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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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ble connu de peintures murales de l’époque romane(début du
XII
e
siècle). L’historien Henri Focillon l’avaitqualifiée de «chapelle Sixtine du Moyen Age», juge-ment jamais démenti par la suite.Yves-Jean Riou, conservateur général honoraire dupatrimoine, nous explique les techniques de la pein-ture romane, ses programmes, ses influences et sadimension esthétique.
L’Actualité. – Quelle place tenaient les décorspeints dans les églises romanes?Yves-Jean Riou. –
De tout temps, les temples et lesdemeures ont été ornés de peintures. Le Moyen Ages’inscrit dans cette tradition, d’autant qu’il subsistaitcertainement alors des décors remontant à l’époqueromaine qui ont pu parfois servir de «modèles». Desfouilles récentes dans des villas gallo-romaines de no-tre région attestent que tous les murs, ou presque, étaientpeints. Le mur blanc est une invention du
XX
e
siècle.
Quelles techniques utilisaient les peintres romans?
Les procédés picturaux ont perduré à travers les siè-cles. Ainsi, l’époque romane reprend les techniquesromaines, en particulier la fresque. Cette techniqueempruntée à l’Italie consiste à recouvrir le mur d’unenduit épais (l’
arricio
) constitué de chaux grasse etde sable, puis d’un enduit plus mince et plus lisse(l’
intonaco
). Le peintre utilise des pigments détrem-pés dans de l’eau et doit travailler tant que l’enduitest encore humide. En séchant, la chaux fixe les pig-ments et l’enduit devient aussi dur que du marbre.Alors la peinture fait partie intégrante du mur, elle nepeut s’écailler, comme c’est le cas d’une peinture àl’huile. Ce qui explique la longue conservation despeintures romaines et romanes.La surface de l’enduit posé correspond à ce qui pou-vait être peint en une journée (la
giornate
). Il est ar-rivé que les peintres, pris par le temps, donnent leursderniers coups de pinceau sur un enduit déjà sec. Dansce cas, la peinture ne tient pas aussi bien et finit partomber. Il est frappant de constater que, souvent, lespersonnages n’ont plus d’yeux. C’est parce qu’onpeignait d’abord les grands aplats, les vêtements, lescarnations, puis les yeux en dernier.Une autre technique consiste à peindre sur un enduitsec (
a secco
) en mêlant les pigments à du liant, huile,œuf, colle, cire, etc. Elle se pratiquait peu à l’époqueromane. Cependant les recherches effectuées à Saint-Savin démontrent que les peintres pouvaient utiliserdes techniques mixtes, notamment en mouillant ànouveau l’enduit qui avait trop vite séché (
semi secco
)ou en ayant recours à des liants.
Les couleurs étaient-elles vives?
Les peintres romans travaillaient avec des terres, d’oùune gamme de couleurs assez restreinte: des noirs,des charbons, des ocres, des verts et, exceptionnelle-ment, des bleus obtenus avec du lapis-lazuli, pigmenttrès apprécié à l’époque, mais coûteux car importé delointaines contrées. En revanche, les blancs devaientapporter beaucoup de vigueur aux scènes représen-tées grâce à un effet de contraste, faisant ainsi ressor-tir les gammes d’ocre jaune et d’ocre rouge.
Existe-t-il une relation entre ces décors et lesmanuscrits enluminés du Moyen Age?
Oui. Certaines scènes de la crypte de Saint-Savinont été rapprochées de la
Vie de sainte Radegonde
,manuscrit du
XI
e
siècle conservé à la médiathèqueFrançois-Mitterrand de Poitiers. Le peintre de lacrypte devait même être un peintre de manuscrit.Par exemple, on constate qu’il a placé les person-nages dans un cadre architectural, comme le fai-saient les peintres d’enluminures.Quant aux thèmes des décors peints dans les égli-ses, ce sont les mêmes que ceux des manuscrits re-ligieux. Rappelons néanmoins que notre connais-sance demeure lacunaire. En effet, quelles quesoient la quantité de manuscrits parvenus jusqu’ànous et l’importance des peintures murales dansnotre région, il est évident que cela ne représentequ’une part infime de ce qui a dû exister.
fresque
Double pageprécédente:Arche de Noé, dansla nef de l’abbatialede Saint-Savin.Ci-contre :le supplice de laroue, dans la crypte.
C
lassée parmi les chefs-d’œuvre du patri-moine mondial par l’Unesco, l’abbatiale deSaint-Savin conserve le plus vaste ensem-
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