L’Actualité Poitou-Charentes – Hors série décembre 1997
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irko Grmek est directeur d’études àl’Ecole pratique des hautes études à laSorbonne, docteur en médecine et doc-teur ès lettres. Cet homme mondiale-sons de sources directes, nous pouvons interro-ger les savants concernés. Néanmoins, ce n’estpas vraiment faire de l’histoire, mais plutôt four-nir des matériaux pour les futurs historiens. Eneffet, il manque à l’historien qui travaille sur letemps présent l’accès aux sources confidentiel-les ou secrètes et la connaissance des conséquen-ces qui donnent aux faits décrits leur sens histo-rique.Ce genre de livre n’aurait pas été possible ausiècle dernier car les communications étaientplus lentes. Aujourd’hui, l’information circuletrès vite et l’informatique permet d’effectuer desprouesses. Sans ordinateur, je n’aurais pas puécrire ce livre sur le sida. Mais ce progrès s’opèreau détriment de la profondeur des analyses. Dece point de vue, les auteurs anciens, qui écri-vaient à la main, cherchaient eux-mêmes et re-copiaient des textes dans les bibliothèques,avaient une certaine supériorité sur nous.
Allez-vous continuer à actualiser cette his-toire du sida ?
Je continuerai à actualiser un seul aspect de celivre, à savoir la question de l’origine de l’épi-démie actuelle.
Pourquoi avez-vous choisi comme métierl’histoire des sciences ?
Je refuse la spécialisation. C’est une des carac-téristiques essentielles de mon engagement, demon travail. J’essaie de construire des ponts en-
Entretien avec Mirko Grmek, historien des sciences biomédicales, pour qui l’histoire n’est pas la connaissance du passé mais une reconstruction rationnelle des traces du passé dans le présent.
n’existe pas
passé
Le
HISTOIRE
M
ment reconnu jette des ponts entre les sciencesexactes et les sciences humaines. Il a dirigé lamonumentale
Histoire de la pensée médicale enOccident
, pour laquelle il a constitué une équipeinternationale de médecins et biologistes, his-toriens et sociologues, philologues et philoso-phes. Mirko Grmek, qui a consacré une bonnepartie de sa vie à étudier les manuscrits de ClaudeBernard, vient de publier un nouveau livre sur cegrand physiologiste,
Le Legs de Claude Bernard
.Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le docteurGrmek explique sa conception de l’histoire dessciences et le but qu’il lui assigne.
L’Actualité. – Vous avez publié
L’Histoire du sida
en 1989. Peut-on faire l’histoire d’unemaladie dix après son apparition ?Mirko Grmek. –
Oui et non. L’histoire con-temporaine des sciences est impossible quandil s’agit de traiter un problème d’ordre général,car nous manquons de la distance et des con-naissances qui nous permettraient de juger unpassé si proche. Une sorte de rupture épistémo-logique est donc nécessaire. En revanche, il estpossible de faire une histoire ponctuelle, sur unproblème particulier, par exemple sur les cir-constances de l’apparition d’une maladie. Celaprésente un avantage énorme car nous dispo-
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