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Introduction
Shuanghedongqun,
la plus longuegrotte de Chine
(54 km)
District de Suiyang, province du Guizhou
La Chine est un des paradisde la spéléologie.Si l’expédition nationaleGuizhou 2003 a étéun large succès avec plusde 52 km de topographies,c’est grâce à trois facteursessentiels: une terre bénie,une collaboration franco-chinoise de longue haleineet une équipepluridisciplinaire renouveléeet soudée autourd’un noyau irréductible.Dans cet article,nousprésentons une synthèsesur le réseau deShuanghedongqun qui estdevenu en mars 2003,grâce à plusieurs jonctions,la plus longue grotte deChine. Depuis ces résultats,un projet de réservenaturelle nationale està l’étude.Depuis 1986,nos dixexpéditions ont permisde visiter,explorer ettopographier 338 km degaleries,mais cela est peu,comparé à l’immensepotentiel des karsts chinois.Pour plus derenseignements,nousinvitons d’ores etdéjàle lecteur à se reporter àl’énorme synthèse
“Voyages en terre chinoise” 
,enhommage à Xu Xiakele premier géographespéléologue),qui est surle point d’être publié dansla collection
Karstologia- Mémoires 
(Maire,Barbary,Zhang,Vanara,Bottazzi,2004).
Guizhou 2003
(expédition nationale dela Fédération françaisede spéléologie)
rédigé par
Jean BOTTAZZI
Une fois de plus, nous sommes partis explorerles karsts de Chine. Une fois de plus, nous revenonschargés de topographies, photographies et observa-tions diverses. Nous allons essayer en quelques pagesde vous faire percevoir de notre mieux ce qu’a été lapremière partie de cette expédition, son origine, sonhistoire et surtout, les cavités que nous avons eu lachance de parcourir!Ça ne sera pas facile et vous pouvez être éprouvéspar quelques longueurs, mais sachez tout de suiteque qui est avare de son temps évite d’aller en Chineet même de s’en approcher!Jugez-en: tout ce que vous allez lire ici concerneune modeste région au nord de la province du Guizhou,dans le sud de la Chine. Cette province, c’est132000km
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de roches carbonatées sur un total de176000 km
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. Imaginez le quart de la France dédié à laspéléologie et ça vous donne une idée du terrain de jeu!Mais le Guizhou n’est qu’une “petite” province au cœurde la Chine qui est 55fois plus étendue. Des sitestels que ceux que nous allons vous décrire sont certai-nement plus fréquents qu’on ne peut limaginer.
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Shuanghedongqun,la plus longue grotte de Chine
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Nathalie Vanara ausommet du P90 deDadong,Suiyang.Li Po,notre partenaire chinois,dans Dadong,Suiyang.Photographies Richard Maire.
Dernière minute : 
Li Po,notre partenaired’exploration chinois,vient de nous transmettreune information qui nousremplit de joie et de fierté.Moins d’un an après notreexpédition,la zone deShuanghe vient d’accéder austatut de “national geopark”.Son nom officiel est “GuizhouSuiyang Shuanghe CaveNational Geopark”.C’est lapremière fois en Chine qu’unparc national est fondé surun réseau karstique ; on nepouvait espérer plus bellerécompense pour nosexpéditions.Nousaccompagnons de tousnos vœux de prospérité lespopulations environnanteset souhaitons qu’elles tirentle meilleur parti de cetteopportunité de développementdurable.
La grande Ligne Droite de Mahuangdong,longue de 400 m,est un peu la version horizontale du gouffre de Baiyudong (cf.
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n°91 p.3)(District de Suiyang,province du Guizhou,Chine).Photographie Jean Bottazzi,Guizhou 2003.La grande Ligne Droite de Mahuangdong,longue de 400 m,est un peu la version horizontale du gouffre de Baiyudong (cf.
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n°91 p.3)(District de Suiyang,province du Guizhou,Chine).Photographie Jean Bottazzi,Guizhou 2003.
 
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En ce qui nous concerne, notrepremier contact avec les grotteschinoises date de 1986 et faisait suiteà des échanges de courrier entre ZhangShouyue et Jean-Pierre Barbary depuis1982. Nous avions alors été devancésde quelques mois seulement par lesAnglais dans cette démarche alorsnouvelle en Chine: topographier etpublier systématiquement les résultatsde nos découvertes. On hésite toujoursà parler d’exploration dans les grotteschinoises, les liens entre hommes etgrottes sont là-bas bien plus resser-rés que chez nous et il faut êtreextrêmement prudent avant de seproclamer découvreur, ne serait-ce qued’une partie de cavité. Mais les topo-graphies sont très rares et croupissenttrop souvent dans des archives diffici-lement accessibles. Dans ce contexte,notre nature de spéléologue, révéler cequi est caché, prend alors toute sadimension.Bien que tout à fait fiers de nos60km topographiés en deux expédi-tions pour le seul district de Suiyang,nous nous garderons bien de prétendreque nous sommes les premiershumains à scruter ces ténèbres. LesChinois ne s’y sont pas trompés, degrandes banderoles installées au-dessus des routes vantaient nos hautsfaits, mais elles nous présentaient fort justement comme les spécialistesayant prouvé que Shuanghedongqunétait le plus long réseau karstique deChine, plaçant à sa juste place notremodeste mérite au regard de l’extraor-dinaire travail de karstification opéré parla seule nature.Ce ne sont ni notre connaissancedu territoire, ni notre flair spéléologiquequi nous ont amenés sur cette zone,mais tout simplement notre partenairedans le Guizhou, Li Po, de l’Institut desRessources de Montagne du Guizhou.Car c’est une autre particularité delaChine: la qualité de la spéléologieque vous pouvez faire dépend certesdevotre travail et de votre chance,maisaussi de vos relations. CommentLi Poa-t-il su que cette zone seraitfructueuse? Cela, nous ne saurons ledire. Toujours est-il que, pour lui, l’aven-ture de l’exploration de Shuanghe-dongqun a débuté en 1988 par uneexpédition conjointe avec une équiped’étudiants japonais. Il a ensuite faitquelques expéditions jusqu’en 1991,portant ainsi le développement de l’en-semble des cavités connues dans lesecteur à 26 km. En 1997, une recon-naissance avec un membre de notreéquipe, dans la grotte de Pixiaodong,attise notre intérêt. Li Po parlait déjàd’un réseau potentiel de 40à 50 km!Mais à cette époque nous étions prispar d’autres objectifs.En 2001, lorsqu’il nous a proposéde reprendre la zone, nous hésitions enfait à poursuivre les recherches sur unebase pas forcément bien consolidéeet craignions qu’il ne nous reste plusgrand-chose à gratter. Mais les ébau-ches topographiques suggéraient déjàune configuration propice à attiser notrecuriosité.En fait, dès notre première explo-ration en 2001, nous avons été frappésd’une certitude: une seconde expédi-tion sera nécessaire. Effectivement,nous laissons la zone avec 50 kmtopographiés en huit cavités nonconnectées entre elles, le plus grandréseau mesurant plus de 18 km.Noussommes donc revenus en forceen 2003 et avons réalisé les jonctionsentre presque toutes les cavitéstopographiées en 2001, portant ainsià 54356 m le développement du plusgrand réseau connu en Chine et à plusde 70 km l’ensemble des cavitésconnues du massif.
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Historique
Paysage de l’amont de la vallée de la Shuanghe.Photographie Jean Bottazzi.Paysage sur le plateau entre Shuangheshuidong et Longtanzishuidong.Photographie Nathalie Vanara.
 
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Dans les lignes qui vont suivre,nous allons tenter de vous guider dansquelque 70 km de galeries sans tropvous y perdre. Cela mérite doncquelques explications préalables etunpeu de méthode.La description estcentrée surlenord de la zone orientale du massif,là où se trouve la plus grande densitéde cavités explorées, enallant partouches successives du nord-ouest versle sud-est. La première partie estconsacrée aux 54 256 m deréseau deShuanghedongqun proprement dit.Ensuite, nous visiterons lesréseaux dePixiaodong et de Dafengdong. Puisnousirons visiter quelques cavitéspériphériques.
Description du réseaude Shuanghedongqun
C’est le réseau où les explorationsont été les plus fréquentes et fruc-tueuses et où il reste le plus à faire.Son développement topographié actuelest de 54356 m et il comporte huitentrées. Il est drainé par une résur-gence pérenne pénétrable, Shuanghe-shuidong, située vers le milieu dusystème et une résurgence vauclu-sienne principale excentrée 4 km àl’est. Les autres phénomènes remar-quables en surface sont l’énormedoline-perte de Longtanzishuidong(versle nord-ouest du réseau), la grossedoline-perte de Tuanduiwoshuidong(aumilieu du réseau), la doline-perteplus modeste de Hongzaozidong (versle suddu réseau) et le cirque-reculéeconvergent les entrées des troisgrosses galeries fossiles de Hejiao-dong, Shalingdong et Mahuangdong(aunord-est).Le massif dans lequel sedéveloppe le réseau est situéau nord du Guizhou, dans ledistrict de Suiyang. Il est bordéau nord-est par la vallée de la
rivière Shuanghe, d’une
altitudemoyenne de 700 m, quis’écoule paisiblement vers lesud-est et au sud-ouest par lepoljé de Rangshuiba, drainé parune perte à 845 m. On délimiteainsi un rectangle de 12 km par6 km allongé du nord-ouest ausud-est. La moitié nord-ouestdu massif possède les altitudes lesplus élevées, de 1 600 à 1700 m. Lamoitié sud-est présente une ligne decrête de 1400 m à 1500m d’altitudedéportée au sud-est, parallèlement aupoljé de Rangshuiba. Le réseau souter-rain actuellement connu n’occupe quele quart nord-est du massif dont l’alti-tude est étagée de 700 m à 1 300 m.Le paysage extérieur est un karstconique irrégulier et sillonné par descanyons perchés se développant auprofit de la couche imperméable d’Or-dovicien argilo-schisteux. Ces écoule-ments sont généralement capturés parla fracturation sous forme de groseffondrements. L’ensemble est relati-vement sauvage, les versants ne sontpas cultivés et sont occupés par uneforêt secondaire. L’agriculture enterrasses étagées gagnedoucement du terrain, maisreste cantonnée aux secteurspeu accidentés sous forme delarges terrasses. Le fond desgorges débouchant sur la valléeprincipale est consacré à lapâture de quelques vaches.Le potentiel hydrologique maxi-mum est de 1000 m environ.Le fond des canyons aériensreste le plus souvent perchépar rapport à la vallée deShuanghe. D’après l’observa-tion de la carte géologique, les galeriessont principalement développées dansle Cambrien. Sur le plateau, les pointsd’absorption se concentrent au contactde la couche imperméable et desniveaux dolomitiques de l’Ordovicien.Le pendage est peu prononcé (5°nord-est) et la fracturation n’a pas compar-timenté le plateau.
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Présentation des cavités
La descente dans la doline de Longtanzi- shuidong ne nécessite aucun équipement.Photographie Jean Bottazzi.
Contexte géographique

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