mescoreligionnaires. « J’étouffe », m’a dit celui-ci ; » je n’ai pas peur », m’a répété aumoins vingt fois cet autre, dont l’insistance témoignait du contraire.Qu’est-il arrivé à l’Egypte où, pendant sept cents ans, musulmans et chrétiens ont vécucôte à côte ? Cette cohabitation ne fut certes pas un long fleuve tranquille. Lorsque lesmusulmans furent devenus majoritaires au 10ème siècle, les coptes furent condamnés àla dhimmitude. Les hommes néanmoins cultivaient la convivialité, partageaient le pain,les joies et les peines. Aujourd’hui ce vivre ensemble millénaire semble condamné, les
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Mgr Michel Chafik est Recteur de la Mission copte catholique de Paris [Communauté « Notre Damed’Egypte »]. Une fois de plus, il nous fait ici l'amitié de partager avec nous ses travaux, afin de mieuxfaire connaître et aimer ces chrétiens d'Egypte si durement éprouvés dans leur foi par la persécution.Ce présent texte est celui d’une conférence qu’il a donnée, le 25 février 2010, à Science-Po [Paris]. Qu'ilen soit ici vivement remercié, avec l'expression de notre respectueuse amitié.
 
2communautés se sont inexorablement éloignées. Entre elles, tout aussi infranchissableque le mur de béton israélien, s’est élevé un mur de défiance et d’intolérance.Les causes de cette évolution sont légions :Notons d’abord l’héritage empoisonné de l’histoire. Si la dhimmitude, aujourd’hui, nefigure plus en tant que telle dans le droit égyptien, elle reste une réalité, un état d’espritet d’action intériorisé par tous. Les mots changent plus vite que les réalités qu’ilsrecouvrent. En Egypte, on ne parle certes plus de dhimmitude mais, dernier avatar decelle-ci, de minorité.En terre d’Islam où l’individu n’existe pas en tant que tel, où seule comptel’appartenance au clan, à la communauté, il ne fait pas bon être minoritaire et si, parnaissance, par malchance, vous en êtes, vous mènerez l’existence misérable d’un paria.C’est ainsi que les coptes, qui représentent 10% de la population égyptienne, lapremière communauté chrétienne du monde arabe, sont dans leur vie quotidiennevictimes de discriminations flagrantes. S’ils sont libres d’aller à l’église et de pratiquerleur culte, ils paient cette tolérance au prix fort. Trouver un emploi, un logement,éduquer dignement leurs enfants relève pour eux du parcours du combattant. Même si lepouvoir a affirmé à maintes reprises que les coptes font partie intégrante de la nation, ilsne sont que des citoyens de seconde zone. Soumis au bon vouloir des exécuteurs de laloi, ils ont toujours tort et aucune tribune où faire entendre leur voix. Ecartés de fait dupouvoir politique, marginalisés dans le monde administratif et culturel, ils sont privés detout avenir.Une petite anecdote : Récemment a eu lieu un match, suivi avec passion chez nouscomme chez vous, entre l’Egypte et l’Algérie. Avez-vous noté qu’il n’y avait aucunchrétien dans l’équipe d’Egypte ? Nulle loi, bien sûr, ne l’interdit, mais il seraitimpensable qu’un Georges ou un Jean représentât dans les medias notre nation.Le contexte économique ensuite rend plus précaire que jamais la situation des Coptes.L’Egypte est confrontée à la crise économique mondiale, à une inflation galopante, à untaux de chômage record, bref, à une misère multiforme qui touche non seulement lesplus pauvres mais aussi la classe moyenne. Oui, tout le monde souffre en Egypte, maisles coptes plus que d’autres pour délit de religion.La corruption des fonctionnaires, l’incurie des dirigeants ajoutent encore aux difficultésrencontrées par les chrétiens. A 81 ans le président Moubarak, qui finit son 5èmemandat, prépare sa succession tandis que se dégrade le climat politique. Il tient d’unemain de fer le pays où, sans raison, l’état d’urgence est maintenu depuis 1981. Mais, s’ilgarde le contrôle du politique et de l’économique, il est absent du champ social,religieux et culturel.
 
3Les frères musulmans, pourtant officiellement interdits, et les tenants du wahabbismeont eu tout loisir d’occuper cette vacance, d’infiltrer la société, d’en modifier enprofondeur les références et les comportements. Ils occupent désormais l’espacepublique à travers mille signes extérieurs : prières dans la rue, dans les bureaux et lesusines ; lectures du Coran dans les taxis et les autobus ; visages mangés par les barbesou occultés par le Niqab ; cheveux cachés par les foulards. La piété doit s’afficher etceux qui, parce que d’une autre religion, n’en portent pas les signes, sont ostensiblementdésignés à la vindicte populaire. C’est ainsi que, pour n’être pas agressées, bien deschrétiennes couvrent à leur tour leur chevelure. Pauvre, pauvre Egypte qui s’enfonce,comme on se noie, dans l’obscurantisme, dans le fanatisme ! Quand le monde entiercourt vers le 22ème siècle, les islamistes veulent arrêter le temps, en inverser le cours,revenir aux origines, au 7ème siècle.Le conservatisme ambiant et le refus de la pluralité religieuse font d’autant plus deravages que l’école et l’université sont dans un piètre état. Les Coptes, image honnie del’autre, sont les premières victimes de cette lente et sournoise détérioration du climatsocial. Dans un environnement communautaire excessivement tendu, les incidents semultiplient et s’ont prompts à dégénérer. Des églises sont incendiées, des fidèlesagressés, des jeunes filles enlevées et contraintes d’embrasser la foi musulmane.Soucieuses de calmer le jeu, les autorités tentent de minimiser les faits. A lire la presseégyptienne, il s’agirait, ici d’une banale affaire de vendetta, là de l’
uvre d’un désaxé.Il semblerait que l’Egypte soit le pays au monde le mieux pourvu en fous ! Maiscomment ne pas voir, derrière les exactions dirigées contre les coptes, l’influence del’islam radical ? Le président Moubarak a beau assurer que
« personne ne peut porter atteinte à l
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union entre les musulmans et les chrétiens »
, l’objectif de ces moudjahidinsest clair : ils veulent prendre le pouvoir et éradiquer les coptes.C’est ce qu’a révélé le Noël sanglant de Nagaa Hamadi où, à la sortie de la messe, leschrétiens ont été mitraillés comme au champ de foire. Le pouvoir, une fois de plus atardé à réagir ; une fois de plus, il a affirmé qu’il s’agissait d’un crime isolé.Aujourd’hui des arrestations ont eu lieu. Mais, petit reste d’une Eglise souffrante quipuise dans le
« n
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ayez pas peur »
christique la force de se battre, les coptes attendentplus.Et maintenant quel avenir pour les chrétiens d’Egypte ?Les perspectives, vous en conviendrez, ne sont guère encourageantes. Le poids cumuléde la misère et des discriminations les contraint au choix impossible de la conversion oude l’exil.Si rien n’est fait pour enrayer cette tendance, l’Egypte sera, uniformément, musulmane.C’est un pan entier de sa culture qui, gommée déjà des manuels scolaires, maispieusement conservée par la communauté, disparaîtra alors. C’est un rapport au monde,

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