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Renaissance - Poitiers et l'Europe de la peregrinatio academica. Au XVIe siècle, les étudiants voyagent dans toute l'Europe durant leur "pérégrination académique". Par Jean Hiernard, professeur à l'Université de Poitiers. Photos : Olivier Neuillé - Médiathèque de Poitiers, Christian Vignaud - Musées de Poitiers.
Renaissance - Poitiers et l'Europe de la peregrinatio academica. Au XVIe siècle, les étudiants voyagent dans toute l'Europe durant leur "pérégrination académique". Par Jean Hiernard, professeur à l'Université de Poitiers. Photos : Olivier Neuillé - Médiathèque de Poitiers, Christian Vignaud - Musées de Poitiers.

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05/09/2014

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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N°73 
24
de nos programmes Erasmus, qui mena les étudiantsqui en avaient les moyens d’université en université,afin de parfaire leur formation en droit, théologie oumédecine. Rabelais y fait allusion lorsqu’il évoquel’éducation de Pantagruel, mais le bon géant s’estborné à visiter les universités de France, alors que lephénomène concerna en réalité toute l’Europe. L’uni-versité de Poitiers, créée en 1431/1432, fit partie dece réseau et la tradition veut qu’elle ait accueilli nom-bre d’étrangers, comme l’écrivait Scévolle de Sainte-Marthe en 1570, s’adressant à la ville :
 Et ton Escole […]Fait-elle pas venir à nousCeluy qui boit les eaux du Tybre, L’Alleman, le Suisse libre, Et l’Anglois au visage roux ?
Cette réalité est cependant restée longtemps à l’étatd’affirmation quasi gratuite. Les sources qui auraientpermis de la fonder sont en effet lacunaires et inédi-tes. Si l’on prend la peine de scruter les registres decollation des grades en droit, qui constituent les do-cuments les plus complets à notre disposition, maisn’ont été malheureusement conservés qu’à partir de1575, on constate bien la présence de Bretons, deLimousins, de Tourangeaux à côté des Poitevins, maisla rareté des étrangers au royaume fait douter de l’af-firmation de l’humaniste. Il est vrai que seule uneminorité d’écoliers «prenaient leurs grades». Il fau-geurs ne faisaient que visiter Poitiers sans y passerd’examens ? Une catégorie de sources peu connuevient montrer le contraire : les livres ou albumsd’amis (
alba
 
amicorum
). La pratique en est apparuevers 1548, dans l’entourage de Luther et de Me-lanchthon, parmi les étudiants de l’universitésaxonne de Wittenberg. Elle a essentiellement con-cerné le monde germanique au sens large, pays scan-dinaves, Provinces-Unies et Suisse compris, et a duré jusqu’au
XIX
e
siècle. A l’origine, l’étudiant ajoutait àun ouvrage de théologie ou autre des pages qu’ilfaisait signer, au gré de sa
 peregrinatio
, à ses con-disciples, ses professeurs ou des savants de rencon-tre. Le mot latin
album
renvoie à ces pages
blanches
et c’est dans cette acception qu’il est passé en fran-çais. Très vite, des dessins rehaussés à l’aquarelleou à la gouache sont venus agrémenter les penséeset citations convenues, et des éditeurs ont imprimédes livrets spécialement prévus à cet effet, avec bor-dures et écussons muets. Cette tradition réforméen’a en fait concerné que très peu de Français.Grâce au
corpus
de Wolfgang Klose et à un siteInternet de l’université d’Erlangen (RAA), on peut demieux en mieux étudier les centaines d’albums dis-persés dans les bibliothèques et archives du monde
peregrinatio
P
Renaissance
Poitiers et l’Europe de la
academica
Au
XVI
e
siècle, les étudiants voyagentdans toute l’Europe durant leur «régrination acamique»
Par
Jean Hiernard
Photos
Olivier Neuillé
- Médiathèque de Poitiers
Jean Hiernard est professeurà l’Université de Poitiers, membredu laboratoire hellenisation etromanisation dans le monde antique.
drait disposer de la matricule des juristes, où l’on inscrivait les nomsde tous les étudiants, mais elle n’estdisponible qu’à partir de 1658. Peut-on imaginer que les écoliers voya-èlerinage bien singulier que la
 peregrinatioacademica
! L’expression a désigné, à partirdu Moyen Age, le vaste mouvement, ancêtre
Pages de l’
album amicorum 
de Jean-Jacques Grübel sauvéespar Alfred Richard et conservées à la médiathèque de Poitiers(ms 450). Le possesseur ne fut pas étudiant à Poitiers mais,originaire de Schaffhouse, apprit la théologie à Strasbourget Bâle en 1627-1628, avant d’exercer la charge de pasteur.En haut : «Celles qui simulent la virginité ne sont pas toutesvierges.» Dédicace de Heinrich Braun junior, le 3 avril 1627à Schaffhouse (Suisse).En bas : «La beauté est un bien fragile.» «La vierge du Seigneurdoit s’abstenir totalement de toute parole impudique et de toutrire : elle doit orner toute sa vie de silence et de discipline.»«La foi n’est en sûreté nulle part.» Dédicace du StrasbourgeoisAndreas Bitterlin, le 17 mars 1628 à Strasbourg.
 
 
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N°73 
25
 
 
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N°73 
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La Rochelle fut, entre 1588 et 1621,la capitale
de 
 
facto 
d’un Etathuguenot. Son académie nesemble avoir séduit ni son patriciat,ni ses visiteurs étrangers, tels lesdeux Danois Jacob Seeblad etChristian Sparre, rencontréssuccessivement à Leyde (1647),Orléans (1648), La Rochelle (1649),Padoue et Rome (1649-50). Enrevanche, les jeunes Rochelais nesont pas rares à Orthez, Poitiers,Saumur, Montauban, Paris et mêmeGenève ou Leyde, où vont seformer futurs pasteurs, juristes etmédecins. Certains ont laissé desjournaux et font partie des raresFrançais à avoir adopté l’usage del’
album 
 
amicorum 
. Le plus connuest Jacques Esprinchard (v. 1570-1604). Son
Journal 
 
de 
 
voyage 
,publié en 1957, permet dereconstituer, à partir de Leyde, une
peregrinatio 
«pour le plaisir» àtravers l’Allemagne, la Pologne, laSuisse et le Midi de la France, avantson retour à La Rochelle en 1598. Ila aussi possédé un
Thesaurum amicorum 
disparu. Son parrain,Jean Godeffroy (v. 1525/1530-1592),marchand orléanais installé à LaRochelle en 1572, avait voyagé enEurope centrale et en Italie, commel’atteste un manuscrit rochelais. Ilne s’agissait pas d’un voyaged’étude, mais il rencontra tout demême à Strasbourg quelquesécoliers orléanais, et surtoutaccompagna en 1569, de Bâle àNuremberg, Pierre de La Ramée(
Ramus 
), l’une des intelligences dusiècle. Godeffroy était le père dumaire homonyme du siège de LaRochelle (1627/1628).De savants prédécesseurs ontparfois eu la chance de scruter desdocuments disparus. L’éruditsaintais Dangibeaud eut ainsi enmains l’
album 
 
amicorum 
duRochelais Jean Grenon (1578-1663), qui, après des étudesjuridiques à Leyde, devait fairecarrière au présidial et à l’amirautéde La Rochelle. Il en avait tiré en1923 un bel article, quoique un peusommaire. La relecture de sesbrouillons permet de retracer levoyage de retour de Grenon,
via 
Genève, Montpellier et Montauban,et de reconstituer les milieux qu’il afréquentés. Peut-être un jourremettra-t-on la main sur ledocument original !
JACQUES ESPRINCHARD, JEAN GODEFFROY, JEAN GRENON
Des Rochelais sur les routes d’Europe
entier. Certains comportent des signatures apposéespar des étudiants lors de leur séjour à Poitiers. Cesdocuments nous ouvrent ainsi des portes insoupçon-nées. La lecture croisée des registres poitevins, desalbums d’amis, de certains journaux de voyage etcorrespondances devrait permettre de donner uneimage beaucoup plus complète et colorée de la
 peregrinatio
. Quelques années seulement de recher-che nourrissent selon nous bien des espoirs. Nous neprendrons que quelques exemples.Le deuxième livre d’amis chronologiquement connu,qui a appartenu au Styrien Christoph von Teuffenbachet est aujourd’hui conservé à Wittenberg, porte la si-gnature, «à Poitiers» (
Pictavij
), à la date de 1551, du jeune patricien Seyfried Ribisch, originaire de Breslauen Silésie (l’actuelle Wroclaw en Pologne). Son jour-nal de voyage manuscrit composé en latin (
 Itinerarium
)atteste sa présence dans notre ville pendant deux anset demi (1550-1552). Amateur d’antiquités, il y a re-levé trois inscriptions romaines aujourd’hui disparues.Son récit permet aussi de connaître les noms de cer-tains de ses condisciples et de le suivre pendant septans à travers l’Europe. Quant au noble autrichien ren-contré, de confession luthérienne comme Ribisch, ildevait par la suite faire carrière militaire et diplomati-que au service des Habsbourg : la dernière signaturede son
album
est datée de 1568 à Constantinople…Mais il n’y a pas que les manuscrits : une gravure con-nue vient de révéler son secret, celle de la
Pierre
 
 Levée
de Poitiers, due à l’artiste flamand Georges Hoefnagel,qui a mis en scène des étudiants en train de grimper surle célèbre dolmen pour y inscrire leurs noms au cou-teau, selon une coutume rapportée par Rabelais. Or, jamais les noms de ces personnalités n’ont réellementfiguré sur la pierre. Un érudit anversois a en effet dé-couvert en 1980 un laissez-passer délivré en 1562 parles familles de quatre étudiants nommés sur la gra-vure : ils faisaient alors leurs études à Bourges, et l’onsouhaitait les faire reconduire à Anvers, à l’abri de laguerre et de la peste. L’un d’entre eux, Hoefnagel, de-venu à partir de 1590 un artiste célèbre de la cour del’empereur Rodolphe II à Prague, a voulu sur le tardrappeler ces tendres années. Les quatre noms et celuide leur précepteur ont été gravés en majuscules et, pourfaire plus vrai, entourés de ceux de «vedettes», commeOrtelius ou Mercator, en écriture cursive.L’enquête peut être poursuivie pour le
XVII
e
siècle. S’ily a fort peu d’Allemands sur les pages du registrepoitevin de gradués en droit, on peut y remarquer laprésence au
XVII
e
siècle d’une quarantaine de Néerlan-dais issus des meilleures familles d’Amsterdam etd’ailleurs, parmi lesquels Frans Banninck, bachelier
Un exempled’ouvrage allemanddestiné auxétudiants. Gravuretirée de DanielMeissner,
Libellus novus politicus emblematicus civitatum 
,Nuremberg ?,Fuerst, 1628. Vue de«Potiers» [sic],musée de Poitiers.En haut, enallemand : «Entonneau de vinsommeille grandeestime.»
   C   h  r   i  s   t   i  a  n   V   i  g  n  a  u   d  -  m  u  s   é  e  s   d  e   P  o   i   t   i  e  r  s

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