remettant en question la survie collective, si ils devenaient trop exigeants, ou trop importants ennombre. En ce sens, on ne pourrait pas reconnaître des humains dans cette attitude.
B
–
L’homme, morphologiquement prévu pour travailler.
Dès l’antiquité, on remarque cette donnée é
vidente, mais aussi essentielle dans la définition de
l’être humain
: il est doté de mains. Loin d’être anecdotiques, ces mains sont en fait un signe,inscrit dans le corps de l’homme, qui indique quelle en est la spécificité
: dégagées de toutdéterminisme définitif, les mains sont des membres libres, qui ne servent à rien de particulier, et
sont néanmoins indispensables. En ce sens, elles constituent des organes dont il s’agit d’inventerl’usage, la plupart du temps en les complétant avec des outils. En c
e sens, elles doivent êtreconçues comme des prises, sur lesquelles pourront venir se brancher ces compléments du corps,
ces extensions qui vont offrir à l’homme ces fonctions que son corps, seul, ne peut pas
accomplir, mais que son esprit peut concevoir. Un homme qui ne travaillerait pas serait dés lorsun homme qui ne ferait pas usage de ses mains, un être dont les deux membres les plus
spécifiques seraient devenus inutiles, un être qui refuserait sa propre essence, s’en détourneraitet ainsi s’amputerait
de son humanité même. Un homme qui ne travaillerait pas ne serait donc
pas tout à fait un homme, il ne serait que ce qui ne fait pas exactement l’humanité, un être
inessentiel et superflu.
C
–
l’homme conçu comme homo
-faber.
Ainsi le travail apparaît-
il comme l’essentiel de l’humain, ce qui le définit de manière tout à faitspécifique. Ce serait dans le travail qu’on pourrait reconnaître l’humain, et l’oisiveté serait cetétat dans lequel l’homme serait indistinct du reste du règne animal.
Après tout, dans le fond, si
un homme devait ne rien faire de sa naissance à sa mort, s’il devait se contenter de consommerce qu’une hypothétique corne d’abondance lui apporterait, le reconnaîtrait on comme
essentiellement différent de la reine des fourmis, posée à vie au centre de la fourmilière, etconsommant ce que les ouvrières viennent lui donner en offrande ? Se distinguerait il du
premier singe venu, si ce n’est par l’ineptie et la faiblesse constitutive de son corps
? Plusconcrètement : si on dé
couvre les restes fossilisés d’un hominidé, vieux de plusieurs milliersd’années, comment savoir s’il s’agissait d’un humain
? La seule manière d’en être sûr, c’est dedécouvrir autour de lui des signes d’activité technique, et donc de travail. Les outils
sont ces
indices qui nous indiquent la présence d’humains dans les parages. C’est bien pour cela queBergson considérait qu’il fallait désigner cette classe particulière de primates comme
homo faber
,et non comme
homo sapiens sapiens
. Après tout, le recul
sur sa propre connaissance n’est pas aussiévident et essentiel que l’aptitude humaine à fabriquer des objets, et donc à travailler.
Transition
Pour les raisons que nous venons d’exposer, on ne peut véritablement reconnaître l’homme quelorsqu’il travaille, l’inaction ne le caractérisant que comme corps inerte, organisme biologique au
corps devenu inutilement doté de mains, et démesurément intelligent, pour un être ne faisantrien de cette intelligence. Cependant, demeure alors un paradoxe : tout semble se passer comme
si l’homme, tout en étant objectivement reconnu comme cet être qui travaille, ne parvenait pas à
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