publics dès 1916, contrairement par exemple aux immigrations espagnole etportugaise, qui sont à la fois plus récentes (à partir de 1950) et moinséchelonnées dans le temps. Cette immigration est caractéristique del'héritage colonial. La décolonisation n'y a certes pas mis un terme, puisquel'islam est aujourd'hui la deuxième religion de France, mais chacun sait que sil'Algérie était restée française, la France compterait aujourd'hui un tiers demusulmans (et que, dans quinze ans, un Français sur deux aurait étémusulman). L'implantation d'immigrés algériens en France répond à cetégard, de façon somme toute assez logique, aux cent trente ansd'immigration française en Algérie, de 1830 à 1962.En dehors de la France, qui a surtout accuelli des Maghrébins et desoriginaires de l'ancienne péninsule indochinoise, les premiers pays européensd'immigration ont également été les anciennes puissances coloniales :l'Angleterre, avec son immigration indo-pakistanaise et caraïbe, la Hollandeavec ses Indonésiens, l'Allemagne héritant pour sa part, avec la Belgique, del'essentiel de l'immigration turque en Europe occidentale. « Pour ce qui est del'Europe, écrit Jean Daniel, elle paie avec intérêts le fait d'avoir été colonialeet d'avoir tissé des liens avec les populations asiatiques et africaines. Demême qu'on dit parfois que les Noirs aux Etats-Unis ne veulent pas seulementvenger leurs ancêtres esclaves, mais aussi les Indiens massacrés à partir de1492, de même on pourrait dire que les anciens colonisés sont lesinstruments d'une justice immanente qui impose une partie de leursproblèmes aux anciens colonisateurs » (3).C'est seulement dans un second temps que l'immigration a fini par touchertous les pays européens (à l'exception de l'Irlande). Aujourd'hui, même lespays d'émigration traditionnelle du Sud de l'Europe (Espagne, Italie, Grèce)sont devenus à leur tour des pays d'immigration. En 1990-91, précise l'OCDE,cette immigration s'est encore intensifiée, notamment en Allemagne, dans un« contexte de mondialisation des flux migratoires ». Sur une population totaled'environ 325 millions d'habitants en 1989, la CEE (ex-RDA exclue) compte àl'heure actuelle officiellement 13 millions d'étrangers, dont huit millions deressortissants non communautaires (chiffre correspondant à seulement 2,5 %de la population totale, mais que certains estiment pouvoir être discuté).Le « problème de l'immigration », tel qu'il se présente aujourd'hui, etavant même toute éventuelle récupération politique, tient à la fois àl'accélération du rythme des entrées et à l'augmentation de la distanceculturelle entre les immigrés et la population d'accueil, cette distance étantelle-même soumise à une aperception subjective de la part de la populationgénérale. Depuis 1960, en effet, l'immigration a changé de visage. D'unepart, elle est devenue essentiellement extra-européenne, alors que jusqu'à lafin des années cinquante, en France, trois immigrants sur quatre étaientd'origine européenne (Italiens, Espagnols, Belges, Polonais) et qu'en 1975, lesEuropéens formaient encore 60,7 % du total des étrangers. D'autre part, suite