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Agamben - La Communauté Qui Vient

Agamben - La Communauté Qui Vient

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01/07/2012

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La communauté qui vient. Théoriede la singularité quelconque
ParGiorgio Agamben(Futur antérieur printemps 1990http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=488)
I. QUELCONQUE
 L'être qui vient est l'être quelconque. Dans l'énumération scolastique des transcendantaux
(quodlibetens est unum, verum, bonum seu perfectum,
l'étant quelconque est un, vrai, bon ou parfait), le terme qui,demeurant impensé en chacun, conditionne la signification de tous les autres, est l'adjectif 
quodlibet.
Latraduction courante au sens de « n'importe lequel, indifféremment » est certainement correcte, mais,dans sa forme, elle dit exactement le contraire du latin :
quodlibet ens
n'est pas « l'être, peu importelequel », mais « l'être tel que toute façon il importe », celui-ci suppose, autrement dit, déjà un renvoi àla volonté
(libet),
l'être quelconque entretient une relation originelle avec le désir.Le Quelconque dont il est ici question ne prend pas, en effet, la singularité dans son indifférence parrapport à une propriété commune (à un concept, par exemple : l'être rouge, français, musulman), maisseulement
telle qu'elle est
dans son être. La singularité abandonne ainsi le faux dilemme qui contraint laconnaissance à choisir entre le caractère ineffable de l'individu et l'intelligibilité de l'universel. Carl'intelligible, selon la belle expression de Gersonide, n'est ni un universel ni un individu compris dansune série, mais « la singularité en tant que singularité quelconque ». Dans celle-ci
l'être-quel
est reprisde son appartenance à telle ou telle propriété, qui l'identifie comme membre de tel ou tel ensemble, detelle ou telle classe (les rouges, les Français, les musulmans) - et il est repris non par rapport à uneautre classe ou à la simple absence générique de toute appartenance, mais relativement à son être-tel,à l'appartenance même. Ainsi, l'être-tel, qui demeure constamment caché dans la conditiond'appartenance (« il y a un
x
 
tel qu'il
appartient à
 y 
») et qui n'est aucunement un prédicat réel, vient au jour de lui-même : la singularité exposée comme telle est quelconque, autrement dit aimable.Puisque l'amour ne s'attache jamais à telle ou telle propriété de l'aimé (l'être blond, petit, tendre, boiteux), mais n'en fait pas non plus abstraction au nom d'une fade généricité (l'amour universel) : il veut l'objet
avec tous ses prédicats,
son être tel qu'il est. Il désire le
quel
uniquement en tant que
tel -
c'estainsi que s'affirme son fétichisme particulier. La singularité quelconque (l'Aimable) n'est jamais dèslors intelligence de quelque chose, mais elle n'est que l'intelligence d'une intelligibilité. Le mouvement,que Platon décrit comme anamnèse érotique, est celui de l'anaphore qui transporte l'objet non pas versautre chose ou vers un autre lieu, mais vers son propre avoir-lieu, vers l'idée.
II.
 
DES LIMBES
D'où proviennent les singularités quelconques, quel est leur règne ? Les questions disputées de saintThomas sur les limbes contiennent les éléments d'une réponse. Pour le théologien, en effet, la peineinfligée aux enfants morts sans baptême, dont l'unique faute est le péché originel, ne saurait consisteren une peine afflictive, comme l'enfer, mais uniquement en une peine privative, telle que l'absenceperpétuelle de toute vision de Dieu. Toutefois, contrairement aux damnés, les habitants des limbesn'éprouvent aucune douleur de cette privation : puisqu'ils ne sont pourvus que d'une connaissancenaturelle et non surnaturelle, celle-ci étant implantée en nous par le baptême, ils ignorent être privésdu bien suprême, ou s'ils le savent (comme l'admet une autre opinion), ils ne sauraient s'en affligerplus qu'un homme raisonnable souffre de ne pouvoir voler. S'ils devaient en souffrir, affligés d'unefaute dont ils ne peuvent s'amender, leur douleur les plongerait dans le désespoir, à l'instar desdamnés, ce qui serait injuste. De plus : leur corps comme les corps des bienheureux demeurentimpassibles, mais uniquement par rapport à la justice divine ; pour le reste, ils jouissent pleinement deleur perfection naturelle.La peine la plus sévère - l'absence de vision de Dieu - se renverse ainsi en allégresse naturelle :irrémédiablement perdus, ils demeurent sans souffrance dans l'abandon divin. Ce n'est pas Dieu quiles a oubliés, mais ce sont eux qui l'ont oublié depuis toujours, et contre leur oubli, l'oubli divin resteimpuissant. Telles des lettres restées sans destinataires, ces ressuscités sont demeurés sans destin. Ni bienheureux comme les élus, ni désespérés comme les damnés, leur âme est à jamais inondée d'uneallégresse sans objet.
 
Cette nature limbale est le secret du monde de Walser. Ses créatures se sont irrémédiablement égarées,mais dans une région au-delà de toute perdition et salut : leur nullité, dont ils sont si fiers, est surtoutneutralité par rapport au salut, l'objection la plus radicale qui ait jamais été élevée contre l'idée mêmede rédemption. Proprement impossible à sauver, est en effet la vie où rien n'est à sauver, et contre ellefait naufrage la puissante machine théologique de
l'oiconomia
chrétienne. D'où le curieux mélange defriponnerie et d'humilité, d'inconscience de
toon
et de minutie scrupuleuse qui caractérise lespersonnages de Walser ; d'où également cette ambiguïté, qui fait que leurs rapports semblent toujourssur le point de se terminer au lit : il ne s'agit ni de
 υ
'
βρις
païenne ni de timidité créaturelle, maissimplement d'une impassibilité limbale face à la justice divine. Tels le condamné libéré dans la
Coloniepénitentiaire
de Kafka, survivant à la destruction de la machine qui devait le supplicier, ils ont laisséderrière eux le monde de la faute et de la justice : la lumière qui pleut sur leur front est celle -irréparable - de l'aube qui suit la
novissima dies
du jugement. Mais la vie qui commence sur terre aprèsle dernier jour est simplement la vie humaine.
III.
 
EXEMPLE
L'antinomie de l'individuel et de l'universel tire son origine du langage. Le mot arbre désigne en effetindifféremment tous les arbres, en tant qu'il suppose sa propre signification universelle au lieu desarbres singuliers ineffables
(terminus supponit signifcatum pro re).
Il transforme, autrement dit, lessingularités en membres d'une classe, dont le sens définit la propriété commune (la conditiond'appartenance). La fortune de la théorie des ensembles dans la logique moderne est due au fait que ladéfinition de l'ensemble est simplement la définition de la signification linguistique. La
Zusammenfassung
en un tout M des objets singuliers distincts m, n'est autre que le nom. D'où lesparadoxes inextricables des classes, qu'aucune « inepte théorie des types » ne peut prétendre résoudre.Les paradoxes définissent, en effet, le lieu de l'être linguistique. Celui-ci est une classe qui appartientet, en même temps, n'appartient pas à elle-même, et la classe de toutes les classes qui nes'appartiennent pas à elles-mêmes est la langue. Puisque l'être linguistique (l'être-dit) est un ensemble(l'arbre) qui est, en même temps, une singularité (l'arbre,
un
arbre,
cet
arbre) et la médiation du sens,exprimée par le symbole e ne peut en aucune manière combler le hiatus où seul l'article réussit à sedéplacer avec désinvolture.Un concept qui échappe à l'antinomie de l'universel et du particulier nous est depuis toujours familier :c'est l'exemple. Quel que soit le contexte où il fait valoir sa force, ce qui caractérise l'exemple c'est qu'il vaut pour tous les cas du même genre et, en même temps, il est inclus en eux. Il constitue unesingularité parmi d'autres, pouvant cependant se substituer à chacun d'elles, il vaut pour toutes. D'oùla prégnance du terme qui, en grec, exprime l'exemple :
para-deigma,
ce qui se montre à côté (commel'allemand
Bei-spiel,
ce qui joue à côté). Car le lieu propre de l'exemple est toujours à côté de soi-même,dans l'espace vide où se déroule sa vie inqualifiable et inoubliable. Cette vie est la vie purementlinguistique. Inqualifiable et inoubliable est uniquement la vie dans la parole. L'être exemplaire estl'être purement linguistique. Exemplaire est ce qui n'est défini par aucune propriété, sauf l'être-dit.Non pas l'être-rouge, mais l'être-dit-rouge ; non l'être Jakob, mais l'être-dit Jakob définit l'exemple.D'où son ambiguïté, dès que l'on décide de le prendre vraiment au sérieux. L'être-dit - la propriété quifonde toutes les appartenances possibles (l'être-dit italien, chien, communiste)
ε
est, en effet,également ce qui peut les remettre toutes radicalement en question. Il est le Plus Commun, qui scindetoute communauté réelle. D'où l'impuissante omnivalence de l'être quelconque. Il ne s'agit ni d'apathieni de promiscuité ou de résignation. Ces singularités pures ne communiquent que dans l'espace vide del'exemple, sans être rattachées à aucune propriété commune, à aucune identité. Elles se sontexpropriées de toute identité, pour s'approprier de l'appartenance même, du signe
ε
.
Tricksters
oufainéants, aides ou
toons,
ils sont le modèle de la communautéqui s'annonce.
IV. AVOIR LIEU
Le sens de l'éthique ne s'éclaire que si l'on comprend que le bien n'est pas ni ne peut être une chose ouune possibilité bonne à côté ou au-dessus d'une chose ou possibilité mauvaise,que l'authentique et le vrai ne sont pas des prédicats réels d'un objet parfaitement analogue (mêmes'ils lui sont opposés) au faux et à l'inauthentique.L'éthique ne commence que là où le bien se révèle n'être qu'une saisie du mal et l'authentique et lepropre n'avoir d'autre contenu que l'inauthentique et l'impropre. Tel est le sens de l'ancienne maximephilosophique selon laquelle
 veritas patefacit se ipsam et falsum.
La vérité ne peut se manifester elle-même sans manifester le faux, lequel cependant n'est pas séparé et repoussé vers un autre lieu ; au
 
contraire, selon la signification étymologique du verbe
patefacere
qui signifie "ouvrir" et est rattaché
àspatium,
la vérité se manifeste uniquement en donnant lieu à la non-vérité, c'est-à-dire en tantqu'avoir-lieu du faux, en tant qu'exposition de sa propre impropriété intime. Aussi longtemps que l'authentique et le bien bénéficiaient chez les hommes d'un lieu séparé, certes la vie sur terre était infiniment plus belle (nous avons encore connu des hommes qui participaient àl'authentique) ; l'appropriation de l'impropre toutefois était pour cette raison même impossible, cartoute affirmation de l'authentique avait pour conséquence le déplacement de l'impropre en un autrelieu, contre lequel la morale élevait de nouveau chaque fois ses barrières. La conquête du bienimpliquait ainsi nécessairement un accroissement de la partie du mal qui se trouvait repoussée ; àchaque consolidation des murs du paradis s'opposait un approfondissement de l'abîme infernal.Pour nous, à qui aucune propriété ne fut impartie (ou, dans le meilleur des cas, à qui ne furentdestinées que quelques infimes parcelles de bien), s'ouvre au contraire, sans doute pour la premièrefois, la possibilité d'une approbation de l'impropriété comme telle, qui ne laisse plus aucun résidu deGéhenne en dehors de soi.C'est ainsi que doit être comprise la doctrine gnostique de l'impeccabilité du parfait, défendue par lestenants du libre esprit. A l'encontre d'une grossière falsification des polémistes et des inquisiteurs,celle-ci ne signifiait pas, que le parfait avait la prétention de pouvoir accomplir les délits les phisrépugnants sans pour autant commettre de péché (cela ne renvoie de tout temps qu'à la fantaisieperverse des moralistes) ; elle signifiait, au contraire, que le parfait s'était approprié toutes lespossibilités du mal et de l'impropriété et ne pouvait, dès lors, faire le mal.Cela, et rien d'autre que cela, suffit à constituer le contenu doctrinal de l'hérésie qui, le 12 novembre1210, valut le bûcher aux adeptes d'Amaury de Bène. Amaury interprétait la phrase de l'apôtre pour qui« Dieu est tout en tout » comme un développement théologique radical de la doctrine platonicienne dela
chora.
Dieu est en chaque chose comme le lieu où chaque chose est, ou plutôt comme ladétermination et la topicité de chaque étant. Le transcendant n'est donc pas un étant suprême au-dessus de toute chose, mais plutôt :
l'avoir-lieu de toute chose est le transcendant pur.
Dieu, ou le bien, ou le lieu, n'ont pas lieu, mais sont l'avoir-lieu des étants, leur extériorité intime.Divin est l'être-ver du ver, l'être-pierre de la pierre. Que le monde soit, que quelque chose puisseapparaître et avoir un visage, qu'il y ait une extériorité et non-latence comme détermination et limitede chaque chose ; tel est le contenu du bien. Ainsi, précisément son être irréparablement au monde, estce qui transcende et expose chaque étant mondain. Le mal est, au contraire, la réduction de l'avoir-lieudes choses à un fait comme un autre, l'oubli de la transcendance interne à l'avoir-lieu des choses. Parrapport à celles-ci, le bien n'est pas, toutefois, en un autre lieu : il est simplement le point où celles-cisaisissent leur propre avoir-lieu, touchent à l'intranscendance de leur propre matière.En ce sens - et seulement en ce sens - le bien doit être défini comme auto-saisie du mal, et le salutcomme l'advenir du lieu à lui-même.
 V. AISE
 Selon le Talmud, chaque homme se voit réserver deux places, l'une dans l'Éden et l'autre dans leGehinnom. Le juste, après avoir été reconnu innocent, reçoit sa place dans l'Éden, plus celle de son voisin qui s'est damné. Le méchant, après avoir été jugé coupable, se voit attribué le lieu qui lui revientdans l'enfer, plus celui de son voisin qui est sauf. C'est pourquoi dans la Bible il est écrit à propos des justes : « Dans leur pays ils recevront le double », et des méchants « Détruis-les par une doubledestruction ».Dans la topologie de cette Aggada, l'essentiel n'est pas tant la distinction cartographique entre l'Édenet le Gehinnom que la place adjacente que l'homme reçoit immanquablement. Car, au moment oùchacun parvient à son état final et accomplit son propre destin, il se trouve alors, pour cette raisonmême, à la place du voisin. Ce qui constitue le propre le plus spécifique de toute créature devient ainsisa faculté d'être substituée, son être de toute façon dans le lieu de l'autre. Vers la fin de sa vie, le grand Arabisant Massignon, qui, dans sa jeunesse, se convertit en terreislamique au catholicisme, fonda une communauté baptisée Badaliya, d'après le terme arabe indiquantla substitution. Ses membres prononçaient le voeu de vivre en se
substituant
à quelqu'un, autrementdit, d'être chrétien
à la place d'un autre.
Cette substitution peut être entendue de deux façons. La première voit dans la chute ou dans le péchéde l'autre uniquement l'occasion de son propre salut : une perte est compensée par une élection, lachute par une ascèse, selon une économie peu édifiante du dédommagement. (La Badaliya neconstituerait ici qu'un rachat tardif de l'homosexualité de l'ami, suicidé en 1921 dans la prison de Valence, dont Massignon dut s'éloigner au moment de sa conversion).Mais la Badaliya admet une autre interprétation. Selon Massignon, en effet, se substituer à quelqu'unne signifie pas compenser ce qui lui manque, ni corriger ses erreurs, mais
s'expatrier en lui tel qu'il est

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