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Uncarburantà base d’huile d’algue
Dans le contexte des changements climatiques et de la flambée des prix du baril depétrole, les biocarburants sont aujourd’hui présentés comme une alternative énergétiquedurable. Des recherches ont actuellement lieu sur des algues microscopiquesparticulièrement riches en huiles et dont le rendement à l’hectare est bien meilleur quecelui du tournesol ou du Colza. L’utilisation à l’échelle industrielle de bioréacteurs àmicroalgues, qui piègent le CO2 et les NOx, est en pleine phase de développement auxEtats Unis.
 Par Olivier DaniéloLes mayas et les aztèques de l’actuel Mexiqueutilisaient des algues microscopiques, les spirulines(
Spirulina maxima 
), comme complément alimentaire.Elles portent le nom de
tecuitlatl 
en langue nahuatl etsont naturellement très riche en protéines. Il sepourrait bien que des microalgues cette fois riches enlipides deviennent en partie une alternative aupétrole. Le Laboratoire National des EnergiesRenouvelables (NREL) du Département à l’Energiedu Gouvernement américain (DOE) cherche àproduire à l’échelle industrielle du carburant à based’huile produite par ces algues naturellement richesen triglycérides. Le NREL, qui est basé à Golden -Colorado, est un ensemble de laboratoires du bureaudu développement des carburants (
US Department of Energy’s Office of Fuels Development 
).
Intérêt des algues microscopiques
Certaines espèces ont une richesse en huilepouvant atteindre jusqu’à 50% de leur masse. Les300 espèces sélectionnées par le NREL, et qui sontà la disposition des chercheurs du monde entier au
Marine Bioproducts Engineering Center 
 (
MarBEC 
),Université d’Hawaï - Manoa, appartiennent à desgroupes aussi variés que les diatomées (genres
Amphora, Cymbella, Nitzschia 
etc…) ou que lesalgues vertes (chlorophycées du genre
Chlorella 
enparticulier). Des espèces et des souches capables devivre dans l’eau salée ou en eau douce etparticulièrement riches en huiles ont étésélectionnées. Les techniques de la biologiemoléculaire permettent d’optimiser la production delipides algaux ainsi que le rendementphotosynthétique des algues. D’autres espècescapables de synthétiser de l’hydrogène fontégalement l’objet de recherches.
La production desbiocarburants classiques nécessited’importantes surfaces cultivables.
Les biocarburants obtenus à partir deplantes terrestres résultentprincipalement de deux filières : La filièrehuile,
 
à partir de colza ou de tournesol,et la filière alcool, à partir de lafermentation de sucres de betterave, deblé ou de mais.L’obtention de ces biocarburantsnécessite d'importantes surfacescultivables. SelonJean MarcJANCOVICI, Ingénieur Conseilspécialiste des émissions des gaz à effetde serre, il faudrait par exemple cultiver118% de la surface totale de la Franceen tournesol pour remplacer l’intégralitédes 50Mtep de pétrole consomméeschaque année par les français dans lestransports (104% de la surface nationaleavec le Colza, 120% avec la betterave et2700% avec le blé).
 
 
Le monde des diatomées.
Les diatomées oubacillariophytes sont des algues microscopiquesunicellulaires. Elles sont identifiables à la forme deleur squelette siliceux. Elles peuvent apparaîtresous forme de colonies ramifiées ou rameuses.
 
Leurtaille varie de 5 micromètres à 5 millimètres
.
Ce sontdes organismes très répandus dans les eauxsalées, où elles constituent la plus grande part de labiomasse du phytoplancton, mais aussi en eaudouce. Il en existe environ 100 000 espècesconnues dans le monde. Plus de 400 nouveauxtaxons sont décrits chaque année. Certainesespèces sont particulièrement riches en huile.Ces algues microscopiques ont un processus photosynthétique similaire à celui des plantessupérieures. Elles sont de véritables centrales biochimiques miniatures capables de fixer, comme le fontles plantes terrestres, le CO2 grâce à l’enzyme Rubisco (Ribulose 1,5 bisphosphate carboxylase). Lesproduits du cycle de Calvin servent de point de départ aux biosynthèses de sucres ou de lipides.L’enzyme acétylcoenzyme A carboxylase (ACCase) joue un rôle clé, notamment chez les diatomées,dans la voie de synthèse des triglycérides ou triacylglycérols (TAGs), molécules recherchées pourl’obtention des carburants. Les chercheurs du NREL ont été les premiers à mettre en évidence chez lesdiatomées la présence de cette enzyme. Une carence en silice induit chez elles une synthèse accrue enlipide, ceci en lien avec l’activité du gène de l’ACCase. Ce gène a été isolé et cloné en vue de chercher àaugmenter son expression et donc la production d’huile. Un stress azoté chez les algues vertess’accompagne des mêmes effets. D’autres enzymes de la voie de biosynthèse des triglycérides fontactuellement l’objet d’intenses recherches
.
 
 
La production du biodiesel algal à l’échelle industrielle
 
Il n’y a pas meilleurs capteurs solaires au monde que ces organismes photosynthétiquesmicroscopiques. Leur croissance est très rapide : il est possible d'effectuer une récoltecomplète en quelques jours, ce qui n’est pas le cas du colza ou du blé. Leur cultureautomatisée dans des bassins ou des bioréacteurs est aisée. Des expériences ont été menéesà Hawaï, en Californie et au Nouveau Mexique. La ferme à ciel ouvert de Roswell au NouveauMexique a une surface de 1000m2. L’influence du pH, de la température diurne et nocturneainsi que d’autres paramètres physiques y ont été étudiés pour accroître la productivité desalgues. Le gouvernement japonais à d’autre part lancé un programme de recherche etdéveloppement sur des réacteurs fermés à base de fibres optiques permettant de réduire lasurface nécessaire pour la production et une meilleure protection contre les contaminations.Le rendement des diatomées et chlorophycées est nettement supérieur que celui desplantes terrestres telles que le colza car ce sont des organismes unicellulaires; leur croissanceen suspension dans un milieu aqueux leur permet un meilleur accès aux ressources : eau,CO2 ou minéraux. C’est pour ces raisons que les algues microscopiques sont capables, selonles scientifiques du NREL (John SHEEHAN et al) «
de synthétiser 30 fois plus d’huile à l’hectare que les plantes terrestres oléagineuses utilisées pour la fabrication de biocarburants 
». On parle ici de rendement à l’hectare car le facteur important est non levolume du bassin mais la surface d’exposition au soleil. La productivité est mesurée en termede biomasse (kg d’algue ou d’huile) par jour et par unité de surface. Les comparaisons sontalors possibles avec les plantes terrestres. Michael BRIGGS, Professeur à l’Université du NewHampshire, estime que la culture de ces algues sur une surface de 38 500 km2 située dansune zone bien ensoleillée telle que le désert de Sonora permettrait de remplacer la totalité dupétrole consommé par les USA. L’intérêt de cette biotechnologie est donc immense. Les zonesarides peuvent être utilisées pour les cultures des algues, là ou le flux solaire est important etoù les activités humaines par exemple agricoles sont absentes. Elles peuvent même se nourrirde nos déchets et jouer un rôle important dans le traitement des eaux usées, ainsi que parexemple des déjections des élevages porcins ou aviaires sources de nitrates et de phosphatesà l’origine de phénomènes d’eutrophisation des eaux.
Des algues et des hommes -
C’est en fait la NASA qui en premier s’est intéressée auxmicroalgues dans le cadre des missions spatiales
.
Les travaux du NREL sur les énergiesrenouvelables ont commencé dans les années 1970 dans le contexte du peak oil américain, quiavait d’ailleurs été prévu dès 1956 par le géophysicien King HUBBERT. Il est alors apparuindispensable au gouvernement américain de se tourner vers des sources pétrolières étrangèresou de développer d’autres carburants. Les travaux sur les algues ont pris de l’ampleur dans lesannées 1980 puis se sont arrêtées 16 ans plus tard dans un contexte de rigueur budgétaire. Lestravaux ont repris récemment, ceci dans le cadre de la flambée du baril de pétrole rendant aubiodiesel algal la possibilité de devenir concurrentiel sur le marché. Le baril de pétrole se vendaità 13 dollars en 1998 et il atteint aujourd’hui les 50 dollars. Si la production de biodiesel algal n’apas encore été mise en place à grande échelle, c’est tout simplement pour un problème derentabilité et de compétitivité. Le coût de la production d’un baril de biodiesel algal a été estiméen 1982 par BENEMANN et al à 94 dollars en moyenne (hypothèse basse de 61 dollars et hautede 127 dollars en fonction du mode de production). Selon Michael BRIGGS: “
The operating costs, including power consumption, labor, chemicals, and fixed capital costs (taxes,maintenance, insurance, depreciation, and return on investment) worked out to $12,000 per hectare. That would equate to $46.2 billion per year for all the algae farms, to yield all the oil feedstock necessary for the entire country. Compare that to the $100-150 billion the US spends each year just on purchasing crude oil from foreign countries, with all of that money leaving the US economy 
”. Les scientifiques du NREL pensent que ces nouveaux carburants deviendrontcompétitifs dès 2010.
 

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