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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N°72
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Le prix unique du livrea-t-il rempli ses objectifs ?
1981. Selon ses termes, l’éditeur fixe leprix de vente de chaque titre qu’il édite.Les détaillants sont tenus de pratiquer unprix de vente effectif compris entre 95 %et 100 % du prix fixé par l’éditeur. Ce prixfixé et imposé devait permettre «l’égalitédes citoyens devant le livre qui sera venduau même prix sur tout le territoire, lemaintien d’un réseau dense de librairieset le soutien du pluralisme dans la créationet l’édition».Vingt-cinq ans après, la loi a-t-elle remplises objectifs ? La question est posée àJean-Claude Van Dam, directeur régio-nal des Affaires culturelles et à HélèneGrognet, conseiller livre et lecture à laDrac Poitou-Charentes.
L’Actualité. – Que représente la loiLang ?
J.-C. V.D. –
La loi Lang est un moment fortd’intervention de la puissance publiquepour corriger les effets du marché sur unproduit culturel. Elle affirme ainsi, pourla première fois, le principe encore nondéfini à l’époque d’exception culturellefrançaise.
Mais pourquoi protéger le livre plutôtqu’un autre produit culturel ?
J.-C. V.D. –
Les livres sont vecteurs deculture. Les protéger, c’est combattrel’uniformisation de la pensée. Pour cefaire, la loi Lang a choisi de défendre lalibrairie indépendante en imposant unprix de vente fixe. Mais, si elle faitaujourd’hui consensus, la loi a suscitéalors de vifs débats. Notamment du côtédes consommateurs qui ne souhaitaientpas payer effectivement leurs livres pluscher. On retrouve aujourd’hui ces débatsà propos du paiement du droit d’auteur,d’Internet et de la copie.
La loi a-t-elle rempli ses objectifs ?
J.-C. V.D. –
Dans les pays exempts de tellesréglementations, comme la Grande-Bre-tagne, les librairies indépendantes ontdisparu ou sont en voie de disparition. EnFrance, grâce à la loi Lang, le réseau deslibrairies est encore là. Et, si ce réseau estaujourd’hui sous pressions, la loi fut, parexemple, une des conditions de l’essordes librairies pour la jeunesse correspon-dant à un secteur éditorial en plein déve-loppement.
A quelles pressions faites-vous allusion ?
H.G. –
Elles sont nombreuses et comple-xes. Le réseau des librairies indépendan-tes est aujourd’hui surtout fragilisé parles grands éditeurs qui vivent sur leurtrésorerie par le système des offices. Cesystème les étouffe d’autant plus que lenombre de nouveaux titres par an a tripléen 25 ans. En outre, les libraires ont dumal à négocier leurs remises auprès de ceséditeurs selon qu’ils sont de niveau I ouII. Enfin, les clients n’ont pas le réflexed’acheter leur
Da Vinci Code
dans leslibrairies indépendantes, notamment parcequ’ils ne connaissent pas la fonction d’unbest-seller dans l’équilibre des stocks…
Y a-t-il des dispositions réglementai-res ou des aides qui permettent d’allé-ger ces pressions ?
H.G. –
Le principe de la remise maximumde 5 % sur le prix unique du livre nes’appliquait pas, dans la loi de 1981, auxachats de livres par des collectivités dontdépendent les bibliothèques. De fait, lesgrossistes, qui peuvent se permettre desrabais jusqu’à 25 %, remportaient systé-matiquement les marchés au détrimentdes libraires. La loi du 18 juin 2003 surle droit de prêt complète la loi Lang enplafonnant à 9 % les remises autoriséessur les livres, hors manuels scolaires,achetés par les collectivités.
J.-C. V.D. –
Cet ajout applique ainsi l’ex-ception culturelle aux marchés publics.Mais il suppose de la vigilance car lesinfractions sont nombreuses.
H.G. –
Parallèlement au prix unique, leslibraires peuvent bénéficier d’un ensem-ble d’aides issues des crédits déconcen-trés du ministère. De 2003 à 2005, nousavons aidé 14 librairies pour un montanttotal de 153 207
€
. Le Centre national dulivre attribue des aides à l’installation deslibraires et des prêts à taux zéro. Mais, cesdispositifs ne prennent sens que si leslibraires montent aussi au créneau, dans lesens d’une action collective par exemple.
Recueilli par Anh-Gaëlle Truong
La loi Lang est un élément d’unepolitique d’ensemble du livre quicomprend aussi ledéveloppement des bibliothèques – «Sans ces 3 067 bibliothèquesen France en 2004, il y aurait euune plus grande uniformisationde la pensée», note Jean-ClaudeVan Dam –, mais aussi l’aide auxéditeurs, aux auteurs par le biaisde bourses ou de résidencesissue des crédits déconcentrésdu ministère. Cet ensemble s’estmis en place à la même époqueque le prix unique du livre. LeCentre national du livre attribueaussi des aides à la vie littéraire,tandis que le Fonds d’interventionpour les services, l’artisanat ou lecommerce (Fisac) ou l’Associationpour le développement de lalibrairie de création (Adelc) peuventégalement soutenir la librairie.Enfin, la loi sur le droit de prêt dejuin 2003 s’intéresse aussi auxcréateurs. En effet, l’Etat à hauteurde 1 à 1,5
€
par usager inscrit dansune bibliothèque de prêt et lescollectivités avec une contributionproportionnelle aux achatseffectués dans leurs bibliothèquesfinancent, entre autres, le régimede retraite complémentaire desauteurs.
L’économie du livre et les mécanismes complexesqui la structurent ont été développés dans le n°66de
L’Actualité Poitou-Charentes
paru en octobre 2004.
UN ÉLÉMENT D’UNE POLITIQUE D’ENSEMBLE
L
a loi sur le prix unique du livre, diteloi Lang, a été promulguée le 10 août
économie
T h i e r r y G i r a r d
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