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son œuvre. L’Ile-de-France et Paris, où l’architecteavait son atelier, regroupent la majeure partie de sesréalisations mais Poitou-Charentes, comme Provence-Côte d’Azur, Aquitaine, Rhône-Alpes, Franche-Comtéet Lorraine sont parmi les régions les plus riches enprojets ou réalisations du maître.En Poitou-Charentes, ses interventions se situent àtrois périodes différentes de sa carrière et ne répon-dent à aucune logique historique particulière mais té-moignent de plusieurs aspects fondamentaux des pré-occupations de l’architecte.
ARCHITECTE CONSULTANTPOUR LA SABA
Lors de son installation en France, Jeanneret, quin’adoptera le pseudonyme de Le Corbusier qu’en1920, collabore en tant qu’architecte consultant ausein de la Société d’application du béton armé. Decette période date la construction d’une usine hy-droélectrique sur la Vienne, à Millac près de L’Isle-Jourdain (1917), et le projet d’une centrale thermi-que à Saintes (1917).L’usine de Millac telle que nous la connaissons estsensiblement conforme à un dessin conservé dans sesarchives. Cependant la contribution de Jeanneret de-meure impossible à établir clairement. Le barrage secaractérise par une ordonnance classique qui contrasteen effet fortement avec ses projets contemporainscomme celui de Saintes où il conçoit un projet de cen-trale thermique avec logements et bureaux. D’unegrande simplicité, l’esthétique générale de cet ensem-ble est fortement inspirée de la production de TonyGarnier. A l’intérieur, Jeanneret imagine une distri-bution modulaire qui préfigure les plans de ses mai-sons ouvrières futures en particulier celles de la citéFrugès à Pessac près de Bordeaux (1924-1927). Mais,pour des raisons que nous ignorons, le projetsaintongeais demeura à l’état d’avant-projet.
UN ARCHITECTE PLASTICIEN
Près de vingt ans plus tard, Jeanneret est devenu LeCorbusier, un architecte, écrivain et polémiste mon-dialement connu. Il est l’auteur d’une série d’œuvresd’avant-garde exceptionnelles que clôt la célèbre villaSavoye de Poissy (1928-1931). Il s’agit d’une œuvred’avant-garde qui illustre les principes du nouveaustyle international auquel il a tant contribué: formesgéométriques pures et primaires en béton aux surfa-ces lisses et immaculées, fenêtres en longueur, toit-terrasse, plan et façades libres, quête d’immatérialité.La villa Savoye s’impose comme l’image iconiquede cette modernité. Mais, comme
Carré blanc sur  fond blanc
de Malévitch, la villa Savoye incarne le
Quatre projets menés entre 1917 et 1947, dont deux réalisés,témoignent des multiples facettes du grand architecte de la modernité
Par
Gilles Ragot
Photos
Fondation Le Corbusier
moderne
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en Poitou-Charentes
Le Corbusier
é en Suisse, Charles-Edouard Jeanneret, ditLe Corbusier (1887-1965), s’installe enFrance en 1917 où il produit l’essentiel de
Gilles Ragot aécrit, avecMathilde Dion,
Le Corbusier en France 
,Le Moniteur, 1997
 
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point ultime d’une réaction contre les canons d’unepensée académique dominante ; elle est une impasseautant qu’un aboutissement. Que faire au-delà? PourLe Corbusier c’est avant tout l’expérimentation et larecherche plastique qui priment. Il s’engage doncaussitôt dans une autre voie.Les projets qui vont l’occuper pendant les dix ans àvenir montrent un intérêt pour d’autres formes etd’autres matériaux plus traditionnels, d’autres textu-res moins lisses et plus rugueuses, et une autre façond’accrocher la lumière. De 1929 à 1935, il réalise ainsitrois maisons où l’emploi de la pierre de pays, du boiset des toitures inclinées donne une nouvelle orienta-tion à son œuvre. La villa Le Sextant aux Mathes, àLa Palmyre en 1935, est l’une d’elles.Cette maison d’été familiale est construite avec unbudget limité pour la fille du commandant Peyron,maître d’ouvrage de la Cité de refuge de l’armée duSalut que Le Corbusier vient d’achever à Paris (1929-1933). Orientée vers l’est pour se protéger des ventsocéaniques, la villa tourne le dos à la rue, ce qui pré-serve l’intimité de la famille. La vocation estivale dela villa légitime le plan ouvert, la distribution des piè-ces vers l’extérieur et l’emplacement de la salle àmanger sur une terrasse couverte. Les contraintes fi-nancières imposent un plan rationnel ainsi qu’un toità chéneau encaissé central, mais ne justifient pas lechoix de matériaux traditionnels. Le Corbusier ob-tient un contraste fort entre le mur de pierre percé depetites fenêtres à l’ouest et l’élévation principale àl’est, colorée et translucide. La façade orientale estconstituée de panneaux standard en verre, amiante etciment et okoumé, peints en bleu, rouge et brun sui-vant une palette qui n’est plus celle des canons puris-tes de la villa Savoye. Les choix faits à La Palmyre neconstituent pas un renoncement mais le témoignaged’une nouvelle approche de l’architecture.
UN URBANISTE RADICAL
La troisième intervention de Le Corbusier en Poitou-Charentes se déroule lors de la reconstruction ; ellepermet d’aborder son apport fondamental à l’urba-nisme du
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siècle. Des années vingt à sa mort, mal-gré d’innombrables propositions théoriques, Le Cor-busier ne réalisera aucun plan d’urbanisme en France.Dès 1922, il proposait pourtant un plan pour une villede trois millions d’habitants, tracé suivant un qua-drillage rigoureux. Inlassablement, il reprend ces prin-cipes pour aboutir en 1933 à la
Charte d’Athènes
: lesfonctions sont séparées ; l’habitat est densifié ; le solest libéré. La ville est «verte», constituée à 15% deconstructions et 85% de verdure. Les solutions sontradicales et provocantes mais l’utopie des réponsesest à la hauteur des enjeux humains et sociaux engen-drés par des décennies d’incurie qui ont abouti audéveloppement d’îlots insalubres au cœur des gran-
Ci-dessus: la villaLe Sextant, auxMathes, La Palmyre,1935.Page de gauche:projet de centralethermique et delogements ouvriersà Saintes, 1917.
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des cités et à la prolifération de taudis en périphérie.Lorsque, le 2 mai 1945, Le Corbusier est officielle-ment chargé d’établir le projet de reconstruction etd’aménagement de La Rochelle-La Pallice, l’archi-tecte découvre deux réalités différentes: d’une part,la ville ancienne de La Rochelle miraculeusementépargnée, d’autre part, le port de La Pallice, enchevê-trement inextricable d’habitations insalubres et d’usi-nes en partie détruites. Le Corbusier opte pour la pré-servation et la mise en valeur des richesses histori-ques de la vieille ville qu’il protège d’une ceintureverte. L’essentiel de ses propositions qui concernentle port de La Pallice se résume en quatre points:– le développement d’une cité moderne, exclusivementindustrielle autour des trois bassins du nouveau port ;– la création d’une nouvelle cité résidentielle situéeentre La Rochelle et La Pallice ;– la préservation d’une zone rurale dans l’arrière pays;– le tracé d’une route nouvelle réservée au trafic lourddu port.Le plan est adopté en avril 1946 mais le projet, fondésur une séparation stricte des fonctions et sur un dé-
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Avant-projetde la centralehydroélectriquede La Roche,à Millac dans laVienne, 1917. Lacentrale a été miseen service en 1921.

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