/  2
 
16
s
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
s
N
°
61
s
geaise. Les raisons de cet épanouissementsont à chercher dans une évidence et unmystère. L’évidence, c’est qu’il y a dans letriangle Saintes-Cognac-Saint-Savinientous les éléments nécessaires à l’établisse-ment d’ateliers de poterie : de l’eau, dubois et de l’argile. Le mystère, c’est que lespremiers potiers saintongeais produisentimmédiatement des pièces d’une techni-cité et d’une qualité exceptionnelles. Leursavoir, qui n’est hérité d’aucune traditionlocale, ne peut pas avoir surgi ex nihilo.»D’où provenait-il ? Jean-Yves Hugoniot,directeur des musées de Saintes, émet unehypothèse pour expliquer la maîtrise de lafabrication des poteries peintes sous gla-çure incolore, ou en terre rouge avecengobe, par les artisans des centres deproduction saintongeais, parmi lesquelsLa Chapelle-des-Pots : «Leur techniqueest celle du bassin méditerranéen, et il est«Les pots saintongeais profitent alors descircuits du commerce international etd’une période propice à celui-ci, malgréles guerres, malgré un contexte politiquetroublé», note Jean-Yves Hugoniot. «Lespotiers s’ouvrent au trafic fluvial grâceaux ports situés sur la Charente, Taille-bourg et Saint-Savinien notamment.L’étude des pièces trouvées dans le lit dufleuve a permis de connaître leur produc-tion.» Dans le port de Bussac, 7 000 vasescomplets ou fragmentaires ont permisd’étudier l’évolution des goûts et la com-mercialisation des poteries, du
XIII
e
au
XVIII
e
siècle... soit jusqu’au second âged’or, qui vient avec l’essor des échangesavec l’Amérique du Nord.Le premier aura connu son crépuscule aumilieu du
XIV
e
siècle, lorsque la guerre deCent Ans commence à perturber durable-ment les échanges commerciaux entre lespays d’Europe.probable que les premiers artisans aient été“importés” en Saintonge. Cela, sous l’im-pulsion de deux tutelles politique et reli-gieuse, la baronnie de Saint-Sauvant et lesbénédictines de l’Abbaye-aux-Dames, quivoulaient installer une activité économi-que sur ces terres impropres à la culture.Saintes est alors sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, on y est au con-tact du monde hispano-mauresque, d’oùviennent sans doute les premiers artisans.»Ce qui est sûr, c’est que dès le milieu du
XIII
e
siècle, les productions de La Cha-pelle-des-Pots connaissent un succès àtrès grande échelle. Les pichets, au goûtsoigné, décorés d’animaux fantastiques,d’oiseaux ou de formes anthropomor-phes, flattent les élites de l’Europe en-tière. «Les premières pièces ont été dé-couvertes en Angleterre vers 1930. Avantcette date, on connaissait très mal lapoterie saintongeaise d’avant les
XVI
e
-
XVII
e
siècles. La connaissance de cet ar-tisanat a aussi été approfondie par lesfouilles menées sur différents sites parles équipes du musée des arts et tradi-tions populaires, entre 1972 et 1976.Pour ce qui est de la production exportéeau Moyen Age, elle est en grande partieconstituée de pièces culinaires d’appa-rat, retrouvées dans des châteaux et desabbayes, mais aussi des carreaux de pa-vement décorés.» Depuis ces premièresdécouvertes, plus de 200 sites en Europeont livré des pichets chapelains, en Flan-dre, en Scandinavie. Ces vases, destinésau service de la table et du vin, recon-naissables à leur pâte, leur décor peint,leur forme, sont des ambassadeurs pu-blicitaires de la production viticolesaintongeaise et des artisans de La Cha-pelle-des-Pots. Leur présence interna-tionale épouse le développement du portde La Rochelle, en essor depuis le
XII
e
siècle. Par contre, leur diffusion dansl’Hexagone est infime, circonscrite àdes entrepôts de Bretagne ou du Limou-sin, ou à quelques rares sites de consom-mation comme Bordeaux.
A la source de l’âge d’ordes pichets chapelains
vie matériellevie matériellevie matériellevie matériellevie matérielle
ParAlexandre BruandAlexandre BruandAlexandre BruandAlexandre BruandAlexandre Bruand
«
A
partir du
XIII
e
siècle commence unâge d’or de la céramique sainton-
Deux pichetsde La Chapelle-des-Pots datantdu
XIII
e
siècle(ci-dessous)et du
XIV
e
siècle(en haut). PhotosJ.-Y. Hugoniot.
Jean-Yves Hugoniot a publié
Terres de Saintonge 
, Somogyéditions d’art, 2003.Ce livre de référence comprend 700dessins et photographies de piècesconservées dans les collectionsdes musées de Saintes, notammentle musée Dupuy-Mestreauet le musée archéologique.

Share & Embed

More from this user

Add a Comment

Characters: ...