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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N
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57
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atlantique
de deux sur le rebord de la corniche, on aborde unterrain plus secret, plus dérobé aux regards, fait debuissons et de haies basses alternant avec des petitschamps herbeux. Le chemin est bordé de toute unevariété de plantes sauvages qui, en ce début d’été, fleu-rissent suivant leur humeur, coquelicots, lavatères, ca-momilles, ombelles, pissenlits, mais comme, de placeen place, on trouve aussi des bancs publics, commele sol du chemin semble bien récuré, on se prend àdouter si tout cela n’est pas tout simplement sorti descartons d’un paysagiste. En effet, voici le doute con-firmé par l’apparition d’un parking, d’une petite plageaménagée avec un bâtiment en béton où l’on venddes glaces, des boissons et des frites, avec une ter-rasse où un couple de retraités est même en train dedéguster des huîtres. Manger des huîtres face à la merpeut sembler critiquable : cela fait double emploi. Ilfaudrait pouvoir manger des huîtres à Timimoun, àYamoussoukro ou sur les bords du lac Titicaca. Etencore. C’est pour cette raison que l’on appuie à pré-sent un peu plus fort sur la pédale.Fuyant les mangeurs d’huîtres par la nouvelle routequi conduit directement au port de pêche, on trouveenfin un endroit qui ne demande qu’à être apprivoisé:c’est une succession de décharges publiques où s’en-tassent détritus, gravats et tuiles cassées. Je ne suispas le seul être vivant à en apprécier les charmes puis-que l’air semble tout à coup animé du pépiement dedizaines d’oiseaux. Parmi eux, une colonie de passe-reaux aux ailes cramoisies –seraient-ce des benga-lis?– font un petit concert à mon intention, mimentune fuite collective pour revenir aussitôt me narguerà quelques mètres, entament une savante chorégra-phie devant un parterre de roses trémières. Le jour oùl’on s’avisera –ce qui ne tardera guère– d’enfouirles décharges, d’assainir les marigots, de viabiliserles terrains vagues, toute cette vie sauvage s’envo-lera, on ne respirera plus ces délicats remugles dedétritus en putréfaction. C’en sera bien fini despseudo-bengalis. Chicorées bleues et roses trémièrespourprées seront chassées de leur royaume. Alors letemps sera venu de disposer sur le bord de la chaus-sée des petits panneaux pour nous inciter à respecterla faune et la flore. Grâce au ciel, on n’en est pas en-core là. Un semi-remorque passe. On peut rester unmoment immobile, s’imaginer perdu dans le désertMojave et tout près de faire une halte au
Bagdad Café
.Mais le
Bagdad Café
est au port de pêche et s’appelle
Tonton Louis
. Aucune chance d’y rencontrer Brenda.Les chalutiers font leurs farauds avec leurs pavois bi-garrés, leurs coques peintes: mauve la
Pucelle des mers
,bleu le
Jeannot
ou le
Gavroche
, rouge le
Coriolis
ou la
Mimie
. Les concepteurs du port ont décidé de nous lefaire remarquer qui ont peint les hangars de ces mêmescouleurs. Même syndrome que pour les mangeursd’huîtres. Même coup de pédale pour s’échapper.
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