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une thèse sur la situation
: comme Platon, nous avons aujourd’hui à combattre les sophistes
, ie
lasophistique moderne, dont un des énoncés est précisément que la philosophie est finie. Si lasophistique ancienne soutenait une thèse d’impossibilité : la philosophie n’était pas possible, lasophistique moderne, elle, qui soutient une thèse d’achèvement de la philosophie, s’associe à cettemême thèse d’impossibilité, mais cette fois au sens de : ce n’est plus possible. En revanche, aveccomme guide Platon qui disait : c’est possible, nous dirons, nous : c’est encore possible. Le recours àPlaton aura donc une double fonction : examiner les conditions du commencement de la philosophie,et les arguments de possibilité en faveur de sa poursuite aujourd’hui. Un argument qui inciterait àtrouver dans Platon une contemporanéité réside dans le fait que notre siècle philosophique ait étéfarouchement anti-platonicien. Ainsi, pour Nietzsche, Platon est le nom propre d’une maladie de la pensée. Il y aurait donc un lien entre l’anti-platonisme et la thèse de la fin, et un lien entre le recours au platonisme et la thèse ici soutenue selon laquelle la philosophie continue. Nous prélèverons donc dansla
République
différentes définitions et énoncés sur la philosophie et le philosophe, qui déterminent ceque Platon entend lui-même par philosophie. Articulée sous le thème du commencement, nousexaminerons à travers quel système de nominations s’effectue la mise en place du discours philosophique. Cet examen nous conduira à envisager le double rapport de la philosophie à ce quin’est pas elle :
- le rapport polémique à ses adversaires : les sophistes
-
son rapport aux sciences
, à l’
eros
, au poème et à la politique. Différents rapports nécessaires et positifs pour la philosophie, sans pour autant qu’ils soient des rapports d’identité. Le rapport au politique concentrera les difficultés de ce 2
nd
fil conducteur
, ie
le point extrêmement difficile à saisir chez Platon de savoir ce qui se joue dans le rapport entre philosophie et politique. Partis de ce qui esten jeu dans la thèse sur la fin de la philosophie par un retour en détermination sur le concept inauguralde la philosophie par Platon, nous aurons, comme 1
er
bénéfice, tiré de cette position un angle d’attaquesur les conditions de la philosophie et donc des instruments pour analyser la conjoncture actuelle, et,comme bénéfice secondaire, des thèses sur la question de l’origine grecque de la philosophie.Quels sont les
moyens
textuels mis en œuvre par Platon aux Livres 5, 6, 7 et 8 de la
République
pour atteindre ses
objectifs
, et quels sont-ils ?L’
objectif
principal est-il la question de la
justice
pour une
psuche
animée par un
logos
vivant, ce quelaisse entendre le Livre I qui sert de prologue au dialogue ?ou bien est-ce un règlement de compte avec le
poème
? (puisque au livre X,Socrate admet, en tout cas, avoir fait un bon travail sur la poésie
, ie
sinon l’avoir exclue tout à fait, dumoins poser des lois draconiennes aux poètes,qui ne pourront faire partie de la cité que sous desconditions drastiques). Et pourtant, la
République
se conclut sur le mythe d’Er, qui traite de laquestion de l’immortalité de l’âme et des destinées humaines.Le corps du dialogue est en fait constitué par une analyse assez détaillée de l’organisation de la citéqui comprend des mesures assez précises, voire paradoxales à nos yeux, comme l’obligationd’emmener les enfants assister de tout près aux batailles. La traduction française de «
politeia
» par la
République
, calquée sur le latin
res publica
, la chose publique, ne rend pas compte du fait qu’il s’agitni plus ni moins d’un traité constitutionnel. Il faudrait traduire par Constitution. Non pas LAconstitution, car ce n’est la constitution d’aucune cité singulière, mais bien un traité constitutionnelqui, partant d’une interrogation sur ce que peuvent être l’essence de la justice dans une âme vivante, etne parvenant pas à résoudre la question, reconsidère le pb à l’échelle d’une âme agrandie à ladimension de la cité tout entière pour découvrir une identité entre l’âme juste du citoyen et sa cité.Insistons une fois encore sur le fait que ce traité constitutionnel qui dit grand mal de la poésie en tantque
mimesis
se termine cependant sur un mythe poétique : le mythe d’Er le Pamphilien, qui racontel’errance des âmes après leur mort, et avant leur métempsychose. Sous le titre «
politeia
»,
le véritableenjeu du dialogue serait la définition de la philosophie
, car au cœur de la philosophie se situe sonlien à la
politique
. En effet, à quelles conditions la cité idéale est-elle possible ? Sous la condition,énonce Socrate, du philosophe-roi
, ie
chef politique. Dès lors, se pose la question : qui sont les philosophes ?En fait, la
République
a comme objectif véritable de proposer un type de nœud singulier entre
philosophie et politique
. La politique est traitée dans le registre de la constitution idéelle, mais aussi