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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N°71
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pas grand-chose. D’abord parce qu’on ne la comprendpas. La laïcité est un fait historique français. Il a acquis,par la position de la France, par le contenu même delaïcité une dimension universaliste. Dans le mondemusulman, il faudrait plutôt parler de «sécularité» et de«sécularisation», notions beaucoup plus anciennes quecelles de «laïcité» et «laïcisation». Elles étaient présen-tes dès le début de l’avènement de la société islamique,c’est-à-dire dès le
VII
e
siècle. L’Etat musulman est, enprincipe, théocratique et donc opposé à la laïcité. Néan-moins, il existe à la fois dans le dogme et dans le com-portement des individus une possibilité de transgressercette gestion théocratique de l’Etat. Ainsi, le dogme dis-tingue l’espace de ce qui est ordonné, l’espace de ce quiest interdit et l’espace de ce qui est licite. Le juriste peutse référer au corpus religieux pour tout ce qui est or-donné et tout ce qui est interdit, mais dans l’espace li-cite, il doit décider en fonction des situations. Donc, cetespace licite a été, historiquement, le premier élémentpour une possible dynamique de sécularisation. Touten respectant bien évidemment les grands principes dece qui est ordonné et de ce qui est interdit, l’espace liciteétant tellement vaste, il était possible d’y aménager unespace de sécularisation. En outre, même en ce qui con-cerne l’espace ordonné et interdit, il y avait «à boire et àmanger». En effet, dans le Coran, il arrive que ce qui estdit dans un verset soit contredit par un autre verset. Cequi donne au législateur la liberté de juger en fonctionde la situation. On y trouve aussi des injonctions quisont qualifiées par Dieu lui-même «d’équivoques», c’est-à-dire qu’elles peuvent avoir, au moins, une double in-terprétation. Là, réside, pour les juristes, un autre pro-blème, car toute décision sujette à une double interpré-tation ne peut pas avoir assez de force pour être appli-quée puisqu’elle pouvait être contestée. En général, ilfallait donc trouver une troisième voie et c’était au lé-gislateur de décider en fonction de ce que l’on appelait«l’intérêt général». Ainsi, quand un pouvoir politiquedécidait d’imposer les populations, alors que le fait detaxer un musulman est contraire à la loi (et il n’y a là niambiguïté ni verset contraire, ni équivoque), on appe-lait cela «l’intérêt général» pour la bonne gestion de lacité. Le politique a donc toujours géré la cité en fonc-tion des équilibres globaux et des intérêts des couchessociales qui luttaient pour le pouvoir. On revient à uneconsidération tout à fait banale : même si l’expressionétait religieuse, elle servait essentiellement l’intérêt degroupes dans la conservation du pouvoir.
La Turquie est le seul exemple de pays musul-man laïc. Qu’en pensez-vous ?
Les Turcs, au début du
XX
e
siècle, ont remis en cause lecalifat ; ce qui a abouti à une laïcisation assumée entant que telle avec Atatürk en 1922. Mais il s’agit làd’une laïcisation par décret, qui est allée beaucoupplus loin que la laïcisation française. Les décisions qui
dans l’islam
Sécularisation
1905-2005
’origine algérienne,Ahmed Djebbar enseignel’histoire des sciences àl’Université de Lille I. Il évoque laquestion de la laïcité dans le mondemusulman, ou plutôt son pendant,la sécularisation.
L’Actualité. – En terre d’islam,politique et religion ont sou-vent été liées. Que signifie lanotion de laïcité dans le mondemusulman ?Ahmed Djebbar. –
Elle ne signifie
Livres d’AhmedDjebbar :
L’âge d’or des sciences arabes
,Le Pommier, 2005.
L’algèbre arabe,genèse d’un art
,Vuibert, 2005.
C l a u d e P a u q u e t
La laïcité n’existe pas dans le monde musulman,explique Ahmed Djebbar, mais il y a un «espace licite»
Entretien
Aline Chambras
Photos
Claude Pauquet
et
Jean-Luc Moulène
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