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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N°71 
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Bâton Rouge. Il explique comment fonc-tionne son pays en matière de religion.
L’Actualité. – Peut-on parler de laïcitéà l’américaine ? Et quelle en est la spé-cificité ?
Robert Lafayette. –
Oui. Pour nous, la laïcitésignifie surtout la liberté d’expression enn’importe quelle religion. Dans notre cons-titution, nous n’avons pas vraiment ce quel’on appelle une séparation des Eglises et del’Etat, mais nous n’avons pas non plus dereligion officielle et le premier amendementstipule que n’importe quelle religion peutêtre exprimée. Aussi, aux Etats-Unis, lesreligions sont très fortes. Au fond, notrespécificité est de permettre quoi que ce soità la religion. Pour résumer, si en France lalaïcité protège l’Etat des religions, aux Etats-Unis, la laïcité protège les religions de l’Etat.
On a vraiment l’impression qu’auxEtats-Unis, la politique n’est pas du toutneutre en matière de religion. Peut-onparler d’une religion dominante ?
Récemment, Georges W. Bush a fait preuved’une certaine neutralité, puisqu’il n’a passouhaité «Merry Christmas» à ses admi-nistrés mais «Happy Holidays» : il a doncchoisi, ou plutôt on a choisi pour lui, de nepas évoquer la dimension christique deNoël, afin de faire plaisir à toutes lescommunautés de croyants (juifs, hindous,musulmans, etc.). Bien sûr, ceci resteanecdotique mais cela marque néanmoinsun changement. En France, si vous croyezqu’aux Etats-Unis il existe une religiondominante, à savoir le christianisme fon-damentaliste, c’est parce que les médiasfont tout pour donner cette image de notrepays. C’est aussi, il est vrai, parce que cettereligion est celle qui se développe le plus.Reste que néanmoins les chrétiens fonda-mentalistes savent très bien se servir dessupports de communication : c’est cettereligion que l’on voit tout le temps à latélévision. Le dimanche matin, il est eneffet difficile de trouver une chaîne où l’onn’est pas en train de prêcher. Et sur la scèneil y a un monsieur, que l’on dit pasteur, quiest surtout en général une très bonnevedette qui sait faire marcher la foule et àqui on donne beaucoup d’argent. Au fond,c’est surtout du «business». Mais le chris-tianisme fondamentaliste n’est pas la vraiereligion dominante puisque la plus prati-quée reste le protestantisme qui se diviseen une vingtaine de religions (méthodis-tes, papistes, évangéliques, etc.).
Peut-on qualifier l’enseignement publicde laïc ?
Oui. Le fait religieux n’est pas du toutenseigné dans les écoles publiques. C’estpourquoi les gens de «l’intelligent de-sign» (ou créationnisme) voudraient bieninsérer la religion à l’école pour que nesoit plus abordée notamment la théorie del’évolution. Cependant, le 20 décembre2005, à Dover en Pennsylvanie, suite à laplainte de huit familles, un juge fédéral areconnu que «l’intelligent design» étaitune religion et devait par conséquent êtreexclu des programmes scolaires des éco-les publiques, conformément au premieramendement des Etats-Unis. Certes, cettedécision ne s’applique que dans le cadrede la commission scolaire de Dover, maiselle pourrait faire jurisprudence.
Et l’enseignement privé ?
Toutes les écoles privées sont hors con-trat, contrairement à la France. C’est-à-dire que chaque Etat a ses standards, sapédagogie. On peut faire vraiment n’im-porte quoi dans le privé, les élèves n’ypassent pas les mêmes examens que dansle public, bien qu’aujourd’hui le gouver-nement fédéral l’exige à partir du CP et jusqu’au lycée. Il y a aussi au moins troisheures par semaine de religion. La droiteentreprend de se servir de l’enseigne-ment privé pour introduire la religiondans la vie des gens.
L’athéisme aux Etats-Unis ?
Il existe mais il n’est pas énormémentorganisé. Ce n’est pas comme en France,où vous avez aussi cette notion d’anticlé-rical. L’anticléricalisme n’existe pas auxEtats-Unis. En France, la laïcité est issuedu catholicisme, puisque auparavant lesprêtres enseignaient à l’école. Or cela n’a jamais été ainsi aux Etats-Unis. Au con-traire, les premiers migrants installés auxEtats-Unis venaient chercher la liberté decroire en leur religion.
«Aux Etats-Unis, la laïcitéprotège les religions de l’Etat»
Entretien
Aline Chambras
R
obert Lafayette est professeur émé-rite à l’Université de Louisiane à
JOURNÉES D’ÉTUDES
L’Espace Mendès Francea organisé, avec de nombreuxpartenaires, deux journéesd’études sur le thème «La laïcité,une idée nouvelle ?» les 14 et 15décembre 2005. Outre JeanBaubérot, Ahmed Djebbar, RobertLafayette et Henri Pena-Ruiz, neufautres intervenants étaient invités :Laurence Cornu, DominiqueBreillat, Michel Bourdeau, FlorenceRochefort, Pierre Tournemire,Dominique Borne, DominiqueOttavi, Françoise Olivier-Utard,Serge Pouts-Lajus.
EXPOSITION
Le CRDP de Poitiers présentejusqu’au 10 février une expositionsur l’histoire de la laïcité conçuepar Jacques Bouquet.Cet historien est l’auteur de
1905,la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans le diocèse de Poitiers 
,Geste éditions, 2005(entretien dans
L’Actualité 
67).
   C   l  a  u   d  e   P  a  u  q  u  e   t

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