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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N° 76 
24
de la
 Revue européenne des migrationsinternationales
(REMI), en 1985.
L’Actualité. – L’immigration africaine(et notamment d’Afrique du Nord) estun phénomène ancien en France.Quelles évolutions ce mouvement mi-gratoire a-t-il connues ? Quelles ensont les spécificités actuelles ?
Gildas Simon. –
 
Effectivement, l’immi-gration africaine en France a des originesfort anciennes. En dehors du cas des mar-chands ambulants, connus dans le Sud dela France, au début des années 1900, ledémarrage de la première immigration detravail, en provenance d’Algérie (Kaby-lie) et du Sud Marocain, date des années1905. Elle était destinée tout d’abord auxindustries alimentaires de Marseille et deNantes, puis aux grands travaux à Paris,comme le creusement du métro. Mais cefut la Première Guerre mondiale qui initiavéritablement le mouvement migratoireen Afrique du Nord, au Sénégal mais aussien Indochine : au total près de 200 000personnes immigrèrent en France, plus oumoins volontairement, pour répondre auxbesoins de la métropole coloniale en mili-taires et en main-d’œuvre pour remplacerdans les exploitations agricoles et les usi-nes d’armement les hommes mobilisés aufront. Après la Seconde Guerre mondiale,l’immigration africaine a pris une am-pleur croissante à partir des années 1960-1970 à la fois par recherche de main-d’œuvre (accords bilatéraux avec les nou-veaux Etats) pendant les années de hautecroissance en France, mais aussi sous l’ef-fet des mutations engendrées par l’accès àl’indépendance des ex-colonies.Aujourd’hui la migration africaines’oriente vers l’Union européenne et lesflux migratoires les plus forts se dirigentvers l’Espagne et l’Italie. Indépendam-ment de la composante familiale, deve-nue majoritaire par rapport aux premiè-res années du mouvement, la part des«juniors» (mineurs isolés), des femmes,des diplômés est en croissance constanteparmi les nouveaux venus.
Quelles relations (humaines, finan-cières, etc.) les migrants entretien-nent-ils avec leur pays d’origine ?
La grande majorité des migrants actuelsconservent des liens souvent très étroitsavec leur pays d’origine. L’abaissementdes coûts du transport aérien et les nou-velles technologies favorisent et densi-fient tous ces fonctionnements relation-nels, dits «transnationaux», entre les deuxpôles affectifs de l’espace de vie desmigrants internationaux, sous toutes sor-tes de formes : allers-retours réguliers enété, à l’occasion de fêtes familiales oureligieuses, appels téléphoniques, mes-sages électroniques tendant à remplacerla correspondance écrite et surtout en-vois de fonds. L’une des logiques fonda-mentales de la migration consiste à assu-rer la subsistance des siens restés aupays, la construction d’un logement,l’éducation des enfants. En 2005, plus de165 milliards de dollars US ont été ainsitransférés vers les pays du Sud, soit plusdu double de l’aide publique au dévelop-pement, ce qui a permis de faire vivre autotal 500 millions de personnes. Ces trans-ferts migratoires constituent une formede lutte méconnue contre la pauvreté etpour la dignité de chacun et sont, àl’échelle mondiale, le mode le plus effi-cace de redistribution des richesses versles populations démunies.
A qui «profite» l’immigration des paysdu Sud vers ceux du Nord ?
Il ne me paraît pas possible de répondresur le fond car chaque pays de départ, detransit, d’accueil temporaire ou d’instal-lation possède, en ce domaine aussi, sapropre équation. Certes, j’ai montré l’undes versants importants de la question,côté sud, avec l’envoi d’argent des mi-grants. Mais, à l’inverse, comment ap-précier, dans des pays comme les nôtresoù le poids du vieillissement démogra-phique est croissant, l’apport économi-que de populations jeunes en bonne santé(c’est l’effet dit «sélectif» de toute mi-gration) et dont le niveau de formationest sans cesse croissant ? Enfin, nous nepouvons oublier que le coût des départsde personnes qualifiées est dramatique-ment élevé pour l’Afrique subsaharienne.Par ailleurs, il n’y pas que l’économiquequi «compte» : les aspects humains, af-fectifs, culturels de cette vaste questionsont tout aussi importants. Une seulecertitude : les migrations internationalessont l’une des formes de la respiration dumonde, et l’isolement, le renfermement,derrière des murs, quelle que soit leurnature, est aussi dangereux pour les so-ciétés que pour les individus.
Une des formesde la respiration du monde
Entretien
Aline Chambras
Photo
Franck Gérard
R
encontre avec Gildas Simon, fon-dateur du laboratoire Migrinter et
immigration
Actu76.pmd 04/04/2007, 16:0124

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