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actu69juil2005_84-85

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Adieu Bel Ange. Venant de La Rochelle, l'écrivain Bernard Ruhaud s'est arrêté devant la tombe d'une petite fille à Saint-Romans-lès-Melle. Photos : Séverine Martin.
Adieu Bel Ange. Venant de La Rochelle, l'écrivain Bernard Ruhaud s'est arrêté devant la tombe d'une petite fille à Saint-Romans-lès-Melle. Photos : Séverine Martin.

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05/09/2014

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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N°69 
84
Adieubel ange
tour et, s’ils vivent encore, il y a peu de chance qu’ilss’en souviennent, elle était si jeune. Il était moinsrare de mourir enfant au début du siècle dernier quede nos jours. Les grandes épidémies n’étaient pasencore éradiquées. On songe à la grippe espagnole.En insistant, on finirait peut-être par savoir. Mais lesraisons de son décès n’ont plus d’importance. Sonexistence elle-même resterait méconnue s’il n’y avaitce vieux cimetière abandonné, perché au-dessus del’église, à Saint-Romans-lès-Melle.C’était au printemps ou à l’automne, il y a deux ans.Avec les photos on pourrait retrouver la date exacte.Nous étions partis toute la journée. Il faisait beau.Ici quand il fait beau les gens viennent à la mer.Nous allons aussi nous baigner ou pêcher des brico-les, parfois, pendant l’été, mais jamais une journéeentière. Quand il fait chaud nous préférons la cam-pagne, il y fait meilleur. Autour de La Rochelle, iln’y a pas de campagne. En confondant champs etmarais, c’est sur l’océan que l’Aunis a fini par ga-gner son domaine, mais elle est restée plate, sansombre, arbre ni vallon. Il faut aller jusqu’en Deux-étions venus une première fois, il y a longtemps,pour voir l’église Saint-Hilaire et la statue équestreperchée au-dessus du portail. En fait toute la citévaut que l’on s’y promène. Les autres églises aussisont remarquables. Depuis cette première visite, lamoindre manifestation est prétexte à y revenir pourdécouvrir la ville et explorer les alentours.C’est ainsi que nous nous sommes arrêtés à Saint-Romans-lès-Melle. Dès l’entrée l’endroit nous a sé-duits. Un lavoir et un cours d’eau occupent un val-lon, au creux du village. Des prés bordent le ruis-seau. Des murs de pierre sèche abritent les chemins.Après le lavoir se dresse l’église romane du
XII
e
siè-cle, curieusement bâtie sur un enchevêtrement defondations, d’escaliers et de portes que d’année enannée l’érosion déterre. C’est encore au-dessus del’église, sur les pentes raides du coteau, que s’accro-che le vieux cimetière. Tout semble abandonné. Pasune marche, pas une allée, plus une tombe n’y estentière. Rien ne tient. La pierre s’effrite. Les murss’effondrent. Le gel, le temps ou on ne sait quellecorrosion en sont venus à bout. Comme se sont éva-nouis le souvenir et même le nom de ceux que l’on aenfouis là. Ici ne s’enterrent pas seulement les hu-mains mais s’efface aussi leur histoire.Quelle histoire, quels humains ? 1909-1919. Lecarré des athées – ou des protestants – a mieux ré-sisté. Les tombes sans croix portent encore quel-que date, un nom, une épitaphe. Bon père, bonépoux. Plusieurs stèles sont même restées en état,ornées avec soins de motifs précis : une poignée demains, des outils et une même légende «Honneuraux travailleurs». Quelque franc-maçon ou descompagnons du devoir qui ont su, mieux qued’autres, choisir pour leur propre tombeau unepierre à même de traverser l’éternité. La tombe deJeanne est de celles-ci, dressée un peu au-dessus,devant un des rares murs encore debout. La dalleest brisée, les morceaux s’enfoncent dans la terre.De sa tombe il ne reste qu’un piédestal, une colon-nade et la plaque émaillée sur laquelle sont ins-crits son nom, le lieu et la date de sa naissance,celle de son décès. Toute son existence réduite àquelques lignes, encore bien lisibles.ICI REPOSE LE CORPS DEJeanne TANNEAUNée à Sauzé-Vaussais le 14 mars 1909Décédée à Saint Romans le21 avril 1919ADIEU BEL ANGE
Par
Bernard Ruhaud
Photos
Séverine Martin
Bernard Ruhaud vit à La Rochelle.Il a publié récemment
De partout on voyait la mer 
,nouvelles (Rumeur des âges, 2004)et
On ne part pas pour si peu 
(Stock, 2002).Séverine Martin est photographeplasticienne. Originaire d’Aiffres(Deux-Sèvres), elle travailledans l’un des ateliers d’artistesde la ville de Poitiers.
Sèvres ou en Vendée pour trou-ver les premiers bocages et enSaintonge pour les collines. Lesrives de la Gironde elles-mêmessont moins ingrates. L’Aunis,c’est encore la mer, devenuemuette, sauf les jours de vent.Nous allions à Melle ce jour-là,visiter une exposition. Il se pro-duit régulièrement des rencontresculturelles dans ce lointain chef-lieu de canton du Poitou. Nous y
M
ars 1909 – Avril 1919. On ne saura jamaisde quoi est morte Jeanne Tanneau. Ceuxqui lui ont survécu ont dû disparaître à leur

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