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Alain de BenoistL'IMMIGRATIONAUTREMENTIntégration ou assimilation ?
Dossier paru dans la revue « Eléments »
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LES POLITIQUES DE L'IMMIGRATION
Alors qu'elle n'a guère contribué au vaste mouvement d'expatriation desEuropéens en direction de l'Afrique (Hollande, Angleterre) et surtout desEtats-Unis (Italie, Irlande, Allemagne, Pologne), la France a une traditiond'immigration dont l'histoire a désormais été maintes fois retracée (1). Cettetradition s'est principalement mise en place dans le dernier quart du siècledernier. Ses causes principales sont la pénurie de main d'oeuvre,conséquence indirecte de la baisse de la natalité, et les suites du doublemouvement de colonisation et de décolonisation.Historiquement, le phénomène de l'immigration est d'abord lié à unephase d'expansion du capitalisme mondial. La politique française del'immigration, qui ne s'ébauche réellement qu'à partir de 1938, s'organised'ailleurs alors essentiellement sous la direction du patronat qui, par le biaisde la Société générale d'immigration, s'emploie à faire venir en France unemain d'oeuvre étrangère plus ou moins qualifiée, produisant le plus possibleau moindre coût et échappant en partie à toute logique revendicative (2). Parla suite, durant la période dite des « Trente glorieuses », qui s'achève en1974, l'essor du capitalisme continuera à reposer largement sur le recours àdes travailleurs étrangers. Solution à court terme, l'arrivée de cette maind'oeuvre à bon marché, néralement peu syndiquée, ne sera pas sanscontribuer à la destructuration de la classe ouvrière, produisant une divisionethnique du prolétariat dans un contexte de rétraction du secteur industriel.Elle facilitera aussi les novations urbaines « sauvages » et retarderal'amélioration des outils de production en même temps que l'innovation enmatière industrielle.L'immigration algérienne (dite autrefois « kabyle » ou « coloniale ») est parailleurs en France l'une des plus anciennes, puisqu'elle remonte au XIXèmesiècle et a fait l'objet d'un recrutement systématique de la part des pouvoirs
 
publics dès 1916, contrairement par exemple aux immigrations espagnole etportugaise, qui sont à la fois plus centes partir de 1950) et moinséchelonnées dans le temps. Cette immigration est caractéristique del'héritage colonial. La décolonisation n'y a certes pas mis un terme, puisquel'islam est aujourd'hui la deuxième religion de France, mais chacun sait que sil'Algérie était restée française, la France compterait aujourd'hui un tiers demusulmans (et que, dans quinze ans, un Français sur deux aurait étémusulman). L'implantation d'immigrés algériens en France répond à cetégard, de façon somme toute assez logique, aux cent trente ansd'immigration française en Algérie, de 1830 à 1962.En dehors de la France, qui a surtout accuelli des Maghrébins et desoriginaires de l'ancienne péninsule indochinoise, les premiers pays européensd'immigration ont également été les anciennes puissances coloniales :l'Angleterre, avec son immigration indo-pakistanaise et caraïbe, la Hollandeavec ses Indonésiens, l'Allemagne héritant pour sa part, avec la Belgique, del'essentiel de l'immigration turque en Europe occidentale. « Pour ce qui est del'Europe, écrit Jean Daniel, elle paie avec intérêts le fait d'avoir été colonialeet d'avoir tisdes liens avec les populations asiatiques et africaines. Demême qu'on dit parfois que les Noirs aux Etats-Unis ne veulent pas seulementvenger leurs ancêtres esclaves, mais aussi les Indiens massacrés à partir de1492, de même on pourrait dire que les anciens colonis sont lesinstruments d'une justice immanente qui impose une partie de leursproblèmes aux anciens colonisateurs » (3).C'est seulement dans un second temps que l'immigration a fini par touchertous les pays européens (à l'exception de l'Irlande). Aujourd'hui, même lespays d'émigration traditionnelle du Sud de l'Europe (Espagne, Italie, Grèce)sont devenus à leur tour des pays d'immigration. En 1990-91, précise l'OCDE,cette immigration s'est encore intensifiée, notamment en Allemagne, dans un« contexte de mondialisation des flux migratoires ». Sur une population totaled'environ 325 millions d'habitants en 1989, la CEE (ex-RDA exclue) compte àl'heure actuelle officiellement 13 millions d'étrangers, dont huit millions deressortissants non communautaires (chiffre correspondant à seulement 2,5 %de la population totale, mais que certains estiment pouvoir être discuté).Le « problème de l'immigration », tel qu'il se présente aujourd'hui, etavant me toute éventuelle curation politique, tient à la fois àl'accélération du rythme des entrées et à l'augmentation de la distanceculturelle entre les immigrés et la population d'accueil, cette distance étantelle-même soumise à une aperception subjective de la part de la populationgénérale. Depuis 1960, en effet, l'immigration a chande visage. D'unepart, elle est devenue essentiellement extra-européenne, alors que jusqu'à lafin des années cinquante, en France, trois immigrants sur quatre étaientd'origine européenne (Italiens, Espagnols, Belges, Polonais) et qu'en 1975, lesEuropéens formaient encore 60,7 % du total des étrangers. D'autre part, suite
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