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Foucault Chomsky Debat Part 1

Foucault Chomsky Debat Part 1

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Nature humaine et politique
Nature humaine et politique

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10/05/2011

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Press, 1974, pp. 135-197. (Débat en français et en anglais à la télévision néerlandaiseenregistré à l'École supérieure de technologie de Eindhoven, novembre 1971.)
F. Elders:
Mesdames et messieurs, bienvenue au troisième débat de l'InternationalPhilosopher's Project. Les intervenants de ce soir sont M. Michel Foucault, du Collège deFrance, et M. Noam Chomsky, du Massachusetts Institute of Technology. Les deuxphilosophes ont des points de ressemblance et de divergence. Peut-être pourrait-on lescomparer à deux ouvriers qui perceraient un tunnel sous une montagne, chacun de leur côté,avec des outils différents, sans même savoir qu'ils vont se rencontrer.Ils accomplissent leur tâche avec des idées nouvelles, ils creusent le plus loin possible ens'engageant également dans la philosophie et la politique: nous allons certainement, pourtoutes ces raisons, assister à un débat passionnant.Sans plus attendre, j'aborde donc une question éternelle et essentielle: celle de la naturehumaine. Toutes les études sur l'homme, de l'histoire à la linguistique et à la psychologie,doivent résoudre le problème suivant: sommes-nous le produit de toutes sortes de facteursextérieurs ou possédons-nous une nature commune grâce à laquelle nous nous reconnaissonscomme êtres humains?C'est donc à vous, monsieur Chomsky, que j'adresse ma première question, car vousemployez souvent le concept de nature humaine, utilisant à ce propos des termes comme«idées innées» et «structures innées». Quels arguments tirez-vous de la linguistique pourdonner à ce concept de nature humaine cette position centrale?
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N.
Chomsky:
Je vais commencer d'une façon un peu technique. Quelqu'un qui s'intéresse àl'étude du langage se trouve confronté à un problème empirique très précis. Il découvre enface de lui un organisme, disons un locuteur adulte, qui a acquis un nombre étonnant decapacités qui lui permettent en particulier d'exprimer sa pensée et de comprendre les parolesdes autres, et de faire cela d'une manière que je pense juste de qualifier de hautementcréative... car la plupart de ce que dit une personne dans ses conversations avec autrui estnouveau, la plupart de ce que nous entendons est nouveau et n'a que peu de ressemblanceavec notre expérience; et ce comportement nouveau n'est pas le fait du hasard, il est adaptéaux situations, d'une façon difficile à caractériser. En fait, il a beaucoup de traits avec ce quipeut être appelé la créativité.L'individu qui a acquis la maîtrise de cet ensemble complexe, hautement articulé et1
 
organisé, de capacités, que nous appelons connaissance d'une langue, a connu une expériencedonnée; au cours de son existence, il a été exposé à un certain nombre de données, il a eul'expérience directe d'une langue.Si nous examinons les éléments dont il dispose finalement, nous nous trouvons alors face àun problème scientifique parfaitement défini: comment expliquer la distance qui sépare lapetite quantité de données, de qualité médiocre, reçue par l'enfant et la connaissancesystématique, organisée en profondeur, qui dérive d'une certaine façon de ces éléments.Bien plus, des individus différents ayant des expériences très différentes d'une certainelangue parviennent néanmoins à des systèmes extrêmement congruents les uns aux autres.Les systèmes auxquels deux locuteurs anglais parviennent à partir d'expériences trèsdifférentes sont congruents au sens que, dans une très large mesure, ce que l'un énonce,l'autre le comprend.Mieux, et encore plus remarquable, on observe que, dans une large gamme de langues, enfait dans toutes celles qui ont été étudiées sérieusement, les systèmes issus des expériencesvécues par les gens sont soumis à des limites précises.A ce remarquable phénomène il n'existe qu'une seule explication possible que je vous livrede façon schématique: l'hypothèse selon laquelle l'individu contribue en grande partie àl'élaboration de la structure générale et peut-être au contenu spécifique de la connaissancequ'il dérive en définitive de son expérience dispersée et limitée.Une personne qui sait une langue a acquis ce savoir en faisant l'apprentissage d'unschématisme explicite et détaillé, une sorte de code d'approche. Ou, pour employer destermes moins rigoureux: l'enfant ne commence pas par se dire qu'il entend de l'anglais, du
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français ou du néerlandais; il commence par savoir qu'il s'agit d'un langage humain d'untype explicite, dont il ne peut guère s'écarter. C'est parce qu'il part d'un schématisme aussiorganisé et restrictif qu'il est capable de passer de ces données éparses et pauvres à uneconnaissance si hautement organisée. J'ajoute que nous pouvons avancer même assez loindans la connaissance des propriétés de ce système de connaissance -que j'appellerai lelangage inné ou la connaissance instinctive -que l'enfant apporte à l'apprentissage de lalangue. Ainsi nous pouvons avancer assez loin dans la description du système qui lui estmentalement présent lorsqu'il a acquis ce savoir.Je prétends que cette connaissance instinctive, ou plutôt ce schématisme qui permet dedériver une connaissance complexe à partir de données très partielles est une composante1
 
fondamentale de la nature humaine. Une composante fondamentale, car le langage joue unrôle non seulement dans la communication, mais dans l'expression de la pensée etl'interaction entre les individus; je suppose que la même chose se vérifie dans d'autresdomaines de l'intelligence, de la connaissance et du comportement humain.Cet ensemble, cette masse de schématisme, de principes organisateurs innés, qui guidenotre comportement social, intellectuel et individuel, c'est ce que je désigne quand je meréfère au concept de nature humaine.
F. Elders:
Eh bien, monsieur Foucault, si je pense à vos livres,
 L'Histoire de la folie
ou
 Les Mots et les Choses,
 j'ai l'impression que vous travaillez à un niveau très différent et quevotre but est totalement opposé. J'imagine que ce schématisme en relation avec la naturehumaine, vous essayez de le multiplier selon les périodes. Qu'en dites-vous?
 M. Foucault:
Si cela ne vous ennuie pas, je vais répondre en français, car mon anglais estsi pauvre que j'aurais honte d'y recourir.Il est vrai que je me méfie un peu de cette notion de nature humaine, et pour la raisonsuivante: je crois que les concepts ou les notions dont une science peut se servir n'ont pastous le même degré d'élaboration. Et, en général, ils n'ont ni la même fonction ni le mêmetype d'usage possible dans le discours scientifique. Prenons l'exemple de la biologie: certainsconcepts ont une fonction de classification; d'autres, une fonction de différenciation oud'analyse; certains nous permettent de caractériser les objets en tissu, par exemple, d'autresisolent des éléments comme les traits héréditaires, ou établissent le rôle du réflexe. En mêmetemps, il y a des éléments qui jouent un rôle dans le discours et dans les règles internes de la
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pratique du raisonnement. Mais il existe aussi des notions périphériques par lesquelles lapratique scientifique se désigne elle-même, se distingue des autres pratiques, délimite sondomaine d'objets, et définit la totalité de ses tâches futures. La notion de vie a
 joué 
ce rôle enbiologie pendant une période donnée.Au XVIIe et au XVIIIe siècle, la notion de vie a été à peine utilisée pour l'étude de lanature: on classait les êtres naturels vivants ou non dans un vaste tableau hiérarchique quiallait des minéraux à l'homme; la rupture entre les minéraux et les plantes ou les animauxétait relativement imprécise; épistémologiquement, il fallait fixer leurs positions une foispour toutes. La seule chose qui comptait était de fixer leurs positions d'une manièreindiscutable.À la fin du XVIIIe siècle, la description et l'analyse de ces êtres naturels montraient, grâce1

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