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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N° 75
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professeur de géographie à l’Université dePoitiers, explique pourquoi ces écoles«périphériques» disent beaucoup sur no-tre rapport aux territoires et, au-delà, surnotre vision du devenir de notre société.
L’Actualité. – Pourquoi cet intérêt pourl’école rurale ?
Yves Jean. –
Depuis des années, l’écolerurale, c’est-à-dire les écoles primairessituées en milieu rural et offrant des coursmultiples (où des enfants d’âges et deniveaux différents sont regroupés dansune même classe), jugée désuète et inef-ficace, est dite menacée de disparition.Or, elle existe toujours : on recenseaujourd’hui environ 12 000 écoles rura-les pour environ 1 600 000 élèves. Sasurvie s’explique tout d’abord par laforce des résistances locales (parents etélus) qui ont permis d’empêcher desfermetures de classe programmées parl’administration. L’évaluation demandéepar François Bayrou, alors qu’il étaitministre de l’Education nationale (1993-1997), sur les résultats des élèves desécoles rurales a également permis derevaloriser ces écoles : il y était prouvéque les enfants avaient des résultats sem-blables, voire supérieurs, à ceux obtenuspar leurs camarades de l’école urbaine.Ensuite, la fin de l’exode rural de masseréseaux reliant d’autres écoles, afin defavoriser la coformation et l’échange d’ex-périences. Cela bouleverse la notion deproximité géographique. Enfin, et c’estégalement une des conséquences de cetisolement, les instituteurs ont une plusgrande autonomie, une plus grande margede manœuvre. Plus éloignés des centresde décision, ils sont moins confrontés àune logique bureaucratique de contrôleémanant de la hiérarchie. Et le statutparticulier de leur école, qui est très en lienavec l’extérieur, qui est très ancrée dansson territoire, leur permet de nouer avecles parents et les élus, notamment, desrelations locales fortes, faites de con-fiance, de coélaboration et de proximité.
Ce particularisme nécessite-t-il une for-mation particulière des enseignants ?
Enseigner dans une école rurale ne de-mande pas plus une formation particu-lière que le fait d’enseigner en zone d’édu-cation prioritaire (Zep). Néanmoins, jecrois vraiment qu’il faut former les futursenseignants aux territoires, leur appren-dre à voir le territoire, à en discerner lescaractéristiques géographiques, sociolo-giques et ethnographiques, afin qu’ilspuissent comprendre les codes relation-nels des parents et des enfants qu’ils vontrencontrer au cours de leur carrière.
Quel avenir pour l’école rurale ?
Si j’avais dû répondre à cette question, ily a dix ans, alors que l’on était en pleinexode rural, je me serais trompé, en pré-disant son extinction ou du moins sonessoufflement. Aujourd’hui à l’inverse,la campagne regagne en population maiscela va-t-il perdurer ? L’avenir de l’écolerurale est indissociable de l’avenir desespaces ruraux. Or la mobilité toujoursplus grande des Français interdit de pré-voir ce devenir. Donc, si l’on veut cernerau mieux les évolutions futures, il fautmener une étude régulière et suivie descaractères démographiques des espacesruraux. Et surtout mettre en place despolitiques éducatives de long terme et decodécision afin de favoriser le rôle desmunicipalités – qui, rappelons le, finan-cent de moitié les écoles primaires – et delaisser s’exprimer les initiatives locales.
L’école ruralen’a pas dit son dernier mot
Propos recueillis par
Aline Chambras
Géographies de l’école rurale,
sous la directiond’Yves Jean,éditions Ophrys,300 p., 21
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au profit d’un réinvestissement des espa-ces ruraux a bouleversé la donne.Aujourd’hui, en effet, de plus en plus defamilles quittent la ville pour s’installer àla campagne afin de profiter d’un cadre devie plus agréable et moins stressant. L’ar-rivée d’Anglais et de Hollandais a aussifacilité ce repeuplement. Ce renouveaudes territoires ruraux conduit à l’appari-tion inattendue de classes surchargées ausein de l’école rurale. Certains mairesdemandent même la réouverture de clas-ses. Cette toute nouvelle recompositionsociale des milieux ruraux pose la ques-tion de l’avenir de l’école rurale, si l’onveut penser le devenir de ces espaces.
Au niveau pédagogique, quelles sontles spécificités de l’école rurale ?
Les cours multiples obligent l’enseignantà travailler différemment puisqu’il luifaut, pour appréhender l’hétérogénéitédes élèves, mettre en place une pédagogieadaptée, différenciée. En outre, ces ensei-gnants suivent les mêmes élèves sur plu-sieurs années et ont la possibilité deconstruire une relation de durée avec eux.Ce rapport au temps propre aux coursmultiples a le mérite de permettre unevéritable continuité pédagogique. Quantà l’isolement propre à l’école rurale il a,de fait, entraîné l’intégration très rapidedes nouvelles technologies : de nom-breux enseignants ont mis en place desour la sortie de son livre,
Géogra- phies de l’école rurale
, Yves Jean,
recherche
Photo de ClaudePauquet extraitede «Figureimposée 5» :série sur le sportdans leThouarsais(Deux-Sèvres).
Actu75.pmd 10/01/2007, 10:008
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