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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N°73
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La Rochelle fut, entre 1588 et 1621,la capitale
de
facto
d’un Etathuguenot. Son académie nesemble avoir séduit ni son patriciat,ni ses visiteurs étrangers, tels lesdeux Danois Jacob Seeblad etChristian Sparre, rencontréssuccessivement à Leyde (1647),Orléans (1648), La Rochelle (1649),Padoue et Rome (1649-50). Enrevanche, les jeunes Rochelais nesont pas rares à Orthez, Poitiers,Saumur, Montauban, Paris et mêmeGenève ou Leyde, où vont seformer futurs pasteurs, juristes etmédecins. Certains ont laissé desjournaux et font partie des raresFrançais à avoir adopté l’usage del’
album
amicorum
. Le plus connuest Jacques Esprinchard (v. 1570-1604). Son
Journal
de
voyage
,publié en 1957, permet dereconstituer, à partir de Leyde, une
peregrinatio
«pour le plaisir» àtravers l’Allemagne, la Pologne, laSuisse et le Midi de la France, avantson retour à La Rochelle en 1598. Ila aussi possédé un
Thesaurum amicorum
disparu. Son parrain,Jean Godeffroy (v. 1525/1530-1592),marchand orléanais installé à LaRochelle en 1572, avait voyagé enEurope centrale et en Italie, commel’atteste un manuscrit rochelais. Ilne s’agissait pas d’un voyaged’étude, mais il rencontra tout demême à Strasbourg quelquesécoliers orléanais, et surtoutaccompagna en 1569, de Bâle àNuremberg, Pierre de La Ramée(
Ramus
), l’une des intelligences dusiècle. Godeffroy était le père dumaire homonyme du siège de LaRochelle (1627/1628).De savants prédécesseurs ontparfois eu la chance de scruter desdocuments disparus. L’éruditsaintais Dangibeaud eut ainsi enmains l’
album
amicorum
duRochelais Jean Grenon (1578-1663), qui, après des étudesjuridiques à Leyde, devait fairecarrière au présidial et à l’amirautéde La Rochelle. Il en avait tiré en1923 un bel article, quoique un peusommaire. La relecture de sesbrouillons permet de retracer levoyage de retour de Grenon,
via
Genève, Montpellier et Montauban,et de reconstituer les milieux qu’il afréquentés. Peut-être un jourremettra-t-on la main sur ledocument original !
JACQUES ESPRINCHARD, JEAN GODEFFROY, JEAN GRENON
Des Rochelais sur les routes d’Europe
entier. Certains comportent des signatures apposéespar des étudiants lors de leur séjour à Poitiers. Cesdocuments nous ouvrent ainsi des portes insoupçon-nées. La lecture croisée des registres poitevins, desalbums d’amis, de certains journaux de voyage etcorrespondances devrait permettre de donner uneimage beaucoup plus complète et colorée de la
peregrinatio
. Quelques années seulement de recher-che nourrissent selon nous bien des espoirs. Nous neprendrons que quelques exemples.Le deuxième livre d’amis chronologiquement connu,qui a appartenu au Styrien Christoph von Teuffenbachet est aujourd’hui conservé à Wittenberg, porte la si-gnature, «à Poitiers» (
Pictavij
), à la date de 1551, du jeune patricien Seyfried Ribisch, originaire de Breslauen Silésie (l’actuelle Wroclaw en Pologne). Son jour-nal de voyage manuscrit composé en latin (
Itinerarium
)atteste sa présence dans notre ville pendant deux anset demi (1550-1552). Amateur d’antiquités, il y a re-levé trois inscriptions romaines aujourd’hui disparues.Son récit permet aussi de connaître les noms de cer-tains de ses condisciples et de le suivre pendant septans à travers l’Europe. Quant au noble autrichien ren-contré, de confession luthérienne comme Ribisch, ildevait par la suite faire carrière militaire et diplomati-que au service des Habsbourg : la dernière signaturede son
album
est datée de 1568 à Constantinople…Mais il n’y a pas que les manuscrits : une gravure con-nue vient de révéler son secret, celle de la
Pierre
Levée
de Poitiers, due à l’artiste flamand Georges Hoefnagel,qui a mis en scène des étudiants en train de grimper surle célèbre dolmen pour y inscrire leurs noms au cou-teau, selon une coutume rapportée par Rabelais. Or, jamais les noms de ces personnalités n’ont réellementfiguré sur la pierre. Un érudit anversois a en effet dé-couvert en 1980 un laissez-passer délivré en 1562 parles familles de quatre étudiants nommés sur la gra-vure : ils faisaient alors leurs études à Bourges, et l’onsouhaitait les faire reconduire à Anvers, à l’abri de laguerre et de la peste. L’un d’entre eux, Hoefnagel, de-venu à partir de 1590 un artiste célèbre de la cour del’empereur Rodolphe II à Prague, a voulu sur le tardrappeler ces tendres années. Les quatre noms et celuide leur précepteur ont été gravés en majuscules et, pourfaire plus vrai, entourés de ceux de «vedettes», commeOrtelius ou Mercator, en écriture cursive.L’enquête peut être poursuivie pour le
XVII
e
siècle. S’ily a fort peu d’Allemands sur les pages du registrepoitevin de gradués en droit, on peut y remarquer laprésence au
XVII
e
siècle d’une quarantaine de Néerlan-dais issus des meilleures familles d’Amsterdam etd’ailleurs, parmi lesquels Frans Banninck, bachelier
Un exempled’ouvrage allemanddestiné auxétudiants. Gravuretirée de DanielMeissner,
Libellus novus politicus emblematicus civitatum
,Nuremberg ?,Fuerst, 1628. Vue de«Potiers» [sic],musée de Poitiers.En haut, enallemand : «Entonneau de vinsommeille grandeestime.»
C h r i s t i a n V i g n a u d - m u s é e s d e P o i t i e r s
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