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Robert Paris - Hegel et Marx (1968)

Robert Paris - Hegel et Marx (1968)

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 1
HEGEL ET MARXRobert Paris
 Dialectique marxiste et pensée structurale (à propos des travaux d’Althusser). Tables rondes 18 janvier-26 avril 1967 
, Paris, EDI, 1968, pp. 75-88 [
Cahiers du Centre d’Etudes Socialistes
;
 
76-81].
 
En traitant des rapports entre Hegel et Marx, ou plus précisément de la rupture entre Marx et Hegel,comme d’une coupure épistémologique, Althusser nous convie évidemment à poser ici une sorte dequestion préalable. A quel niveau s’opère donc cette coupure ? S’agit-il là d’une coupure qui relève, sil’on veut, du certificat de philosophie générale et logique, ou s’agit-il aussi, ou avant tout, d’autrechose ? Est-ce là une de ces ruptures, une de ces solutions de continuité comme il semble qu’on enrencontre parfois dans l’histoire des sciences (et dans ce cas, pourquoi Hegel ?), ou d’une rupture,passez ce que cela peut avoir de pascalien, d’un autre ordre ?Il est bien évident d’abord que, pour Althusser, le lieu de la coupure se situe moins à la rencontredes deux œuvres, entre Hegel et Marx, qu’à l’intérieur même de l’œuvre de ce dernier. Nous voiciderechef confrontés au problème qui ne cesse de nous provoquer depuis la publication, et bien entendula découverte, après la Révolution russe, des
 Manuscrits de 1844
de Marx. Et ici, Althusser n’inaugurerien. Comme tous ses prédécesseurs, Landshut et Mayer, ou, plus près de nous, Calvez ouFougeyrollas, Althusser situe la rupture à l’intérieur du marxisme. Marx aurait moins rompu avecHegel qu’avec soi-même. Ceci, évidemment, pour parvenir à une certaine lecture de Marx... quoiquel’on puisse se demander s’il n’y a pas là, masquée, la présence d’une méthode historique très proche decelle de Bergson, pour qui, comme chacun sait, une philosophie ne pouvait s’organiser qu’autour d’uneintuition unique, voire unitaire. De là qu’on soit tenté d’expulser de l’œuvre du philosophe - et ici, ils’agit de Marx - tout ce qui paraît contredire cette intuition centrale...Que si la coupure rejette hors de l’œuvre, ou présente comme une zone d’ambiguïté que le Marx dematurité n’aurait pu assumer (pour qui croit, bien entendu, que la philosophie puisse nouer d’évidentsrapports avec la maturité), que si l’on rejette donc les
 Manuscrits de 1844
, c’est non moinsévidemment qu’on se refuse à prendre en considération ou, comme on dit, au sérieux un certainnombre de concepts présents dans cette œuvre le concept de lutte de classes, celui d’aliénation, et, bienentendu, la première esquisse de la dialectique rationnelle de Marx.N’y a-t-il pas ici, chez Althusser lui-même, une contradiction qui risque d’investir la totalité de sonœuvre, l’ensemble de sa démarche ? Lui-même, on s’en est rendu compte aussitôt, se rattache à latradition scientiste, voire positiviste, du marxisme, - une tradition qui, pour avoir débouché sur desœuvres comme
 Matérialisme et Empiriocriticisme,
ou
 Matérialisme historique et matérialismedialectique,
n’en procède pas moins indéniablement de la
 Dialectique de la nature
d’Engels. Maisn’est-ce pas précisément Engels - comme l’avait déjà entrevu Mondolfo dans son vieux livre de 1912 -qui, le tout premier dans la tradition marxiste, a mis l’accent sur cet hégélianisme, et cet historicisme,qu’Althusser souhaite rejeter ?Il est évident qu’on ne saurait aborder le problème posé par Engels avec les seuls instruments del’histoire de la philosophie. Il nous faut tenir compte ici de ce que l’idéologie dominante, dans lestrente dernières années du XIX
e
siècle, était le scientisme. Une théorie ou une idéologie, fût-elle duprolétariat, devait pour se faire entendre parler ce langage de la science et, singulièrement, d’unecertaine science, celle de la nature : la physique ou la biologie, principalement. Il s’agissait
strictosensu
d’un problème de rhétorique, d’un art de persuader. Et, bien entendu, d’une rhétorique du vrai. Aquoi ont dû s’ajouter, je crois, les conséquences de la défaite de la Commune de Paris : la politique del’Internationale a subi un revirement complet et tous les espoirs se sont portés sur la social-démocratieallemande, c’est-à-dire sur un appareil bureaucratique qui préfigurait, toutes choses égales par ailleurs,toutes les bureaucraties qui se sont développées par la suite. Mais il n’est pas nécessaire ici - après lestravaux de Gabel – d’insister sur la relation qui existe entre bureaucratie et réification... Il reste qu’enrejetant la dialectique - quelle soit ou non d’obédience engelsienne - Althusser se voit nécessairementconduit à liquider, du même mouvement, le matérialisme.Enfin une dernière question, je dis tout cela en préambule aussi parce que je crains de ne pas avoirle temps de le dire à la fin, lorsque Althusser nous parle beaucoup de coupure épistémologique, on peut
 
 2
se demander si lui-même pratique une telle coupure. Le problème a déjà été soulevé par J. Pouillondans son article des
Temps Modernes
:
 
Lévi-Strauss joue à l’égard d’Althusser le rôle qu’assume Hegelà l’égard de Marx, mais Althusser, lui, ne fait pas sa critique de Hegel, la critique de son Hegel à lui.C’est là, je crois, la question essentielle et si nous devions, à notre tour, régler un jour nos comptes,pour parler comme Marx, avec Althusser, c’est sur ce point-là qu’il faudrait l’attaquer véritablement.J’en viens maintenant au problème Hegel-Marx, que je prends, pour ma part, au sérieux. J’entendsque sur ce point aussi Althusser pratique, une fois de plus, la stratégie de la dérobade, du cache-cache,en déclarant tout net que Marx n’a jamais été hégélien. Il nous faut, je crois, au contraire, prendre ceproblème au pied de la lettre, étudier sa forme ne serait-ce que parce que, comme Marx le dit dans la« Préface » à la
Contribution à la Critique de l’Economie politique,
il s’agit d’un « règlement decomptes » qui lui permet d’y voir clair en soi-même, de s’entendre avec soi-même. Le terme« règlement de comptes » est par ailleurs employé dès les
 Manuscrits de 1844
. Mais comment s’opèrecette rupture ? Comment s’opère cette critique ? Est-ce qu’il s’agit vraiment d’une coupureépistémologique ? Cela je ne le crois pas. D’abord, il faut voir à quel moment se fait la critique. Marxnous dit dans la « Postface » à la deuxième édition allemande du
Capital
:
 
« J’ai critiqué le côtémystificateur de la dialectique hégélienne, il y a près de trente ans. » Della Volpe constate qu’en faitcette formule : « il y a près de trente ans » nous renvoie à la
Critique de la Philosophie de l’Etat de Hegel
et je crois qu’on peut accepter cette hypothèse. Je vais donc procéder d’abord à une analyse decertains thèmes de cette
Critique de la Philosophie de l’Etat de Hegel.
Marx, c’est un des thèmes centraux de ce livre, y met perpétuellement en lumière le renversement,ce que j’appelle aussi la « tête en bas », renversement qui est le fait de Hegel. Par exemple, je prendsréférence à l’édition Molitor, Marx constate que le « rapport réel est énoncé par la spéculation (c’est-à-dire par la philosophie de Hegel) comme une manifestation, un phénomène de l’idée » : doncrenversement du réel et de l’idée. Et, par ailleurs, le renversement du sujet et du prédicat, par exemple :Hegel soumet « l’empirie vulgaire » à l’Idée, mais en réalité « l’idée réelle a comme existence...l’empirie vulgaire ». Mais ce qui est important en même temps, c’est que Hegel ne décrit pas, ne visepas une réalité autre que celle qui concerne Marx. C’est là, je crois, un point essentiel. Si Marx, commele prétend Althusser, avait simplement découvert une autre réalité, je l’ai déjà fait remarquer dans unarticle qui n’a pas plu à tout le monde, si cela avait été tout simplement la rencontre avec une réaliténouvelle, il aurait et même logiquement dû se contenter d’élaborer un système comme le positivisme;il fallait donc qu’il y eût un autre élément que cette découverte, cette rencontre avec le prolétariat, avecla Ligue des communistes, la tradition socialiste française. C’est pourquoi, je pense qu’il convientd’insister sur le fait que Hegel aussi parle déjà du capitalisme. Et qu’il parle de la même réalité, Marxlui-même en convient. « Hegel n’est pas à blâmer parce qu’il décrit l’être de l’Etat moderne tel qu’ilest, mais parce qu’il donne pour l’être de l’Etat ce qui est. » Hegel ne parvient pas à comprendre, àpenser, à analyser, c’est-à-dire à critiquer (ce que Marx va faire, lui, au contraire) l’irrationnel, mais secontente de le renverser, de le mystifier. Nous commençons déjà à entrevoir ce que peut être unhégélien. J’ai pensé mythe. J’emprunterai mon exemple à la situation psychanalytique. Comment secomporte un « hégélien » dans la situation analytique ? Un hégélien qui se trouve au bout de quelquetemps face à des difficultés, va dire à son docteur : « Mais oui, je sais que j’ai le complexed’Oedipe... » Que fait alors cet « hégélien » ? Nous voyons d’abord qu’il traite le « complexed’Oedipe » comme un principe, c’est-à-dire l’équivalent de ce qu’est l’Idée chez Hegel, un principedont son cas particulier n’est qu’une illustration, un phénomène, une allégorie ; ensuite, deuxièmecaractère, il pense son rapport, son « complexe » en termes d’« avoir » : on a le complexe d’Oedipe, lacoqueluche, etc., une maladie ; enfin c’est là, pour nous le plus important, il définit par là un certaintype de connaissance, un certain type de connaissance qui est idéaliste, un savoir
a priori.
Comment sefait-il qu’il « ait » le complexe d’Oedipe ? d’où le savez-vous ? demande l’analyste. Comment peut-ille savoir s’il n’a pas fait le chemin de cette découverte, s’il n’a pas découvert, en fin de compte, que cequ’il nomme complexe d’Oedipe, est tout autre chose que ce qu’il imagine, n’est qu’une certainerelation aux autres, une certaine relation au monde ? Le résultat de cette démarche que je qualified’hégélienne, dans la situation de l’analysé, c’est que celui-ci s’interdit d’analyser et constitue uneformation-écran : il pourra ainsi passer des mois à se battre contre cette formation écran. C’estexactement ce que fait Hegel en nous présentant l’Etat réel, c’est-à-dire ce qui est, comme uneexpression de l’Idée. Hegel s’interdit, en effet, d’analyser l’Etat réel et, de ce fait, dans un même
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mouvement, se voit contraint de mystifier cet Etat. Pour Marx il s’agit donc de lever d’abord lesbarrières à l’analyse et d’expliquer, comme il le dit, « dans leur signification propre, lescontradictions ». Ce que Marx reproche à Hegel, c’est donc de se donner une histoire des systèmes quiest dialectisée
a priori
et de réduire le concret à une manifestation de l’Idée : ainsi, paragraphe 199 dela
Philosophie du Droit,
Hegel écrit : « Le citoyen comme bourgeois... est la vérité concrète de lareprésentation qui s’appelle homme ». Le renversement est patent ; c’est en cela que cette dialectiqueest mystifiée et mystificatrice. Or, la critique de Marx, là aussi, apparaît assez claire. Marx constate quela partie « ésotérique » c’est-à-dire spéculative, permet de retrouver dans l’Etat, le concept pur,« l’histoire de la notion logique », mais le développement, c’est-à-dire le développement de l’Idée elle-même, le mouvement de la dialectique, mouvement qui fait tourner le système de Hegel, est, en fait,conditionné par la partie « exotérique », par l’empirie vulgaire, par ce qui se passe dans le monde. Jecite toujours Marx : « La réalité empirique apparaîtra donc telle qu’elle est; elle est également énoncéecomme rationnelle mais elle n’est pas rationnelle à cause de sa propre raison ; elle l’est parce que lefait empirique a, dans son existence empirique, une signification autre que soi-même » ; donc toujoursle thème du renversement et de la conversion du prédicat en sujet, du sujet en prédicat. En fait, ce quifait problème dans cette réalité à laquelle tant Hegel que Marx essaient d’apporter une réponse, c’est laprésence non pas du rationnel, c’est la présence de la déraison, de l’irrationnel, de la contradiction, bref de tout ce que Proudhon appelle, à un autre niveau, les « contradictions économiques ». En effet,lorsque Hegel déclare : « La personnalité de l’Etat n’est réelle qu’en tant qu’elle est une personne, lemonarque » il confère à l’individualité, au monarque, une sorte d’existence « mystique » et - constateMarx – « au pur sommet de l’Etat, ce n’est donc pas la raison mais la simple nature qui déciderait (...).Hegel s’abandonne au plaisir d’avoir démontré l’irrationnel comme absolument rationnel (...). Lehasard est donc la réelle unité de l’Etat (...). l’acte constitutionnel le plus haut du roi, c’est donc sonactivité sexuelle car c’est par elle qu’il fait un roi ». Le secret de l’Etat c’est la « zoologie ».L’important pour Marx n’est donc pas tant que Hegel fasse la théorie de la monarchie, et, soit dit enpassant, je ne crois pas qu’Hegel fasse la théorie de l’Etat pré-nazi ou nazi comme le prétend Lukàcs,mais c’est que ce système qui se veut rationnel, qui se veut la réconciliation du rationnel et du réel,l’identité du réel et du rationnel, Hegel l’a fait descendre de l’irrationnel, de ce que Marx appelle la« zoologie », un donné zoologique, tout en conférant à cet irrationnel, à ce donné une dimensionrationnelle, en ne l’assumant pas comme irrationnel. Et c’est là que se définit enfin le lieu del’inquiétude de Marx.Dans une
lettre
à Ruge de septembre 1843, Marx constate : « La raison a toujours existé, mais pastoujours sous la forme rationnelle ». Il dira aussi dans les
 Manuscrits de 1844
: « La raison se trouveauprès de soi dans la déraison en tant que déraison ». C’est là, selon moi, l’équivalent de ce qu’est ladécouverte du « vécu »ou de « l’existence » chez l’autre critique de Hegel, Kierkegaard. Dans le climatde la décomposition de l’hégélianisme, deux types de critiques sont adressés à Hegel en mettant à partles jeunes hégéliens Bruno Bauer, Stirner, etc., deux critiques de poids : d’une part, Kierkegaard qui vaprésenter sa revendication au nom de l’existence, du vécu et d’autre part, parallèlement, la découverte,la sensibilité de Marx au thème de l’irrationnel, de la contradiction qui n’est pas véritablement résolue ;qui ne l’est que de façon mystifiée.Dans une autre
lettre
de la même époque, toujours adressée à Ruge, Marx déclare aussi : « Jesoutiens que le roi de Prusse restera un homme de son temps aussi longtemps que le monde renversé(c’est-à-dire la tête en bas encore une fois) sera le monde réel (...). Le roi est en Prusse le système. Ilest la seule personne politique ». Il faut penser ici à la phrase de Kierkegaard : « Le philosophe bâtit unpalais d’idées mais il habite une chaumière ». La chaumière c’est le vécu, la chaumière de Kierkegaardoù habite le philosophe, c’est l’irrationnel, c’est la déraison, mais c’est aussi tout ce qui subsiste, tandisque le système, le palais d’idées, n’apparaît réellement fondé que sur cet irrationnel, et pour cetirrationnel. De là que le philosophe habite une chaumière mais accepte cette situation, l’assumesubrepticement, confère à cet irrationnel une rationalité qui lui vient de l’extérieur, qui ne lui est paspropre : le monde est renversé. On voit déjà là se dessiner beaucoup mieux la critique de Marx : ce quifonde, ce qui est la raison d’être du système est présent chez Hegel comme l’expression la plus hautedu système ; c’est là qu’est le monde renversé.De cela, on pourrait donner des exemples extrêmement actuels : prenons d’abord la situationpolitique en France en ce moment, un phénomène comme le gaullisme. Les gaullistes qui se définissent

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