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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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(CNBDI) d’Angoulême s’enrichira d’unmusée restructuré, d’une bibliothèque del’image et d’une médiathèque. Le siteaura alors absorbé des milliers de mètrescarrés aux friches et bâtisses environnan-tes. Afin de prolonger l’esprit de l’œuvrepremière, Magelis a fait appel à RolandCastro, architecte du CNBDI. Ses pres-criptions serviront les bâtisseurs du futurensemble baptisé «Vaisseau».
BÂTISSEUR D’ESPACE PUBLIC
Roland Castro est né en 1940 à Limoges. Les travaux dufondateur du mouvement «mao-spontex» Vive laRévolution (1969) intègrent l’aspect politique et citoyend’une pratique urbaine, au cœur des questionnements del’après-68. En 1974, il gagne le concours pourl’aménagement de l’ancienne prison de la Petite Roquetteau moment où Michel Foucault et le Grouped’intervention sur les prisons sont très actifs. Après avoirparticipé de 1978 à 1980 à la Consultation sur l’habitat, ilcrée Banlieues 89, une structure d’intervention et deréflexion. Son activité multiforme privilégie toujours laquestion de l’espace public. En rupture avecl’urbanisation des années 60, il préconise un retour à larue, à la place, au jardin, à l’avenue, pour le bien del’usager. Roland Castro cultive une conception idéalistede la ville, lieu d’échanges et de liberté.
ERoland CastroParti pris de collage
L’Actualité. – A propos du CNBDI,fruit de la réhabilitation d’un siteindustriel, vous avez parlé d’unensemble métaphorique de labande dessinée...
Roland Castro. –
Au regard de l’his-toire, cette usine est l’endroit sombred’Angoulême. Cela date des
Illusions perdues
, il y a le plateau (le haut) et le bas.L’idée m’est venue d’éventrer ce bâti-ment pour lui auto-amener de la lumière,d’ajouter une aile afin de faire un collageentre l’ancien et le nouveau, et de taillerdans l’ancien selon des thèmes liés à labande dessinée, en faisant des espaces unpeu étranges. L’idée de trajet, d’espace,est liée à l’imaginaire. Tardi a dessiné,dans ce décor, un mec qui tombait. C’était,comme je l’attendais, «meurtre à la BD».
Et d’une réhabilitation en formede collage.
Je suis contre la table rase et je voulaistransformer cette usine radicalement, doncil y a collage. Par ailleurs, je me suisdonné des libertés dont le sens était dansl’objet même et que je me refuserais dansd’autres cas. J’ai volontairement négligédes aspects fonctionnels et recherché unscénario onirique. J’aime beaucoup lecollage, y compris dans les projets neufs.Le plus beau des villes se trouve dans lesaspects sédimentaires parfois involontai-res. Il faut être très attentif à ce qui existe.La ville sédimentaire est le plus grandobjet théorique d’un architecte.
Le Vaisseau sera relié à la villehaute par un ascenseur incliné.Aviez-vous eu la volonté de créerde nouveaux cheminements ?
Etant donné la situation du CNBDI, j’aitoujours pensé que l’étrangeté serait unfacteur plus attractif que ce que l’on ap-pelle les cheminements. Dans le dévelop-pement du Vaisseau, beaucoup de chosessont prévues près de la Charente, autourdu CNBDI. Mais il y a une résistance ducentre d’Angoulême – au sens strict – quia une compacité et une intériorité trèsfortes. Une sorte de mystère angoumoisinqui n’existera jamais ailleurs. Ce qui sepasse dans la ville basse, c’est le symbolede l’ouverture d’Angoulême. C’est unpeu la revanche du bas et non le rempla-cement du haut.
Vos prescriptions n’introduirontpas de rupture...
Nous allons probablement préconiser depoursuivre un collage, une série d’événe-ments et non de faire un Vaisseau totale-ment homogène. Le CNBDI restera cen-tral mais la bonne idée serait qu’il sepasse des tas d’autres choses en plus,comme dans un jardin où il y a des folies.
Que pensez-vous des multiplexescinématographiques en périphé-rie? Est-ce une étape vers le de-venir-ville de la banlieue?
C’est très bien qu’il y ait des cinémasmais quant à leur effet sur le devenir-villede la banlieue, la manière dont ces équi-pements sont posés... Du point de vue del’urbanité, je suis très dubitatif. Il y a uneréflexion très sérieuse à mener, y comprispour la localisation des grandes surfaces.Je pense que le devenir-ville de la ban-lieue passe par des éléments de centralitéplutôt que par des destinations de l’es-pace. Je travaille beaucoup à la transfor-mation radicale de quartiers de la pireépoque. A Villeneuve-la-Garenne, nousavons transformé le centre commercialen l’ouvrant vers l’extérieur, construit uncentre socioculturel et fait en sorte que leschoses diffusent autour d’elles. Nousavons déplié le quartier. Je n’oppose pascentre-ville à banlieue. Si on arrive àembellir, à transformer des lieux – entenant compte du contexte – pour lesrendre attractifs, ils peuvent devenir deséléments de centralité. A cet égard, jesouhaitais que la Bibliothèque nationale,équipement majeur de la République, soitconstruite près de Saint-Denis mais Mit-terrand ne m’a pas suivi. Il a renforcé leParis historique. Faire des projets dans lesquartiers difficiles est un signe très fort.Ce combat n’est pas fini, l’inertie monar-chique de la République est grande.
Craignez-vous la métamorphosedu CNBDI ?
Je ne suis pas fétichiste. Il est normal queles choses bougent. Je souhaite simple-ment que le futur architecte soit «sympa-thique» avec mon bâtiment.
Recueilli par Astrid Deroost
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C l a u d e P a u q u e t
n 2006, le Centre national de labande dessinée et de l’image
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