L’Actualité Poitou-Charentes – N
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our beaucoup de compositeurs, le festival deRoyan fut un moment décisif. Pour le publicaussi. Il découvrait, dans cette ville balnéaire,Le public officiel présent au concert de Royan aréservé un accueil plutôt froid à cette création.Comme l’écrira plus tard Maurice Fleuret: «Lessons les plus cassés, les plus distordus de son œuvre,on les trouve ici, mais d’une distorsion nette, propre,chirurgicale. A côté de sons purs qui les mettent envaleur (
Les Taharumaras
) on entend dans les
Fragments pour Artaud
des sons cassés, vrillants,des voix abîmées. Tout est admirablement en place,les sons tombent avec un tranchant de couperet,cruels, sanglants, paroxistiques comme il faut, et detout cela il se dégage, à part un ou deux moments, unéblouissement froid, au bout duquel, comme dit ledernier mouvement, reste un grand vide.»La deuxième création,
Cérémonie II
, était unesymphonie rituelle en 18 mouvements présentéeavec un environnement visuel cinétique en tempsréel. Autre rituel, strictement musical, inspiré de lacélèbre citation de Lamartine: «Le plaisir est uneprière.» C’était l’antidote des
Fragments
. Et lepublic l’a préféré...Le 13 janvier 1971, je revenais dans la région pourun concert avec
L’Apocalypse de Jean
au théâtremunicipal de Poitiers, dans le cadre de la premièremanifestation des Rencontres musicales de Poitiers,organisées par le Conservatoire municipal demusique dirigé à l’époque par Lucien Jean-Baptiste.Ce concert avait été d’abord envisagé au Centreéquestre de Poitiers qui m’avait beaucoup intéressécomme volume, mais malheureusement la préfecturen’a pas autorisé la manifestation nocturne dans cecentre, et nous avons alors choisi le théâtre. La salleétait pleine et le public vivement intéressé, ce qui futrelevé dans la presse, à la satisfaction desorganisateurs sans doute un peu inquiets desréactions qu’allait susciter une programmationaudacieuse. Cela reste un très bon souvenir.Souvent je rêve de pouvoir donner cette Apocalypseen concert dans les lieux que j’aime, et en Saintongeil y en a tant de magiques et d’inspirés...
Recueilli par Jean-Luc Terradillos
Cette année 2000 est, pour Pierre Henry,exceptionnellement riche de projets très diversifiés.Signalons le parcours sonore pour la reprise, dans unenouvelle configuration, à la Cité de la musique à Paris, jusqu’au 3 septembre, de l’exposition Jacques Villeglécréée, en 1999, à Poitiers.
Journal de mes sons
, avec la voix de Florence Delay,création pour la programmation France Culture enAvignon le 7 juillet. Le concert d’ouverture du festivalParis quartier d’été en coproduction avec le CentrePompidou, sur la piazza Beaubourg le
Tam Tam du merveilleux
. Une commande du festival international depiano de La Roque d’Antheron, Concerto sans orchestre,avec Nicholas Angelich au piano, le 13 août.En 2000, une édition de 22 CD en 4 coffrets contenant 33œuvres de Pierre Henry paraît chez Philips.
KNABENDUETT
En concert, Edwige Fouquet,saxophoniste, et BarabaraTenneguin, clarinettiste,explorent le monde de lamusique contemporaine écriteet improvisée, gestuelle outhéâtrale, chantée ou parlée, àtravers de multiples tableaux.Leur rencontre avec lescompositeurs François Rosséet Philippe Laval les aconduites à adopter unedémarche de créationmusicale. Pour occuper toutl’espace, elles ont élaboré unemise en scène et en lumièresavec la collaboration de MarcSéclin. Au programme :Georges Asperghis, BernardCavanna, François Rossé,Elliott Carter... Elles ontégalement imaginé unspectacle pour enfantsmontrant les multiples visagesd’un duo, les courantsmusicaux du
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siècle ainsique les différentes influencesde la musique traditionnelle,du théâtre musical, descomptines, dans les œuvres dePierre Boulez, Igor Stravinsky,Luciano Berio...Leur spectacle, soutenu par laRégion Poitou-Charentes dansle cadre des bourses auxprojets, a été créé, ceprintemps, à Carré Bleu(Poitiers).En juillet, ces deuxmusiciennes participent aucongrès mondial du saxophonede Montréal.
A.-G. T.
Royan
un festival «irremplacé»
C l a u d e P a u q u e t
P
des musiques incroyables, que l’éditiondiscographique ressort peu à peu. Pierre Henry y acréé deux œuvres en 1970. Il nous a confié sontémoignage.
Pierre Henry. –
Le festival d’art contemporain deRoyan, absolument unique en son genre dans lesannées 1960/1970, et irremplacé depuis lors, quin’hésitait pas à présenter des créations théâtrales etmusicales radicalement d’avant-garde, rassemblaitun large public international curieux et exigeant.Tout créateur contemporain se devait d’être présentà Royan. Claude Samuel, conseiller artistique de laseptième édition, m’a commandé une œuvre destinéeau concert d’ouverture du 21 mars 1970. Lors de ceconcert, j’ai présenté deux créations et, le 23mars à10 heures du matin, un amusant «concert à la carte»qui permettait au public de choisir les quatre œuvresqu’il aimerait entendre parmi une vingtaine de mesœuvres de 1950 à 1970.Pour le concert d’ouverture j’ai décidé de reprendre etd’achever
Fragments pour Artaud
que j’avaiscommencé au début des années 60 à partir du texted’Artaud sur les
Taharumaras
. C’est une œuvremusicalement inspirée de certains textes d’Artaudremontant aux années 20 et 30, visions prémonitoiresd’une musique faite avec des bruits réels : «Il y a uneidée concrète de la musique où les sons interviendrontcomme des personnages, où des harmonies sontcoupées en deux et se perdent dans les interventionsdes mots. De plus, la nécessité d’agir directement etprofondément sur la sensibilité par les organes invite,du point de vue sonore, à rechercher des qualités etdes vibrations de sons absolument inaccoutumées,qualités que les instruments de musique actuels nepossèdent pas, et qui poussent à remettre en usage desinstruments anciens et oubliés, ou à créer desinstruments nouveaux. Elles poussent aussi àrechercher, en dehors de la musique, des instrumentset des appareils qui, basés sur des fusions spéciales oudes alliages renouvelés de métaux, puissent atteindreun diapason nouveau de l’octave, produire des sonsou des bruits insupportables, lancinants.» AntoninArtaud (1932)Cette œuvre d’une heure, hommage personnel aupoète visionnaire, est une espèce de rite d’un paysinconnu, rite-fiction ou religion-fiction inspirée deson
Théâtre de la cruauté
évoquant la religion dusoleil, et les rites sanglants et phalliques qui lacélèbrent. Recréation sonore de l’univers d’Artaud,composée jour et nuit, de février à mars 1970, dans lessouffrances permanentes dues à plusieurs fractures decôtes à la suite d’un accident de voiture!
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