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PO&SIE /// Tempestives 003 /// Hédi Kaddour

PO&SIE /// Tempestives 003 /// Hédi Kaddour

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05/14/2010

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Octobre 2008
 L'entre-deux 
Hédi Kaddour 
Debout, il se tient droit, en costume blanc, bras détendus, mains sur les cuisses, les pieds à plat, àonze heures dix, il nous regarde, les lèvres et le nez un peu roses, il est dans un degré zéro de la posture, celle qu’on prend avant ou après toutes les autres, il nous regarde mais sans prendre aucunair qui tiendrait compte des regards de ceux qui le regardent, il n’a vraiment pas
d’air 
, c’est ce quiembarrasse les gens qui en parlent alentour, et plus on le regarde, plus on le peuple decontradictions, on voudrait qu’en lui «
habitent toute la tristesse tendre et tout l’idéal, chimériqueet fou, toujours insatisfait, de beauté et de bonheur 
» ou qu’il soit «
 pur d’habit et d’âme,rayonnant, léger, ingénu mais dupe des fourbes et des coquins
» ou encore qu’il «
aspire au ciel et ne touche que la terre
». D’autres y lisent «
la bêtise
», «
la crédulité 
», «
l’hébétude
», ou une«
rêverie mélancolique
» ou «
 poignante
». On le fait même parler, en termes un peu gran-diloquents : «
 Riez tant que vous voudrez, je préserve en moi cette part d’innocence qui, en fin decompte, fait la valeur d’un homme
. » Parfois, on s’en tire en concluant que son expression est «
en fait indéfinissable, comme est inexplicable l’émotion qui se dégage du tableau
», tout en le trouvantdeux lignes plus bas «
 poignant et gauche
». Même Pierre Michon, dans son
Maîtres et serviteurs
,le surcharge : «
maintien stupide… homme du Huitième Jour… terne gueule… il regardait levent 
… »
[1]
Seul Posner, dans son
Watteau
de 1984, renonce à cette danse des émotions en porte-à-faux, et faitde ce grand portrait en pied une simple «
affirmation de présence humaine dans un monde de fantaisie théâtrale
».Mais il n’y a peut-être pas autant d’affirmation que ça. Le nom même du personnage et du tableauest incertain,
 Pierrot 
, comme le voudrait son costume de scène, ou
Gilles
, autre rôle des tréteaux del’époque ? Et ce
 Pierrot-Gilles
du Louvre n’est pas tout à fait dans la présence
 
«
humaine
». Cen’est pas une
 personne
saisie à un moment de son existence quotidienne, comme le serait unhomme peint dans la même attitude sur le pas de sa porte. Mais ce n’est pas non plus un
 personnage
en action, dans un geste théâtral qui serait le symptôme de son rôle. Et il ne se donne pas non plus pour un individu qui poserait pour le peintre. Ni personne ni personnage, il est dans le costume, mais après le jeu, après le rôle mais pas encore deretour dans la vraie vie, il n’est plus, il va être. Ce pourrait bien être tout simplement, sans pathosexistentiel, l’acteur dans l’entre-deux.*

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