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actu089juil2010_018-019.

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Pecten maximus. Nouvelle chronique "Saveurs" composée d'un texte de Denis Montebello et d'une photo de Marc Deneyer.
Pecten maximus. Nouvelle chronique "Saveurs" composée d'un texte de Denis Montebello et d'une photo de Marc Deneyer.

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10/25/2012

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L
a coquille ne fait pas le pèlerin.
C’est entendu. Sous une autreforme, avec une autre voix, maisc’est entendu. Bien entendu. André Das
-
sary me l’a tellement chanté que je sais,et dénitivement, que «c’est Shell que j’aime». Il n’y aura pas d’autre station nid’autre chemin.J’en choisirais un autre que cela ne chan
-
gerait rien, il continuerait sans moi, quisuis vieux, mais pas autant que lui, pas
assez, non, il faut se faire une raison, rien
n’est assez vieux pour un chemin qui a la
prétention de mener au ciel.
S’il se fait humble, s’il se présente comme
un petit chemin, un de ces
chemins che-minants
, c’est pour me plaire, commed’autres avec leur patois, mais aussi pourme signier que c’est, comme le paysagequi déle, écrit. Une fois pour toutes.La messe est dite. La messe commence.L’église est foule, même si elle est auxtrois quarts vide. Une foule qui a trouvéson chemin. Comme la conque son bâton.C’est ce que m’assène la cloche ce matin,qui me cueille sous l’acacia. Elle s’enira, sans attendre Pâques, à Rome. Ou à
Compostelle. Me laissera seul avec monbourdon. Avec mon
Pecten jacobaeus
,
car c’est cela qu’il pourrait voir dans lapierre. Je parle du chemin. Si jamais il sesentait perdu. Ou s’il voulait musarder.Mais il n’a pas envie. Il n’a pas besoin.
Il connaît le pèlerin. Il le reconnaîtà son mur, un muret de pierre sèche
qu’il qualiera forcément de cyclopéen.L’homme regardait les trains passerdans son enfance, dans la grande forêtd’enfance où il allait avec son couteau
suisse, le
dijonnais
, toujours il descendra
vers Marseille. Et son panier sera bien
garni. Débordant d’ammonites, puisquec’est cela désormais qu’il ramasse dansson jardin.Quand je cherchais les champignons, jemettais mes pas dans mes pas. J’effaçaismes traces pour dérouter, décourager le
prédateur.
Dans mon jardin, ce sont des fossilesque je cueille, des traces que je lis. Desvestiges où mettre mes pas, et, parce quela révolution néolithique est toujours àfaire, parce qu’habiter est un rêve et qui
nous fait marcher, mes mots.
DES FOSSILES quI S’INCRuStENtDANS LE pRÉSENt, IL y EN A BEAu-COup.
 
Il suft d’exercer son regard. Dele tendre vers cette proie qui n’est plusl’animal formidable, l’Ancêtre derrière
quoi on courait, dont on portait les poils,
les plumes, le nom et qu’on irait, si on étaitassez hardi, saluer aux enfers, remercier
car on lui devait la vie, de rester en vie.
Il suft de l’entraîner à courir le lièvre,
plusieurs lièvres, bêtes de basse venaison
et même le «gros pied», comme magi
-
quement on l’appelait, comme il apparaît
encore dans mon petit bois de hêtres oudans celui des
Quatre Vents
, bien que ce
dernier où nous allions, mon grand-pèreet moi, comme dans notre jardin, n’existeplus aujourd’hui que sur la carte.Si la trace fait l’archéologue, commel’occasion le larron (comme la fonctioncrée l’organe), l’archéologue fait la trace.Comme le pèlerin la coquille. Le pèlerinn’est pas un touriste, il ne voyage paspour son plaisir. Ou il ne se l’avoue pas.Cependant il invente le paysage: il l’
in-vente
, comme on dit de l’archéologue qui
découvre un site.
La coquille fait de moi quand je la lis,quand je l’écris, un pèlerin. Un archéo
-
logue.Je ne parle pas des coquilles fossiles que jetrouve dans mon jardin, ni de celle que mesignalait sur mon mur cyclopéen MonsieurGuérineaux, un marcheur infatigable, unpèlerin de la première heure et archéologue
sans le savoir. Il vous
inventait 
un
grousmille-pattes fossilé 
en moins de temps
qu’il ne lui en fallait pour faire le tour duvillage. Et, juste à côté, une magniquecoquille Saint-Jacques. Un monstre, bienqu’elle n’excédât pas la taille de notre
Pecten maximus
. Un signe, sinon un aver
-
tissement. Un message divin, envoyé aupèlerin. Pour lui indiquer la route. S’il secroit égaré. S’il cède au démon de midi, àla tentation de l’
accidia
. Qui fait de cette
vie qu’on rêvait parfaite un accident. Le vinacide. Ou si l’autre dans son jardin qui joue
si bien les truchements, les traducteurs et
guides, est parti manger.Je ne parle pas non plus de ces «petitspeignes de mer» qui encombrent ma boîteaux lettres à l’approche des fêtes, de ces
pétoncles du Canada, du Chili, de Chineque les hypermarchés veulent nous vendrepour nos réveillons et pour des coquilles
Saint-Jacques.
Je parle de notre
Pecten maximus.
Des
 
traces
 
qu’il garde et qui font de celui qui
passa son enfance à cueillir, sa vie à lire,
à écrire, un archéologue.Grâce aux cernes des arbres ou aux bullesde gaz emprisonnées dans les glaces po
-laires, on peut suivre, année après année,
les changements climatiques.Grâce à la coquille Saint-Jacques, on peutsuivre ces évolutions au jour le jour !La coquille Saint-Jacques garde en effetdes traces de ce qu’elle mange ; elle estégalement sensible aux changements detempératures et au régime des vents.
LA COquILLE FAIt DONC BIEN, quOIqu’ON NOuS ChANtE, LE pèLERIN.
 
Il en passe régulièrement et je les saluedepuis mon jardin. Je leur indique la route,
l’archiprêtré 
quand ils le cherchent ; je
les conduis même
chez les sœurs
où ilspeuvent dormir. Les sœurs sont ses amies,à celle qui va lisant, chantant, qui voyageen extase. Même si elles sont âgées, même
si elles ne sont pas de sa communauté, ce
sont ses amies, comme les petites eurs,elle ne s’arrache à sa prière que pourparler des eurs, pour donner un conseil
ou recevoir une bouture. Quand elle a
retrouvé son jardin, le soir, c’est moi qui
Pecten maximus
saveurs
Par
Denis Montebello
Photo
Marc Deneyer
L x  pgap d  q padp 1998    dx vl ax dL p q’l fa :
Fouaces et autres viandes célestes 
 (2004),
Le diable, l’assaisonnement 
(2007).ma Dy xp dx  d pgap aDa d ca--L jq’a 31 aû.
L’ActuALité Poitou-chArentes
n° 89
1818

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