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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N°70
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Lecturesextraordinaires
jules verne
D
retourner dans notre sous-marin intérieur». Ce qu’il ya de singulier, dès qu’on parle de Jules Verne, et àquoi on ne pense pas de la même façon pour un autre,c’est comment il vous oblige à vous souvenir de lapremière fois que vous avez lu ses livres : non pas deslivres pour l’enfance, mais des livres qu’on relit parcequ’ils vous réoffrent votre enfance.Et ce serait là cette frontière un peu magique par quoi iln’y aurait pas à séparer la littérature jeunesse de la litté-rature tout court, mais qui induit une spécificité de l’ima-ginaire, vient trier quelques auteurs ou quelques livresseulement,
Le Grand Meaulnes
et Edgar Poe certaine-ment, Karl May pour les Allemands, et Jules Verne.On garde déjà l’aspect matériel des livres, ceux de lapetite bibliothèque verte, ou ces vieux Hachettegrand format rouges. Puis ces livres de poche men-tion «texte intégral» (comme si toute version abré-gée ne devrait pas être poursuivie par un comité desalut public), bien épais et qui se recourbent vague-ment à chaque relecture.Est-ce que j’ai jamais cessé de lire Jules Verne ? Direqu’on lit un auteur toute sa vie, ce n’est pas dire qu’on lelit tout le temps. C’est plutôt comme Stendhal ou Kafka,sans le savoir l’un l’autre, répètent qu’il faut relire DonQuichotte à chaque étape de sa vie. Chaque année, faireune cure Jules Verne, comme on fait une cure Balzac,une cure Simenon, un moment Proust ou un momentGracq. On ouvre un livre parce qu’on cherche tel souve-nir, telle sensation de lecture, on ne sait plus où c’estmais ça y est, du coup on lit autre chose et de là uneautre, on est repris. Le symbole pour moi de cet effetd’emboîtement c’est Maupassant, dans le dédale desnouvelles. Ou bien Balzac : on veut retrouver telle lu-mière tamisée d’un séjour de province, on ne sait plus sic’est dans
Ursule Mirouët
,
Le
Cabinet des Antiques
,
La Muse du département
ou
La
Rabouilleuse
, alors on s’enva dans Balzac et on en ressort au bout de trois semai-nes. Jules Verne c’est comme ça : jamais moins de troissemaines et un petit paquet de quatre ou cinq livres.Avec des pics : combien de fois j’ai relu les
Cinq Cents Millions de la Bégum
,
Le
Château des Carpathes
,
La Jangada
ou
Nord contre Sud
? Combien de fois
Voyageau centre de la terre
? Et les moins connus, ou les plusétranges, qu’on relit moins souvent parce que le souve-nir en est plus aigu :
Hatteras
,
Le
Sphinx des glaces
,
LePays des fourrures
. Et ceux dont on se souvient telle-ment même des détails que ce n’est pas la peine d’yrevenir à chaque fois : les
Tribulations
, Phileas Fogg,Nemo ou ces fichus gamins du père Grant menés par legéographe fou, mais une fois tous les cinq six ans, enplein été ou dans le creux de Noël, quel bonheur dedeux soirs (les grands auteurs sont ceux qu’on lit vite ?)…Et
Deux ans de vacances
, donc ?Jules Verne est pour moi une lecture inactuelle et dé-raisonnable : qui n’appelle pas à ce qu’on en raisonne.Il me faut parfois un peu plus de temps, aujourd’hui,
François Bon vientde publier uneédition refondueet augmentée de
Tous les mots sont adultes
(Fayard),méthode pourl’atelier d’écriture.
www.tierslivre.net
F r a n ç o i s B o n
Jules Verne est de ceux que l’écrivain François Bon n’ajamais cessé de lire, comme Balzac, Simenon, Cervantès,Proust ou Gracq. Une lecture inactuelle et déraisonnable
Par
François Bon
es «romans de la planète», dit Jean-YvesTadié de Jules Verne. Et puis : «contempo-rain de tous les âges de ma vie, il suffit de
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