ConclusionUne nouvelle géopolitique de la culture et de l’information à l’âge numériqueLa guerre mondiale des contenus est déclarée. C’est une bataille qui se déroule à travers lesmédias pour le contrôle de l’information ; dans les télévisions, pour la domination des formatsaudiovisuels, des séries et des talk-shows ; dans la culture, pour la conquête de marchés àtravers le cinéma, la musique et le livre ; enfin, c’est une bataille internationale des échangesde contenus sur Internet. Cette guerre pour le soft power met en présence des forces trèsinégales. C’est une guerre de position, d’une part, entre des pays dominants, peu nombreux etqui concentrent la plupart des échanges commerciaux ; c’est une guerre de conquête, d’autre part, entre ces pays dominants et des pays émergents, pour s’assurer le contrôle des images etdes rêves de nombreux pays dominés qui produisent peu, ou pas, de biens et de servicesculturels. Enfin, ce sont aussi des batailles régionales pour gagner une nouvelle influence par la culture et l’information.Dans les flux de contenus internationaux, tels que mesurés quantitativement, et à ce jour très imparfaitement, par le FMI, l’OMC, l’Unesco et la Banque Mondiale, un géantexporte massivement partout ses contenus : les Etats-Unis avec environ 50 % des exportationsmondiales. Si on ajoute le Canada et le Mexique, l’Amérique du Nord domine ces échangessans concurrent sérieux (avec près de 60 % des exportations mondiales). Derrière, se trouveun concurrent potentiel, mais possiblement en déclin : l’Union européenne à vingt-sept, avecun tiers des exportations. Une petite dizaine de pays suivent ce peloton de tête, à bonnedistance, sans pour l’instant arriver à peser massivement dans les échanges mondiaux decontenus : le Japon, leader des challengers, la Chine et notamment Hong Kong, la Corée duSud, la Russie et l’Australie. Pour l’heure, le Brésil, l’Inde, l’Egypte, l’Afrique du Sud, les pays du Golfe n’apparaissent pas de manière significative comme pays exportateurs decontenus, bien qu’ils accroissent fortement leurs importations.De manière générale, les pays qui exportent des biens et des services culturels, et del’information, sont à peu près les mêmes que ceux qui importent ces contenus. A unedifférence notable : les Etats-Unis ont une balance commerciale largement positive (ils sont le premier exportateur, et seulement le cinquième importateur). A l’inverse, l’Union européenneest le premier importateur et seulement le second exportateur. Dans une large mesure, àl’exception des Etats-Unis, la plupart des pays exportent et importent des contenus au sein deleur région. Par exemple, dans l’Union européenne, les exportations et les importations intra-européennes sont supérieures à celles qui sont extra-européennes. La mondialisation n’a passeulement accéléré l’américanisation de la culture et l’émergence de nouveaux pays, elle aaussi promu des flux d’information et de culture intra-régionaux, non pas seulement globaux,mais aussi transnationaux.Ces statistiques sur les flux de contenus internationaux sous-estiment pourtant lesévolutions en cours. Elles sont très imparfaites et, d’ailleurs, les économistes parlent en leur matière de « haute voltige ». Au-delà des problèmes méthodologiques que posent leur compilation et la comparaison, il est évident que ces statistiques, souvent appréciés en dollars,reflètent une réalité très faussée par le poids respectif des monnaies et les taux de change.Elles parlent en chiffres mais ne disent rien de l’influence réelle. En effet, mesurer des fluxculturels en devises, plutôt que par le nombre de livres ou de billets de cinéma vendus,contribue automatiquement à marginaliser toutes les économies émergentes. Par exemple : 3,6milliards de billets sont vendus chaque année à travers le monde pour les films de Bollywood,
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