Initiative rendue publique le 05 juillet 2010 par le groupe de travail neutralite.fr Page
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Voile intégral dans l'espace public : le juste milieu !
Le débat sur l¶identité nationale voulu par le président de la République - et organisé par songouvernement - et plus particulièrement celui qui porte sur l¶exercice des libertés religieuses ont prisces derniers mois une tournure inquiétante. Avec une fixation toute particulière sur le port du voileintégral dans l¶espace public.Nous souhaitons mettre d¶emblée l¶accent sur une évidence : nous ne sommes pas dans un débat sur le goût, mais bien dans un débat sur le droit.Dans ce débat, il est indispensable que chacun garde à l¶esprit le cadre juridique qui organisel¶exercice des libertés religieuses sur le territoire de la République. Il s¶agit des articles 9, 14 et 17 dela Convention européenne des droits de l¶Homme, de l¶article 1er de la Constitution, de l¶article 1er dela loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l¶Etat et de la législation anti-discrimination directement inspirée du droit communautaire européen.
Ce cadre établi, il est possible d'envisager certaines restrictions légales, pour autant que le butpoursuivi par le législateur soit légitime et que la mesure soit proportionnée, que le principe de non-discrimination soit respecté et que cela n'aboutisse pas à une destruction des droits protégés.De notre point de vue, seuls deux éléments sont à retenir : la sécurité publique au regard du critère del¶identifiabilité ± et non de la reconnaissabilité ± de chaque citoyen (devoir décliner son identité sinécessaire et dans des circonstances déterminées) et l¶importance ± pas l¶obligation ± du maintien dulien social.L¶interdiction de toute tenue vestimentaire couvrant intégralement le corps dans l¶espace public a cecide disproportionnée qu'il n'a jamais été démontré adéquatement que le port du voile intégralreprésente en soi un danger pour la sécurité publique, la protection de l¶ordre, de la santé ou de lamoralité publics, ou encore la protection des droits et libertés d¶autrui.Le critère de la dignité ne peut servir de fondement à pareille interdiction : la puissance publique nepeut nullement se substituer aux personnes afin de se faire juge de leur dignité. Le contrairereviendrait à créer une querelle théorique entre les principes de liberté et de dignité, alors que laliberté doit permettre de développer sa propre conception de la dignité, dans le respect des balisesprévues à l'article 9.2 de la Convention. Cela reviendrait à supprimer le principe de liberté.
Loin d¶être une affirmation du principe d¶égalité entre les hommes et les femmes, une loi d¶interdictiongénérale du port du voile intégral dans l¶espace public en constitue une rupture, dans la mesure oùelle prive une femme qui le souhaite du droit d¶exercer cette liberté.Si la laïcité est un principe constitutionnel, il ne nous semble nullement être de nature à justifier uneinterdiction générale. Au contraire, ce principe
doit conduire à la préservation des principes de libertéet d¶égalité et non à leur négation. Il emporte l'obligation pour l'Etat de protéger le pluralisme et non dele limiter. De plus, une telle interdiction générale violerait le principe de proportionnalité et le prescritdes articles 14, 17 et 18 de la Convention.En vertu du principe de séparation du religieux et du politique, et conformément à la jurisprudenceétablie de la Cour européenne des droits de l'Homme, il ne revient pas à l¶Etat de définir le contenud¶une pratique religieuse ou de se prononcer sur la validité ou la légitimité des croyances religieusesou des modalités d¶expression de celles-ci. De façon générale, constitue une pratique religieuse lapratique qui est qualifiée comme telle par la personne concernée.Ces différents principes ont été rappelés par la Cour dans l¶arrêt Ahmet Arslan c. Turquie du 23 février 2010 donnant raison à des requérants qui avaient été sanctionnés pour la tenue vestimentaire qu'ilsportaient dans des lieux publics ouverts à tous.
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