L’Actualité Poitou-Charentes – N
°
51
8
DANIEL REYNAUD
«Né le jour anniversaire de labataille de Valmy, l’année duFront populaire à Barbezieux»,Daniel Reynaud repose,depuis le 15 janvier 2001, àSaint-Simon-sur-Charente,dans le petit cimetière entouréde vignes qu’il avait choisi.Ce poète a donné une couleurà son pays, le «bleu charente»(entretien dans
L’Actualité
n
°
30) et n’a cessé d’approcher,dans ses poèmes, la cadencedu grand fleuve silencieux.Il écrit dans
Profil songeur de la Charente
:Tu pourraisremplacer mon sangsans avoirà rougir de moiet descendreloindoucementpour ne pas réveillerla mort
dad, le dernier recueil de contes etnouvelles de Jabbar Yassin Hussin
, Le Lecteur de Bagdad
, promèneson lecteur au-delà des géogra- phies. Irakien installé à Poitiers,Jabbar Yassin Hussin a vécu l’exil:en 1976, il doit quitter Bagdad, oùil exerce le métier de journaliste,contraint par l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein. Il n’est jamaisretourné dans son pays. Dans cedernier livre, il réunit huit textescourts où le présent français ren-contre les légendes irakiennes. Le passé en filigrane hante les narra-teurs et dessine un monde hallu-ciné qui perd ses frontières tempo-relles et spatiales. Les personnagesvisitent des lieux enchantés et bous-culent l’espace-temps: l’irration-nel y est métaphore. De l’absence,de la question de l’identité, de lalutte contre l’oubli, de la perte et dela mort. Pour que le rêve calme ladouleur du déracinement.Huit histoires pour abolir la dis-tance entre le passé et le présent, levrai et le faux, l’Orient et l’Occi-dent. Huit contes aux allures denouvelles où la réalité s’égare auhasard de rencontres «prophéti-ques». Le ton est poétique et mé-lancolique: les histoires sont desvoyages aux limites du savoir et de
MÉLUSINE EN BULLES
Geste Editions inaugure sonentrée dans la bande dessinéeavec la publication du premiertome de
Mélusine, fée serpente,
intitulé
La Grand’Goule,
àlaquelle Sophie Balland donnecorps et Didier Quella-Guyotverbe. On retrouve avec plaisirune évocation colorée duPoitou médiéval, émaillée declins d’œil et reconstitutions.La façade de Notre-Damearborait encore ses couleursvives. Poitiers s’animaitrégulièrement de processionspour calmer la Grand’Goule,dragon terrifiant qui serégalait des religieuses bienfraîches du couvent Sainte-Croix. L’histoire est uneadaptation libre etdocumentée de la légende dela fée Mélusine liée àRaymondin par un pacte : ellelui offre le pouvoir et larichesse mais il ne doit jamaischercher à la voir le samedi.Ceux qui ne connaissent pasle dénouement attendront lesecond tome à paraître.
A-G T
Mélusine, le fée serpente
, t. 1, GesteEditions, 48 p., 69 F.
D
Jabbar Yassin HussinLégendes de l’exil
es bords du Clain aux rivesdu Tigre, de Poitiers à Bag-Début mars, à La Rochelle, le Bal-let Atlantique-Régine Chopinot présente sa nouvelle création,
Faitsd’artifice
, une chorégraphie con-çue et réalisée par Françoise etDominique Dupuy pour les dan-seurs de la compagnie. Pour cecouple emblématique de la dansemoderne et contemporaine,
Faitsd’artifice
s’inscrit comme une ex- périence nouvelle, une étape à lafois logique et improbable, dans un parcours professionnel consacré,depuis cinquante ans, à la créationet à la diffusion de la danse.De leur premier maître, l’Allemand Jean Weidt, chez qui ils se sontrencontrés en 1947, Françoise etDominique Dupuy ont perpétué les principes: créer, innover toujours,et porter la danse là où elle ne va pas, élargir son rayonnement àd’autres lieux, d’autres publics.Chorégraphes et interprètes, ils sontégalement, dès les années soixante,les maîtres d’œuvre de plusieurs projets novateurs. Citons le festi-val des Baux-de-Provence, premier festival de danse en France, lesJournées de la danse ou Le Jardinde la danse, première intrusion dela danse dans le festival off à Avi-gnon. Le couple se mobilise égale-ment pour la prise en compte d’une pédagogie active. Ils imaginent lesRencontres internationales dedanse contemporaine et créent leur propre institut de formation, d’oùsont issus de nombreux danseurs.Depuis vingt-cinq ans, depuis
Lebal des gueux
et
Eclats
, Françoiseet Dominique Dupuy n’avaient pas cosigné une chorégraphie.Aujourd’hui, Régine Chopinot lesa réunis autour d’un nouveau chan-tier. Un spectacle sur le simulacre,la mascarade, l’illusion, à l’imagedu jeu de la vie dont nous sommestous les acteurs. «Dans cette aven-ture, le choix de l’artifice n’est pasinnocent, note Dominique Dupuy.A travers ce thème, récurrent dansmon parcours, c’est peut-être diresimplement que la danse elle-mêmeest fabulation, art de l’artifice, quiagit autant par ce qui est caché etnon dit que par ce qui est exposé, etqui fait des mouvements del’homme qui danse des mouve-ments sans lieu, hors du temps,loin de la nature et d’une quelcon-que vérité. Un art en lui-même,non pas coupé de la réalité, mais en proposant une autre, la sienne.»
Mireille Tabare
Création les 3, 4, 5 et 6 mars à laChapelle Fromentin, La Rochelle.Le 28 mars à La Roche-sur-Yon etle 12 avril à Poitiers.
l’humain, jusqu’à franchir l’hori-zon du possible. Le destin devient protagonisteet le conte philoso- phie: Jabbar Yassin Hussin met enscène la douleur de la mémoire etla vanité de l’écriture. Il semblenous dire que «tout est écrit», maisque l’homme se doit de lutter con-tre l’emprise des fatalités. Et leconte devient nouvelle, ou vice-versa, parce que le texte est uneanecdote qui penche vers le mythe,et que le mythe naît de l’anecdote.Jusqu’à ce que la fusion des genresendorme le sens: l’hermétisme decertains textes peut gêner le lec-teur, mais n’est-ce pas à lui des’approprier le livre, tel le vieillard de la première nouvelle qui déchif-fre les pages blanches des œuvresde sa bibliothèque?
Aline Chambras
Ballet atlantique :La danse à vif
FLEUBEULEUB:COCKTAIL DE BD
Publiée à Poitiers par La Nuitdu chasseur français, la revueFLBLB – de son vrai nom – sortson 11
e
numéro. Recueil demini-BD, la revue propose sa«fricassée de bandesdessinées» réalisées par dejeunes auteurs. Notonsl’apparition d’une nouvellerubriqueintitulée «coup depouce à un auteur vétéran».C’est Dan Clowes qui ouvre lasérie. Un «dossier» estconsacré à l’histoire de lacensure dans la BD de –42453à nos jours… FLBLB n
°
11, 59 F.
J . - L . T .
Daniel Reynaud sur la Charente, à Saint-Simon.
Add a Comment