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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
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pour l’estuaire
En 2001, son
Guide des plans de paysage, des charteset des contrats
a été publié par le ministère de l’Amé-nagement du territoire et de l’Environnement. La chartepaysagère est un «document de référence pour orien-ter les actions dans un souci d’harmonisation, d’unitéet de développement durable commun aux deux rivesde l’estuaire». Le programme d’actions pour la période2000-2006 vise à concilier développement du terri-toire et conservation des espaces et des espèces. Lacharte se décline en 50 fiches-actions qui définissentles orientations concrètes du projet, et en 25 plans-guides, réalisations à l’échelle locale.
L’Actualité. – Quelle est la spécificité de cettecharte ?Bertrand Folléa. –
Cette charte, par une réflexionglobale à l’échelle de l’estuaire, permet de dégagerde manière concertée les orientations majeures quiseront prises pour le développement durable du sitedans son ensemble. Ce projet est né d’une ententeentre l’Etat et les grandes collectivités (régions etdépartements). Au cours d’un Comité interministé-riel d’aménagement du territoire en 2001, la charte aété mise au cœur du dispositif de façon à ce que tou-tes les politiques d’action aient vraiment pour but derenforcer l’identité estuarienne.En fait dans ce type de projet, personne ne peut seproclamer «Monsieur paysage», car c’est la spé-cialité de la non-spécialité. L’élu responsable entermes d’urbanisme, les services de l’Etat chargésde la mise en application, les agriculteurs, les spé-cialistes de la route, l’habitant qui pose un permisde construire, tous sont acteurs du paysage. C’estdonc très complexe.
Est-ce un travail interdisciplinaire, pluridisci-plinaire ? Comment le qualifiez-vous ?
Effectivement ce travail suppose d’harmoniser diffé-rents discours. Comme dans un orchestre, bien quechacun maîtrise son instrument de musique, si cha-que personne joue sa partition sans tenir compte desautres, c’est la cacophonie. En terme de paysage, c’estla même chose : il y a beaucoup d’acteurs, nous de-vons mettre les actions des uns et des autres au ser-vice d’une partition commune. Si on ne veut pasqu’aujourd’hui le paysage soit uniquement le sous-produit de l’activité humaine dans la nature, il fautinverser le processus de production du paysage et en
Charte paysagère
Entretien
Jean-Luc Terradillos
Photos
Thierry Girard
de la Gironde
B
ertrand Folléa, paysagiste-urbaniste à Mon-trouge, réalise la charte paysagère etenvironnementale de l’estuaire de la Gironde.
Vue de l’estuaire en3 D à Mortagne-sur-Gironde.
 
 
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faire un élément de projet, à partir des questions sui-vantes : qu’est-ce qui caractérise notre paysage, com-ment évolue-t-il, comment souhaiterait-on qu’il évo-lue ? Cela suppose une approche de l’aménagementdu territoire par l’angle qualitatif.
Comment peut-on concilier les intérêts parfoisdivergents des différents acteurs ?
II faut effectivement réussir à faire partager par tousles acteurs une vision commune sur l’estuaire et met-tre en évidence ce qui fait la valeur des paysages.C’est le fondement de l’action. Pourquoi ? Parcequ’ensuite, si on est capable de se rassembler autourd’un projet global et cohérent pour l’estuaire, on pourramettre en œuvre localement des projets qui prennenten compte la dimension qualitative en matière depaysage et d’environnement, et qui soient fondés surla reconnaissance de l’identité particulière des espa-ces naturels et du patrimoine constitué par l’hommeautour de cet espace unique où se mêlent intimementles influences terrestres, fluviales et maritimes.
Quand vous parlez de l’estuaire, cela englobeune zone assez vaste, avec deux régions diffé-rentes, Poitou-Charentes et Aquitaine. Donc unemultitude d’éléments très variés rentrent encompte dans le paysage.
L’estuaire s’étend environ et depuis la commune deBourg-sur-Gironde jusqu’à Saint-Georges-de-Didonne rive droite, et du Haut Médoc jusqu’au Ver-don rive gauche. Donc on y trouve à la fois la pêche,la chasse, l’agriculture, le vin de Bordeaux, des mai-sons troglodytes pittoresques, les carrelets, et aussi lacentrale nucléaire de Braud-et-Saint-Louis… Celarend la tâche assez complexe.
Remarque-t-on une différence de culture entrePoitou-Charentes et Aquitaine ?
Bien sûr, mais il est important de comprendre quel’identité estuarienne est à construire. Les habitantsse reconnaissent dans l’estuaire, mais uniquementdans leur propre rive. La rive d’en face est seulementune ligne posée entre le ciel et l’eau, une abstraction.La communication est presque inexistanteaujourd’hui, ne serait-ce que par bateau. Pourtant, ilsubsiste des dizaines de petits ports, hérités de la pé-
Pêcheur à Vitrezay.
 
 
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riode flamboyante de l’estuaire, quand il a commencéà être utilisé pour une activité commerciale : trans-port du sel, de l’étain, du vin, etc. C’est de là qu’estvenue sa richesse. A présent les communes désire-raient redonner vie à ces ports.
Y a-il, du point de vue paysager, des traitssaillants, des éléments qu’on ne trouve pasailleurs et qui méritent l’attention ?
Les traits saillants sont nombreux, c’est ce qu’on ap-pelle les valeurs clés de l’estuaire. L’un des plus mar-quants est justement la présence de ce grand nombrede petits ports (près de cinquante) tout le long del’estuaire. Leur particularité est qu’ils semblent ren-trer en terre, comme s’ils se mettaient à l’abri par rap-port à la mer. Par ailleurs, c’est un estuaire bordé demarais parfois très importants, de coteaux, voire defalaises, et d’îles telles que Fort Paté. Il cristalliseégalement sur la rive gauche des vignobles d’excep-tion. La charte s’intéresse également aux traits typi-ques des constructions
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tels que le choix du bois,matériau traditionnellement utilisé pour faire les car-relets, les pontons, les estacades, les pieux, etc.
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l’ar-chitecture estuarienne est souvent perchée, construitesur pilotis, de façon à pouvoir s’adapter aux varia-tions du niveau des eaux, des marais.
Parfois l’empilement des réglementations brimel’architecture. Avec une telle charte, l’architectea-t-il encore la possibilité de s’exprimer ?
Oui, nous souhaitons justement créer le cadre d’uneexpression de créativité, respectueux de la loi «litto-ral», de la loi sur la protection de la nature, des dispo-sitifs de protection contre les risques (par exempleles PPRI, plans de prévention contre les inondations),etc. Sachant qu’il est important de garder à l’esprit larelation de l’architecture avec son contexte, la chartedéfinit précisément les éléments de liberté dont dis-posent les élus et les maîtres d’œuvre pour leur per-mettre d’exprimer leur ambition qualitative.
Falaise deMortagne-sur-Gironde.

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