L’Actualité Poitou-Charentes – N
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1911: Pierre Jean-Jouve, qui vit àPoitiers de 1910 à 1915, publie sonpremier roman,
La Rencontre dans le carrefour
, et ses premiers poèmes.1913: René Boylesve, Tourangeau(1867-1926) passé par Poitiers,publie
Mesdames Desblouze
,souvenirs d’adolescence triste.1920: Prix Goncourt pour
Nêne
, del’instituteur Ernest Pérochon (né àCourlay en 1885, mort en 1942),auteur déjà d’un classique dubocage:
Les Creux de maisons
(1913).1921:
Valentine Pacquault
, deGaston Chérau (né à Niort en 1872,mort à Boston en 1937),académicien Goncourt, réunit leslieux qui lui sont chers, de Saint-Maixent au Berry, de Niort àPoitiers, mais son roman
Champi- tortu
(1906) est emblématique durégionalisme deux-sévrien.1923: François Poché (né àCognac en 1877, mort à Vichy en1944), reçoit le Grand prix delittérature de l’Académie françaisepour l’ensemble de son œuvre,notamment des
Poésies charentaises
(1930).1926: Georges Simenon découvrel’île d’Aix. En 1930, il s’installe prèsde La Rochelle pour trois ans,revient en 1938 à Nieul-sur-Mer.Son œuvre est truffée deréférences à cette région maritime.1928: Louis Perceau, ami deGuillaume Apollinaire et auteur aveclui d’une célèbre bibliographie desLivres de l’enfer (érotique), publiedans le journal socialiste des Deux-Sèvres,
Le Travail
, ses
Contes de la pigouille
consacrés auxpersonnages du Marais poitevin.1930: Prix Goncourt pour
Malaisie
,de Henry Fauconnier (1879-1973),le meilleur Goncourt depuis sacréation selon Maeterlinck.1933: Le tonnelier Pierre Boujut faitde Jarnac une capitale de la poésieen lançant la revue
La Tour de feu
.Cette année-là, GenevièveFauconnier (1886-1969), sœur deHenry Fauconnier et comme lui deBarbezieux, reçoit le Prix Feminapour son roman
Claude
. Ellepoursuivra, avec
Pastorale
(1942),une délicate chroniquesaintongeaise et féminine.
Le Poitou-Charentes est un paysd’eaux, et d’histoires d’O. Auxamours, il faut ajouter un monde defemmes mystérieuses ou fantasti-ques, qui en peuplent l’imaginairesinon les rues. Marais salants, ma-rais galants? Le marais, pour lesromantiques, est un lieu ambiva-lent, irréel, incertain, évanescent,glauque, angoissant, qui inquiétaautant Victor Hugo traversant ce-lui de Marennes en 1843 qu’il fas-cina définitivement Hortense Du-four, originaire de Marennes, dans
Le Bouchot
(1983).Ce roman, à une époque où aucunpont ne reliait le continent à l’île oune passait la Seudre, commencesur le pont transbordeur de Martrou(là où dansèrent en 1966
Les De-moiselles de Rochefort
), mais ladanse y est mentale, celle de l’éva-sion, «toutes les routes du monde».Sur la rive gauche, en revanche, lemarais envase les maisons autantqu’il enlise les esprits; l’atmos-phère est lourde: «un magnifiqueroman sur la mer et sur les marais,où les personnages sont plus que jamais voués et sacrifiés à l’eauavec tout ce que cela suppose desouffrances et de joies» (G.Calonnec). Le mystère des senti-ments est ici chez lui, comme déjàKléber Haedens l’avait analysédans
L’Eté finit sous les tilleuls
.Dans un village, entre Marennes etLe Gua, où l’ennui et l’immobi-lisme cernent tout, même les rêveset la souffrance, même les bateauxqui dorment sur l’eau plate autourdes cabanes à huîtres.Dans le marais, pour Hortense Du-four, Brouage «est comme un contede Perrault, avec des châteaux quin’ont qu’une façade», Brouage fan-tastique ébrouant un passé mirifi-que, Brouage-la-morte pourrait-ondire pour détourner un titre de Ro-denbach, vaisseau-fantôme au cœurd’un plat pays salé.L’eau du rivage marin, qui fait tantrêver les baigneurs d’aujourd’huivoués à l’héliotropisme de la sai-son balnéaire, a beaucoup inquiété.La poétique de l’eau (étudiée, pourl’Aunis-Saintonge, par GenevièveCalonnec, thèse de doctorat, An-gers, 1993), développe un registrede souffrances, de dangers, de res-sacs sombres, de profondeurs an-goissantes, d’aspects mortifères, deméduses et autres mollusques vis-queux qui peuplent encore la tradi-tion légendaire et les toponymes.Les monstres aquatiques ne man-quent pas, mais aussi de mystérieu-ses nymphes d’eaux claires ou si-rènes désirables, qui sont parfois,sauvageonnes des grèves, pilleusesd’épaves ou sorcières vengeresses.On pense à la «naufrageuse de l’îlede Ré», la belle et rousse Rahulf qui choisit ses amants parmi lesrescapés, puis les expédie du hautd’une falaise! Il suffit de lire lesdifférents volumes de contes et lé-gendes pour s’en convaincre, parexemple celui de Henry Mériot –un classique de 1936 – et la nou-velle «La Repentie» près de LaRochelle.L’océan attire et fait peur. NicoleAvril publia en 1981
La Disgrâce
.Sur une plage d’Aunis (elle estoriginaire de La Rochelle) a lieuune noyade de jeune femme qui esten même temps une rédemptiontragique, et qui rappelle un curieuxpoème de Fromentin, de même quela mort du héros dans
La JeuneFille du yacht
(1930), où le cada-vre a une «étrange splendeur» sousla radieuse lumière insulaire. Ceroman nous conduit à son auteurMaurice Renard, l’un des fonda-teurs de la science-fiction française,dont une anthologie a réuni juste-ment les
Contes atlantiques et autres histoires mystérieuses
( éd.Local, 1998) qui se passent dansl’île d’Oléron.
J.-P. B.
géographies du mystère
Histoires d’eau...
M a r c D e n e y e r
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