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Nouvelle-Calédonie - Articles : Le temps de l'histoire et le temps de la légende. L'expérience du haut commissaire du gouvernement en Nouvelle-Calédonie, Bernard Grasset, suite aux accords de Matignon (1988-1991). Propos recueillis par Jean-Luc Terradillos, photo : Marc Deneyer, peinture de Mathias Kauage en illustration ; Résistances et reconnaissances. Anne-Laure Jaumouillié étudie les relations entre l'administration coloniale et les chefs Kanaks. Par Boris Lutanie, photo : Benjamin Caillaud.
Nouvelle-Calédonie - Articles : Le temps de l'histoire et le temps de la légende. L'expérience du haut commissaire du gouvernement en Nouvelle-Calédonie, Bernard Grasset, suite aux accords de Matignon (1988-1991). Propos recueillis par Jean-Luc Terradillos, photo : Marc Deneyer, peinture de Mathias Kauage en illustration ; Résistances et reconnaissances. Anne-Laure Jaumouillié étudie les relations entre l'administration coloniale et les chefs Kanaks. Par Boris Lutanie, photo : Benjamin Caillaud.

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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N°73 
54
Charentes, ancien député de la Charente-Maritime (1997-2002), a effectué unebrillante carrière dans la préfectorale avantde s’engager en politique. Il fut hautcommissaire du gouvernement en Nou-velle-Calédonie, du 8 juillet 1988 au 11 janvier 1991. Nommé par le Premierministre Michel Rocard, il devait mettreen œuvre les accords de Matignon (26 juin 1988) portant sur le statut provisoirede la Nouvelle-Calédonie. Ces accordsmettaient fin à des années de violencepolitique, marquées notamment par lemassacre de Hienghène en 1984 – dixKanaks assassinés par des fermiers caldo-ches (ils seront acquittés) –, par l’assassi-nat des gendarmes de la brigade d’Ouvéaet par l’assaut consécutif de la grotted’Ouvéa le 5 mai 1998 où deux militairessont tués ainsi que dix-neuf Kanaks quiretenaient des gendarmes en otage.
L’Actualité. – Quand vous arrivez enNouvelle-Calédonie, quelles sont vospremières impressions ?
Bernard Grasset. –
 
C’est d’abord un chocvisuel et surtout un choc culturel parcequ’il faut abandonner nos certitudesd’Européens. Je comparerais l’état d’es-prit européen et celui du Pacifique au jeud’échecs et au jeu de go. Le premier n’aqu’une stratégie : mettre le roi en échec.Dans le jeu de go, on peut déployer demultiples stratégies d’encerclement. Ainsi,on ne démontre jamais, on encercle laquestion, on l’illustre avec des paraboles.Je crois que ma connaissance de l’AncienTestament fut très utile pour parler le mêmelangage. En effet, le christianisme, trèsprésent, a été importé de deux manières.D’une part, la mission de Londres a évan-gélisé des pasteurs fidjiens, puis ces pas-teurs sont allés évangéliser les îles Loyautéet ainsi de suite jusqu’à la Grande Terre.Donc la religion protestante n’a pas étévéhiculée par le pouvoir ni par l’armée. Enrevanche, le catholicisme est arrivé par lesbateaux français et, de ce fait, a été consi-déré comme une religion importée. Para-doxalement, ce sont souvent des Kanaks«catholiques» qui ont été les vecteurs del’indépendance.Rappelons que Jean-Marie Tjibaou avaitété ordonné prêtre. Dès mon arrivée, il m’adit : «Vous êtes le représentant du pou-voir, je ne viendrai jamais vous voir, sauf de temps en temps.» Effectivement, envi-ron tous les dix jours, il passait à l’heuredu petit-déjeuner. Il me parlait de sa grand-mère, de la culture des ignames, de telle outelle légende, etc. Et il y avait toujours unmessage qu’il fallait entendre.J’ai très vite constaté que nous avions uneméconnaissance totale du monde kanak.C’est l’erreur primitive. Pour les Kanaks,le temps ne compte pas. Par exemple,certains me demandaient d’intervenir afinde récupérer des terres qui leur avaient étéenlevées par d’autres tribus en 1878 ; lacoutume de réconciliation n’avait pasencore été faite. En Nouvelle-Calédonie,nous ne sommes pas dans le temps del’histoire mais dans le temps de la lé-gende, dans le temps du mythe, dans letemps de la parabole. En outre, on nedécide jamais à la majorité : il faut parve-nir à ce que personne ne soit exclu. Celapeut durer longtemps.
Comment gérer cette complexité ?
Ma mission était de reconstruire mais ilfallait d’abord créer des relations de con-fiance et surtout comprendre le système.Les écrits de l’ethnologue MauriceLeenhardt (1878-1954) m’ont beaucoupaidé. Ce pasteur, qui est sans doute un despères du structuralisme et qui a traduit laBible en houaïlou, a toujours ferraillécontre les gouverneurs.
 Do Kamo, la personne et le mythe dans le mondemélanésien
(1947) est un ouvrage fonda-mental pour qui veut comprendre cemonde complexe, sans unité. Dans cespays, la culture est consubstantielle. Lesinstitutions sont issues de la culture.Du côté des populations européennes, lerejet fut total (sauf peut-être JacquesLafleur, leader anti-indépendantiste).J’étais perçu comme le traître, celui quivenait négocier avec les assassins. Ce rejetfut ma chance car j’ai beaucoup plus vécuau contact des Kanaks que des Européens,d’autant que nous avions trouvé des élé-ments de langage communs.
Par quels gestes reviennent le dialogue etla confiance ?
La première année – très rude –, j’avais defait les pleins pouvoirs civils et militaires,avec un conseil autour de moi où seretrouvaient Jean-Marie Tjibaou,Yeiwéné Yeiwéné, Jacques Lafleur,Maurice Nénou, etc. Tous ensemble, ils’agissait de bâtir cette Nouvelle-Calé-donie issue des accords de Matignon.Il y eut des gestes symboliques, commeenlever les sacs de sable qui protégeaientles bâtiments officiels à Nouméa. Ou, parexemple, faire en sorte que des Kanakspuissent être formés en France pour de-venir instituteurs. Le général Bertin, quia succédé à celui qui avait conduit l’assautd’Ouvéa, a lui aussi rétabli la confiance :un an après son arrivée, des jeunes Ka-naks sautaient en parachute avec les hom-mes de l’infanterie de marine.Etant donné qu’il n’y a pas d’unité fortechez les Kanaks, il fallait aller dans cha-que tribu. Il y eut des situations limites.Je me souviens de la reprise de contactavec les îles Belep, situées au nord, oùpersonne n’osait s’aventurer depuis des
Nouvelle-Calédonie
Le temps de l’histoireet le temps de la légende
   M  a  r  c   D  e  n  e  y  e  r
Avé na nd’
,sculpture deJean-JacquesPoiwi, artisteinvitéen résidenceà Rocheforten 2005. Deuxautres artisteskanaks ontété invités,Jean-MichelBoene et TomoSteeve. Coll.musée d’artet d’histoirede Rochefort.Peinture de Mathias Kauage (2003),artiste de Papouasie-Nouvelle-Guinée.Coll. musée d’art et d’histoirede Rochefort.
B
ernard Grasset, maire de Rochefortet conseiller régional Poitou-
   M  a  r  c   D  e  n  e  y  e  r

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