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Un proverbe turc de Charles-Quint chez Brantôme

Un proverbe turc de Charles-Quint chez Brantôme

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Published by Xi Xia
Deux versions d'un passage peu banal chez le mémorialiste.
Deux versions d'un passage peu banal chez le mémorialiste.

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09/10/2010

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UnproverbeturcdeCharles-QuintchezBrantôme
 Le passage qui suit est tiré du premier volume des
Œuvres complètes
de Brantôme publiépar Ludovic Lalanne en 1864 pour la
Société de l’Histoire de France
sous le titre
Grands capi-taines estrangers
[du siecle dernier]. Son texte suit le manuscrit 3262, qui contient laseconde rédaction de Brantôme, la variante indiquée en note par l’éditeur provenant dumanuscrit 6694, qui contient la première rédaction du mémorialiste ; il m’a paru intéres-sant de présenter les deux versions en respectant l’ordre chronologique.1
re
rédaction (ms. 6694) 2
e
rédaction (ms. 3262)
Aussi qu’entre toutes les langues, ainsin qu’il enpouvoit juger pour estre prince d’une trés-heu-reuse memoyre, disoit la francoize tenir plus dela majesté et que c’estoit la langue des roys et desprinces ; car il avoit plusieurs langues familieres,prononceant et repettant fort souvant le prover-be turquesque par mi ses plus grands favoris,quand il tumboit sur le devis de la beauté des lan-gues, qui dict :
 su cadar dil lu cadar adanis
 
; braveet superbe proverbe turc qui veut dire qu’autantde langues que le gentilhomme scait parler qu’au-tant de fois est-il homme ; tellement que si unepersonne parloit de neuf ou dix sortes de langa-ges, il l’estimoit autant luy tout seul qu’il heustfaict dix autres hommes, ou plus, de semblablequalité.De faict, et a
n que j’en die ma ratellée, ung hom-me en païs estrange, s’il n’entend la langue du païsoù il est, n’est tenu que pour ung porteur de mou-mon et pour une piece de chair sans sel ; et pource il heust bien peu aimer le drogman ou truche-ment du grand Sollyman qui parloit distinctement… [
La coupure est de Lalanne
.]Entre toutes langues, il entendoit la françoisetenir plus de la magesté que tout autre. Quelbon juge et su
sant pour la mieux honnorer !Et se plaisoit de la parler, bien qu’il en eust plu-sieurs autres famillieres, repettant et disant sou-vant, quand il tumboit sur la beauté des langues,selon l’opinion des Turcz, qu’autant de languesque l’homme sçait parler, autant de fois est-ilhomme ; tellement que si un brave homme par-loit de neuf ou dix sortes de langages, il l’esti-moit autant luy tout seul qu’il eust faict dict au-tres. Il fut fort curieux d’attirer à soy le drog-man du grand sultan Soliman, jusques à luy pro-poser soubz main de grandz gages et pentions ;mais il estoit entre trop bonnes mains, qui luydonnoient tout ce qu’il vouloit : il parloit distin-ctement et bien parfaictement dix sept langues,qui sont : grec vulgaire et literal, turc, arabe,more, tartare, persian, armenien, hebrieu, hon-gre, moscovite, esclavon, italien, espagnol, alle-mand, latin et françois ; et s’appelloit Genus Bey,natif de Corfou, homme certes faict par miracle,voire incroyable qu’il eust jamais attainct cesteperfection ; et l’empereur le devoit bien estimeret desirer, puis que luy mesme parloit cinq ousix langues.
 
 
Avant de poursuivre, je voudrais faire ici état d’une note de Lalanne se rapportant auproverbe, a
n de pouvoir y renvoyer le lecteur le moment venu :
« Nous avons consulté sur la phrase turque citée par Brantôme M. Zotenberg*, attaché à la biblio-thèque impériale. Il a bien voulu la recti
er et la traduire ainsi :
Su qadar dil lu qadar âdemî 
:c’est-à-dire autant de langues, autant d’hommes. »* Hermann Zotenberg [1836, Prusice/Prausnitz-1894, Paris], orientaliste (traduction de la
Chroniquede Tabari
).
Brantôme ouvre sa galerie de portraits de grands capitaines étrangers par une bonnesoixantaine de pages consacrées à Charles-Quint, «
le plus grand empereur qui ayt esdes- puis Jules Cœsar et nostre grand Charlemaigne
» et le passage qui nous intéresse se trouve àpeu près à mi-parcours.L’écrivain a déjà eu l’occasion de souligner la connaissance que l’empereur avait du fran-çais : de jeunes têtes brûlées (dont Jean de Bourdeille, frère puîné de l’auteur) se rendentà Vienne dans l’espoir d’accomplir des faits d’armes dans des combats qui ne les concer-nent nullement et, reçus par Charles-Quint, apprennent qu’ils vont pouvoir faire leurspreuves dans une guerre qui les touchera de près : «
…comme il leur avoit dict. En françois et aussi bon qu’ilz eussent sceu faire
» (Ms. 6694), «
Et nottez qu’il leur parla tousjours en trés bon françois
» (Ms. 3262).Brantôme va maintenant élargir son propos.ussi
1
qu’entre toutes les langues, ainsin
2
qu’il en pouvoit juger pour estre
3
princed’une trés-heureuse memoyre
4
, disoit la francoize tenir plus de la majesté
5
et quec’estoit la langue des roys et des princes ; car il avoit plusieurs langues familieres
6
,prononceant
7
et repettant fort souvant le proverbe turquesque
8
par mi
9
ses plus grandsfavoris, quand il tumboit sur le devis
10
de la beauté des langues, qui dict :
 su cadar dil lucadar adanis
11
; brave et superbe proverbe turc qui veut dire qu’autant de langues que legentilhomme scait parler qu’autant de fois est-il homme ; tellement que
12
si une person-ne parloit de neuf ou dix sortes de langages, il l’estimoit autant luy tout seul qu’il heust
13
 faict
14
dix autres hommes, ou plus, de semblable qualité.De faict, et a
n que j’en die
15
ma rastellée
16
, ung homme en païs estrange
17
, s’il n’entend
18
 la langue du païs où il est, n’est tenu que pour ung porteur de moumon
19
et pour unepiece de chair sans sel
20
; et pour ce il heust bien peu aimer
21
le drogman ou truchement
22
 du grand Sollyman
23
qui parloit distinctement...
1
Écho à d’autres attaques de paragraphe : «
On raconte aussi de cet empereur 
… » Onpeut également y voir une trace des énumérations (actes de procédure, actes notariés)où chaque élément est annoncé par le latin
item
« de même, pareillement » (que l’anglais
A
 
 
a conservé comme substantif en lui conférant un sens vague : un client achète tant ettant d’« articles », ‘
items
’, dans un magasin).
2
prononciation nasalisée (d’abord parisienne, puis répandue par les courtisans) de
ainsi
. D’où, chez Montaigne :
3
 
 pour estre
« étant »
4
« prince doué d’une très bonne mémoire »
5
(cette complétive à l’in
nitif est un latinisme) « disait que la française était la plusmajestueuse »
6
« car il pratiquait plusieurs langues »
7
cf. encore chez Montaigne :En attendant que la cédille ne s’impose (il fallait non seulement que les réticences dis-paraissent, mais aussi que les fondeurs créent les nouveaux caractères), la pratique s’estrépandue d’insérer entre
et
a
un
e
ayant pour seul rôle de guider la prononciation, àl’instar de la fonction diacritique dévolue à
u
suivant
 g
devant
e
dans l’opposition
beige
~
bèg
u
e
.Remarque — Les divergences que l’on peut constater entre les leçons des Mss. 6694 et3262 quant à l’usage de la cédille pourraient aussi refléter des écarts dans la pratique desfrères Jean et Jacques Mathaud, qui écrivaient à tour de rôle sous la dictée la prose bran-tômienne.
8
emprunté à l’italien
turchesco
et attesté depuis 1575 (chez André Thevet).
9
(au sens propre : « au milieu de », comme du reste le montrent le mot
milieu
« lieumédian », l’adjectif 
mi-parti
« divisé par le milieu, en deux parties égales », etc.)
10
« quand, à l’occasion, il abordait le sujet »
11
 
Su cadar dil lu cadar adanis
: «
Ş
u kadar dil lu kadar adamı
» (sous toutes réserves),phrase nominale où
 ş
u
et
lu
sont corrélatifs,
kadar 
distributif,
dil
« langue »,
adamı
« êtrehumain, homme ».Le proverbe est plus connu sous la forme
Her dil her adam
« On est homme autant de foisqu’on sait de langues », ce qui correspond bien au commentaire qu’en fait Brantôme(mais l’auteur ne cite plus la version originale dans le texte remanié).On a l’impression que H. Zotenberg consulté par Lalanne s’est laissé influencer par lesouvenir de
Quot homines, tot sententiæ
(Térence) « Autant d’hommes, autant d’avis. »
12
« au point que, si bien que »
13
les formes du verbe
avoir 
ont été souvent et pendant longtemps a
ff 
ublées d’un
h-
 
 
« ce n’est pas plus l’un que l’autre »

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