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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N° 78 
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façon encore plus aiguë après ses
Chroni-ques
, un considérable chantier de fouilles.»Voilà ce qu’écrit François Bon dans l’in-troduction de ce qu’il nous invite à con-sidérer comme un travail d’archéologuepuisque, c’est entendu, et ce dès la pre-mière phrase du livre : «C’est soi-mêmequ’on recherche.»Le projet est lancé. Ou, pour filer la méta-phore, le chantier est ouvert. François Bonconduit la visite, il est un parfait truche-ment. On en rencontre dans le
Voyage enOrient 
. De ces traducteurs et guides. L’his-torien qui signe ce livre n’accepte ce rôleque pour se faire, l’espace de presque cinq cents pages, le récepteur – le rêveur – etl’interprète. De ses rêves c’est-à-dire desnôtres. François Bon en bon drogman nousinvite à lire. «Dylan comme masque obscurde nous-mêmes.» Il nous invite à recueillirles traces, à mettre nos pas dans ces vesti-ges. A écrire. Ce chantier de fouilles res-semble,
au fond 
, à un atelier d’écriture.François Bon n’a pas son pareil pour nousaccoucher de nous-mêmes. C’est pour celaque nous accourons. Non pour suivre unevisite guidée, de l’histoire nous savonsqu’il n’est point de témoins, que «le réeln’existe qu’à condition qu’on le raconte»,mais pour continuer en sauvage la fouille.Une armée de croquants. Armés de pelles,de pioches. Non pour rejouer la jacqueriemais pour voir les grands ancêtres. LesRolling Stones, Dylan, Led Zeppelin. Es-sayer leurs tombes. Nous étonner que cesgéants fussent si petits, si nus. De ces co-quilles qu’ils emportaient pour le voyage,qu’ils n’ont même pas pris le temps d’ouvrir.Nous nous livrons avec ardeur au pillage. Al’insu, croyons-nous, de l’archéologue. Quiregarde ailleurs. Les
 Journées du patri-moine
ne durent qu’un week-end, et lundila mise à deux fois deux voies de la dévia-tion aura tout effacé.Après, le chantier ou le livre refermé,nous pourrons dire ce que Dylan a dit del’année 1955. 1955, c’est la mort de Ja-mes Dean, c’est aussi Elvis. Elvis. «Vousne pouviez pas voir ça sans voir quelquechose de vous-même.» Bob Dylan n’apeut-être pas lu
 Malaise dans la civilisa-tion,
mais il sait «le mode de conserva-tion du passé». Que Rome ici a nomHibbing, une ville autrefois nouvelle,vite construite là-bas dans la forêt et oùs’entasseront dans des baraques les mi-neurs, construite sur un gisement de fer etil faudra creuser dessous. «Alors on ladémolit et on la déplace, on l’installedans le quartier bas, qu’on appelait Alice,et la première ville là-haut devient uneville fantôme, abandonnée et trouée, quisurplombe la nouvelle ; étrange réalité,qui marquera Bobby Zimmerman, mêmené vingt ans plus tard.» Et où l’archéolo-gue du dimanche, celui qui va remplis-sant d’os, de tessons sa casquette, veutlire la preuve que frénétiquement il cher-chait. De ce «creux en dedans», de cetteimpression que Dylan associait «auxgrands étirements des cornes de brumedes cargos remontant le lac» et que Fran-çois Bon nous invite à lire comme unsymptôme. Un peu comme s’il voulaitnous montrer ce que Georges Didi-Huberman appelle l’inconscient dutemps. «L’inconscient du temps vient ànous dans ses traces et dans son travail.»(
 Devant le temps
, Minuit, 2000). Ce sontces traces que François Bon ici rassem-ble, ce travail qu’il nous donne à lire. Lirec’est selon l’étymologie cueillir, re-cueillir. Les
membres du poète dispersé 
.Des vestiges où mettre ses pas, ses mots.On a beau être en Amérique, dans sa Fordrose comme dans un film, on quitte trèsvite la route de la prose, celle qui suivantson étymologie va droit devant, pourcelle de la poésie. Et pas seulement parcequ’on croise Rimbaud ou Ginsberg. C’estqu’en quittant l’histoire, on quitte aussila prose. Pour ce que Michèle Aquienappelle
 L’autre versant du langage
(JoséCorti, 1997). Versant poétique ou si l’onveut du rêve. C’est là que nous entraîneavec ce livre François Bon. Et nous quiavons tendance à voir partout des
survi-vances
(
 Nachleben
, le mot est de War-burg), des fossiles qui s’incrustent dansnotre présent, nous le suivons où il veutbien nous emmener.Dans ces noms qui sont du passé ce quidemeure. Dans celui de la ville du Min-nesota où est né le 24 mai 1941 RobertAllan Zimmerman, Duluth, qui est latrace laissée par celui qui le premier vintcréer dans ce territoire indien un comp-toir d’échange, Daniel Greysolon duLuth.
 Duluth,
comme la plupart des nomspropres, est un signe vide. François Bons’amuse à le remotiver, «et cerejointement de notre langue et d’uninstrument à cordes, pour faire à BobDylan sa ville natale, on peut en avoirplaisir (même s’ils ont une manière que je n’arrive jamais à prendre de pronon-cer le nom de cette ville, plutôt commeon dirait nous
de l’œuf 
, et non commeon jouerait
du luth
».Nous sommes à Hibbing «sur ces tracesmaigres», et nous entrons avec FrançoisBon au Zimmy’s, nous regardons les pho-tographies au mur, nous repartons. Con-vaincus, comme Dylan, qu’«il n’y avait
Dylan, une biographie 
, de FrançoisBon, Albin Michel, 496 p., 22
François Bon anime le sitewww.tierslivre.net et dirige la collection«Déplacements» aux éditions du Seuil.
Dylan, «masque obscurde nous-mêmes»
Par
Denis Montebello
Photo
Jean-Luc Moulène
culture
«
L
a partie publique de la vie de BobDylan reste pour nous tous, et de
Jean-Luc Moulène, Documents / 
En chemise 
, Paris, 12 avril 2007.
Actu78.pmd 04/10/2007, 15:556
 
 
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
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Par
Dominique Moncond’huy
Photo
Claude Pauquet
Mai et après : des vies d’artistes...
doute pour une part autobiographique,une chronique des années soixante-dix,de la manière dont pouvait les vivre, aulendemain d’un certain mois de mai, une jeunesse éprise de liberté (de pensée et demœurs) et bien décidée à créer. Chroni-que d’années de pseudo-conquêtes (et devraies déroutes) autour de Paris, chroni-que du quotidien de ces jeux du désir etdu sentiment, et de ces mois de vie encommunauté qu’on dépeint ici sans fard.vraiment rien, là-bas, à part mineur et en-core : de moins en moins». Hibbing ? «Onvoyait des types débarquer avec un gorilledans une cage, ou bien une momie sousvitrine, dira Bob Dylan. Une ville avec desroutes qui s’en allaient de tous les côtés.»Cela vaut pour la ville. Cela vaut pour celivre. Qui n’est pas, qui ne sera jamais unrécit. On aura beau voyager avec Dylan,traverser les Etats-Unis de Hibbing jus-Jean-Baptiste aux allures christiques –et ce ou ces miroirs disent la vanité deceux qui ont cru, voire de ceux qui ontsurvécu à ce à quoi ils croyaient. Petitsarrangements avec les morts ? Oui, sil’on entend qu’il s’agit aussi du deuil,mi-rassurant, mi-insupportable, d’unepart de soi. Jean-Baptiste s’invente,poussé par son entourage, un destin, unepensée, et même une manière construitesur un miroir de Vincent ; le texte lui-même réfléchit cette ambition, cette fo-lie, cette douleur, et cet apaisement toutrelatif de ceux qui ont su accepter unepart de renoncement, qui ont préférérenégocier avec le réel. Le livre est ainsià sa manière miroir d’une histoire quidépasse ces ombres aperçues, croisées,parfois tenues à distance avec l’aimablesévérité du regard rétrospectif, cruel etdoux, amusé ou grave, nostalgique. Unehistoire d’illusions en somme, de ban-lieue aussi (celle de Céline est convo-quée ici ou là, chat oblige, momentsglauques confirmant…), qui fait uneplace à la satire des milieux artistiquesparisiens.Tout cela pourrait être sinistre, l’est àl’occasion. Mais un tel livre est pré-cieux : il construit un regard sans com-plaisance, et qui pourtant n’est pasexempt de ce qui en fait assurément leprix, cette part de compréhension, etmême d’amour, offerte au lecteur. Un
 Nous nous sommes tant aimés
à la fran-çaise, si l’on veut, rejoué dans le con-texte français de ces années giscardo-post-soixante-huitardes… Histoire devérifier que tout le monde n’était pasbenoîtement calé au coin du feu…Ces chroniques-là, on le sait, sont exer-cice difficile. Il faut trouver le ton, celuide la juste distance critique, une distanceparfois légère, quelquefois même go-guenarde, pour narrer une suite de dra-mes plus ou moins sans importance –suite plombée pourtant par de lourdesombres, en l’occurrence une disparitionmal expliquée, et qui laisse dans la dou-leur de l’inachevé, du regret, d’une formede fascination mêlée d’incompréhension,voire de malaise.Pierre d’Ovidio maîtrise cet art du récitpar fragments, économe souvent, denseet rythmé, qui rend sensibles des situa-tions et des personnages qu’on n’embel-lit pas, qu’on observe du lointain desannées passées, ici amusé, là «désamusé»de constater comment tout cela s’est joué,et parfois mal. Cette chronique réinvestità sa façon les qualités manifestées dansses précédents livres,
 La Vie épatante
ducôté de la représentation des réalités lesplus communes,
 Demain, c’est diman-che
du côté du cadre littéraire travaillédans l’esprit du polar mais pour dépein-dre les mêmes gens ordinaires – le per-sonnage de Jean-Baptiste, qui sert deliant au texte, étant envisagé dès le dé-part comme l’enjeu et l’objet d’une im-possible quête, d’une énigme sans vraiesolution. S’impose en outre, éclairantpeut-être aussi les précédents livres, unetouche d’amertume, un vague sentimentde culpabilité, une impression d’échecmâtinée d’une discrète nostalgie pourl’âge des possibles.Certes, d’Ovidio use de figures en mi-roir : celle de Van Gogh et de Théo àtravers les fameuses lettres ; celle de cequ’à New York, ou de Louisiane au Colo-rado dans la Ford bleue, on est dans une
tournée qui ne finit jamais
. Dans un rêveapparemment dépourvu de sens. D’abordparce que de son rêve il ne s’est pasréveillé, il ne cherche pas. Nous ne le luidemandons pas. De notre vie, nous aussinous sommes
l’inventeur 
, comme dit l’ar-chéologue, et comme l’écrit dans ce beaulivre François Bon. «Ce qu’on laisse enarrière des objets et exploits de son en-fance ne porte pour personne d’empreinteanticipée de ce qu’on deviendra. Maislorsqu’on l’examine plus tard et qu’on yfouille, qu’on tente de démêler l’arbitraireet les hasards, ces signes de l’enfancesourdement résonnent : ils sont le premiercroquis, la disposition des forces, et leslégendes reçues qui préparent à accueillircelle qu’on construit pour soi.»
P
résenté comme «roman», ce livreest d’abord une chronique, sans
livres
Les enfants de Van Gogh
, dePierre D’Ovidio,Phébus,206 p., 14,90
Actu78.pmd 04/10/2007, 15:567

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