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LALOGIQUEDE SPINOZA
Une fois entré enpossessionde cetteliberintellectuellequ'ilavaitdéfendue tour à tour contre l'entrnement de sesproprespassions,contre lepouvoirde l'État et contre l'autoritédel'Église,Spinozas'estproposéd'en faireusage poursoudre leproblèmede la conduite humaine. Suivantquelleméthodedoit-il l'aborder?A cetégardsa libertéreconquisesemble lui donner la faculdechoisirabsolument,etpourtantiln'en est rien chez un véritablepenseur,eneffet,lesidées nepeuventdemeurer à l'étatd'isole-mentd'elles-mêmes,parce qu'ellesvivent,parce qu'elless'éten-dent ets'approfondissent,elless'organisentet,en vertu de leurdépendancemutelle,elles deviennentsystème,de sortequ'il n'yapasdequestion quisoitpurement préliminaireetqui puisseêtretranchée sansquecette solution cide de la solutiongénéraleduproblème philosophique.Le TraideThéologieet dePolitiqueparaîtêtre unesimpleintroduction àl'Éthique,illa contient toute enalité. La liberencore exrieure àlaquelleilaboutit,détermineet circonscritdéjàla liberintérieurequimarque l'accomplissementduprogrèsmoral. En effet la liberté absolueque Spinoza présentecomme étant essentielle à lapenséeetcaractéristiquede sanature,a uneconséquenceimmédiate,c'estque l'espritnepeutêtre en facequedel'esprit;entre lui et autre choseque lui,il nepeut yavoirde contact ni de communemesure,il nepeutdoncyavoir aucuneespècederapport;c'est-à-dire encorequela vérité nepeutêtreexrieure àl'esprit,carl'espritnepeutsortirde lui-mêmepourla justifieren tantqueri. Parconséquentiln'yapasà tirer dudehors unerègle qui s'imposeà lapenséeetquila conduise au vrai.L'espritn'apasà chercher comment iltrouvera,il trouve toutd'abord;c'est à lui deconnaître,et cequ'ilconnaît estvrai, parcequ'illeconnaît.«Leprincipe quiconstitue la forme de lapensée
 
454 REVUEDE MÉTAPHYSIQUEETDE MORALE.vraip. doit être cherché danslapenséeelle-mêmeet devraie doit êtrecherché danslapenséeelle-mêmeet déduit de lànature del'intelligence.»(Ed.Van VloienetLand,t.I,p.24.)Lapenséesesuffit donc àelle-même,en sortequ'on pourraitaffir-mer d'elle cequiaété dit ausujetdel'intelligencedivine elleestindépendantede sonobjet,elle luipréexisteetle ce en le conce-vant(I, 24).De làse conclut aussi lanature de la ripuisqu'ellerésidedansl'espritetnepend quedelui;il fautqu'ausein del'espritellesoitdéjà parelle-mêmequelquechose. La véritéde l'idéevraie ne résultepasd'une relation de convenanceentre cetteidéeet sonobjet;ce n'estpasunequalitéaccidentelleetpassagère,commesi une idéepouvaitexister avantd'êtrevraie,et unmomentdonnérecevoir d'ailleursla.vérité;c'est unepropriétéinrente etconstitutive.La riestinrieure au vrai. Ilya doncdans touteidéevraie,quelquechosepar quoielleestvraie, quelquechosequiestindépendantde tout cequin'estpaslapenséequiest ensoi une réalitéd'un ordre distinct.« Le cercle est unechose,l'idéedu cercle en est uneautre ».(1, 11.)«L'idéedu cercle n'a nipéri-phérieni centre comme lecercle,l'idée d'uncorpsn'estpasuncorps». « Pierreestquelquechosederéel,et l'idée de Pierreest ensoiquelquechose deréel,entièrement distinctde Pierre lui-même.»(I,12.)L'idée,dit encoreSpinoza,est une essenceobjectivecetteessence,étant réelleensoi,estintelligibleparsoi,c'est-à-direquela raisond'être en doitêtrecherchée,nonpasdans l'essencedel'objetdontelle est absolumentindépendante,maisdans une essencedemêmeordre,idéalecomme elle.Iln'ya de relationintelligiblequ'entreune idée et uneidée. L'activitédel'intelligenceest doncàla fois cequijustifieet fondelaconnaissance,commeaussi cequil'étend etl'achève,activitéspontanéeetparfaiteensoi,dont ledéveloppementn'ad'autreorigineni d'autre finquecedéveloppe-mentmême,de sortequelavérité, envisagéedans satotalité,formecomme unmonde,absolumentdélimiet se suffisantàlui-même,cequel'onappelleunsystèmeclos.Parlà,leproblèmede la méthodese trouveposédansdestermessisimples qu'ilest résoluen metempsque posé.En effet lavéritéétant une dénominationintrinsèque,et nonextrinsèque,de laconnaissance,iln'yapasen dehorsde cetteconnaissance unsigneauquelonpuissela reconntre l'uniquecritériumde lavérité,c'est la véritémêmedoncla véritable méthodene consistepasdansla découverted'unsigne quipermettede discernerlavéritéd'une
 
L. BRUNSCHVICG.LALOGIQUEDESPINOZA, 455
idée,une fois cetteidéeacquise(I,12).D'autrepartlathode nepeut pas précéderl'acquisitiondesidées,comme si elle en était uneconditioncessaire. La thode une foisséparéede lavérité,s'ilaut,avantdeparvenirà lavérité,trouver lavraie méthodequiyconduit,il faudra aussipourtrouverlavraie méthodeconntre lathode de laméthode,et ainsi àl'infini, suivant unerégressionsans limites'évanouiraitnonpaslaconnaissance duvrai seule-ment,maistouteespècede connaissance engénéral(I, 11).La décou-verte de la méthodeaccompagnedoncl'acquisitionde laconnaissance,elle en estcontemporaine,elle n'enpeutêtreisolée;les idéesqui, parrapport aux idéats,c'est-à-direàleursobjets,étaientappeléesessencesobjectives,sont, prisesenelles-mêmes, etpuisqu'ellesne doiventqu'àelles leur alité et leurintelligiblité,des essencesformelles(I, 12),parsuite ellespeuventdevenirobjetpar rapportà denouvelles idéesquirenfermeront toute la alité despremièresobjectivement,c'est-à-dire sous forme dereprésentation,et ainsi desuite c'est cetteréflexion indéfinie de l'idée sur elle-mêmequiconstituela méthode.«La méthode ne consistepasàraisonnerpoursaisir la cause deschoses,encore moins àcomprendrela cause deschoses,elle consisteà raisonner sur leraisonnement,àcomprendrel'intellection.»(I, 12.)La méthode n'est rien d'autrequ'une connaissanceparréflexion,elle est l'ie de l'idée(I,13).Lacertitude,c'est-à-dire la sciencede la science, estlaconséquenceimdiate dela science, elle enestinséparableet elle lui est coextensive, de sortequela conditionnécessaireetsuffisantepoursavoirquel'onsait,c'est desavoir;lapossessionde la méthode se confond avec lapossessionde la véritéqu'ellesupposeetquil'entrne. Il nes'agitdoncpointpourl'espritd'aller de la méthodeàlavérité,il luisuffit de sedévelopper parsa forcenative,comme ditSpinoza,etdeseforgerainsi des instru-ments intellectuelsquiaccroissent sapuissance d'investigation,etluipermettentd'étendresesconnaissances; puisde ces nouvellesœuvres iltirerade nouvellesarmes,et continuera ainsi des'avancerpardegrés, jusqucequ'ilaitatteint le sommetde lasagesse (I,11).Ainsi la méthode etlarisefécondent l'unel'autre;de mel'enclume estnécessairepourforgerlemarteau,etle marteau néces-sairepourforgerl'enclume. La loi naturelle brise le cercle leraisonnement s'enfermelui-mêmeentrelathode etlavérité elleétablit à l'inrieur me del'espritun courant d'influence ci-proqued'oùsort,grâceàune réaction continuedel'unesurl'autre,le

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