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nstallé dans l’arsenal de Rochefort, le chantierde reconstruction de l’
 Hermione
, frégate du
XVIII
e
siècle, entre dans sa troisième année.
«Nous prévoyons de terminer la charpente au
Coutant, ont permis, à partir d’un certain nom-bre de données d’époque, de redessiner la fré-gate d’origine. Mais que signifie, au juste, «re-construire à l’identique» ?
«Pas question de re- produire les erreurs du passé sous couvert d’his-toricité»,
insiste Raymond Labbé, vice-présidentet conseiller technique de l’association Hermione-La Fayette.
 
Ainsi, l’
 Hermione
d’origine était che-villée de fer et sa coque avait
 
été «cuivrée» pouraméliorer la glisse. Au bout de quelques années,suite à des phénomènes d’électrolyse, lechevillage était détruit. En juillet 1785, une or-donnance parut, qui stipulait l’usage de chevillesde bronze pour les carènes cuivrées. L’
 Hermione
fut donc réparée avec des chevilles de bronze.Pour l’
 Hermione
actuelle, on a choisi le chevillageen bronze.Il s’agissait ensuite d’évaluer les qualités de na-vigabilité du navire, la solidité de la structure etla stabilité du bâtiment.
«Les frégates du
 XVIII 
e
siècle étaient de petits navires de combat, à la fois manœuvrables et rapides et, de ce fait, un peu faibles en charpente,
explique Jean-JacquesCocagne, architecte naval travaillant sur le projetau sein du Crain.
Par ailleurs, on connaît, autravers des journaux de bord, l’aptitude à la mer de ce genre de navire. Mais il convient aussi desatisfaire aux règlements de navigation actuels.»
En appliquant au «plan de forme» de l’
 Hermione
d’origine les modèles informatiques actuels, Phi-lippe Pallu de la Barrière, directeur du Crain etmaître d’œuvre en titre de la reconstruction, aréalisé les calculs de structure et de stabilité.
Reconstruire la frégate Hermione au plus près de laréalité historique tout en répondant aux impératifsactuels de navigabilité et de visitabilité : un paricomplexe et audacieux qui requiert de réunir despartenaires aux savoir-faire très diversifiés
Par
Mireille Tabare
Photos
Sébastien Laval
les artisans
Hermione
de la reconstruction
savoir-faire
I
 printemps 2000,
explique Maryse Vital,coordinatrice du projet au sein de l’associationHermione-La Fayette.
Une telle entreprise, pour être menée à bien, néces-site une organisation ef- ficace et une étroite col-laboration entre les diffé-rents acteurs, s’articulant autour de trois niveaux decompétences : l’associa-tion Hermione-La Fayette – maître d’ouvrage – pour le pilotage du pro- jet ; le Centre de recher-che pour l’architecture et l’industrie nautiques(Crain) de La Rochelle –maître d’œuvre – pour les recherches préalableset le suivi du chantier ; l’entreprise de charpente-menuiserie Asselin, de Thouars, pour la cons-truction.»
La mission du Crain se décline selon trois critè-res : concevoir un navire «identique» à l’origi-nal, et destiné, en même temps, à naviguer et àêtre visité. Autre exigence, patrimoniale, à satis-faire : assurer à la nouvelle
 Hermione
une longuedurée de vie.Des recherches historiques, menées au sein duCrain dès 1993 par Bernard Moreau et Hervé
De gauche à droite,Jean Thomas,ébéniste- maquettiste,Jacques Haie,chef de chantier,et François Asselin.
 
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«Il existait déjà, à l’époque, des manuels de cons-truction navale très élaborés, tel le célèbre traité 
Eléments de l’architecture navale
 , publié en 1752 par Duhamel du Monceau,
explique BernardMoreau.
 Ainsi, on savait calculer le centre de gra-vité du navire en fonction de la répartition du poids. Et l’on s’aperçoit avec étonnement que l’onobtient quasiment les mêmes résultats avec laméthode ancienne et avec les moyens informati-ques modernes ! Par contre, la notion de méta-centre, qui permet d’évaluer la capacité du ba-teau à se redresser à la gîte, était tout juste con-nue, et pas encore utilisée dans la conception desbateaux.»à revoir toutes les données dont nous disposonsen construction navale.»
Il y a l’aspect «mainte-nance» – il faut trouver des dispositions adaptéespour faciliter le changement des pièces –, l’as-pect «traçabilité» – chaque pièce est répertoriéepar informatique, avec des données sur la prove-nance et la qualité du bois. Il y a surtout des étu-des à réaliser concernant la qualité des matériauxutilisés et leur comportement dans la durée.LeCrain travaille, dans ce domaine, avec le Centrecommun d’analyses de l’Université de La Ro-chelle, qui dispose de moyens importants, no-tamment d’un spectrographe de masse et d’unmicroscope à balayage électronique. Au sein del’équipe, un charpentier de marine, Jean-LucDurand, est chargé de tous les aspects techniquesspécifiques à la charpente navale, comme le bor-dage ou le calfatage, qui n’appartiennent pas audomaine de la charpente traditionnelle.Outre la réalisation des plans généraux de recons-truction, le Crain assure le suivi du chantier –contrôle historique, scientifique, contrôle desplans de détail – en essayant d’harmoniser cesdifférents critères. Une réunion mensuelle et desallers et retours fréquents permettent aux diffé-rents intervenants – le Crain, l’entreprise Asselin,l’association Hermione-La Fayette – de faire lepoint sur l’état d’avancement du chantier et derésoudre ensemble les problèmes qui peuvent seprésenter.Sur place, depuis deux ans, l’équipe Asselin –six charpentiers, un historiographe, plus une per-sonne chargée de la recherche des bois – s’activeà la construction de l’ossature du navire, aurythme d’une membrure par semaine. Une cin-quantaine de couples sont à ce jour terminés, surles soixante-deux que comporte la charpente.Responsable de la construction, l’entrepriseAsselin est spécialisée en charpente et menuise-rie traditionnelle, notamment pour les monumentshistoriques.
«Nous avons trouvé, dans le projet de l’
Hermione
 , une philosophie identique à cellequi préside à la restauration des monuments his-toriques, le même souci d’historicité, le même
«Nous avons trouvé, dans le projet de l’
Hermione 
,une philosophie identique à celle qui préside à larestauration des monuments historiques, le mêmesouci d’historicité, le même “phasage” dans ledéroulement du chantier. Et la charpente navalecomme la charpente traditionnelle font appel à unmême et unique savoir-faire, celui du charpentier.»
A partir de ces études, et en fonction des normesactuelles de navigation, le Crain a été conduit àdécider d’augmenter la section de la carlingue età changer le mode de fixation de l’ensemblequille-carlingue. Un autre facteur est à prendreen compte pour la validation du projet : l’
 Her-mione
, une fois reconstruite, est destinée, la plu-part du temps, à rester à quai et à recevoir dupublic. Elle entre à ce titre dans un autre champde réglementation et doit répondre à certainesnormes de sécurité nécessitant des aménagementsparticuliers.Autre sujet d’investigation :
«C’est la première fois, dans toute l’histoire navale, que l’on cons-truit un bateau destiné à durer aussi longtemps,
explique Jean-Jacques Cocagne.
 A l’époque del’
Hermione
 , la durée de vie d’une frégate était inférieure à quinze ans ! Un enjeu qui nous oblige
A droite,modélisation de la coque de l’ 
Hermione
par le Crain.

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