L’Actualité Poitou-Charentes – Hors série décembre 1997
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les éléments naturels. Par exemple, autrefoisl’homme gérait les landes par le feu ; la foudrese chargeait aussi de le faire. Qu’un champ soitpiétiné par un homme ou un animal, le résultatest le même...Donc, il y a une panoplie de milieux naturels,des écosystèmes très localisés au paysage debocage, vestige d’une agriculture traditionnellequi maintient une certaine biodiversité.
Existe-t-il un équilibre naturel ?
L’état d’équilibre naturel est une fluctuationpermanente. Il tend vers un niveau final (climax)qui est, en principe, forestier. Mais certains mi-lieux se stabilisent à un niveau intermédiaire(sub-climax) en raison de l’intervention del’homme ou des animaux, de la violence du ventqui empêche les arbres de pousser, du froid, oude la pauvreté du sol, etc.Dans nos régions cependant, la forêt connaîtaussi des gradations. La plantation de résineuxn’a rien de naturel. Une futaie de chênes biengérée est un milieu assez hautement arti-ficialisé. Au-delà, la réserve de chasse, avec destaillis sous futaie, des arbres qu’on laisse vieillirquand d’autres sont coupés, est relativementproche des milieux naturels.tuant, plutôt correct. Beaucoup de stations men-tionnées dans la
Flore
de Souché existent en-core. Mais au fil du temps, les milieux dispa-raissent du fait de l’urbanisation et des aména-gements, mais surtout de l’agriculture qui, cer-tes, occupe les mêmes espaces depuis longtempsmais dont les méthodes sont de plus en plusagressives (drainage, remembrement, herbici-des...). Ainsi, la catégorie des messicoles, espè-ces des moissons (bleuets, adonis, etc.), est envoie d’extinction aujourd’hui.En revanche, dans les espaces plus sauvages,l’avènement du tout terrain pendant les années70 fut une calamité. Le trial, qu’on surnommela moto verte ou la moto de liberté, fait des ra-vages dans les milieux escarpés, de même quele 4x4 et le VTT. Il ne suffit pas de respecter lesarbres quand on pratique ces sports. En effet,les herbacées représentent 98% de la flore deplantes supérieures (90% en forêt).Nous sommes donc confrontés à un état d’es-prit. Le retour à la nature se traduit par des acti-vités de plein air qui ne considèrent la natureque comme une surface, nue, accidentée, solide,boueuse ou aquatique, en négligeant ce qui vitet affleure sur cette surface.
Est-ce exagéré de parler d’espace de consom-mation de loisirs ?
Non. Cela dit, les sports mécaniques sont légi-times à condition de respecter un mode d’em-ploi, de connaître les endroits où il ne faut paspasser.Mais il y a pire : la prolifération des terrains degolf pendant les années 80. Le terrain de golf apparaît comme la belle nature alors que c’estla destruction méthodique de tout ce qui estnaturel. Le site, généralement dans un espaceboisé, est remodelé avec des arbres seulementpour toile de fond, le gazon est gorgé d’herbici-des, vermicides, insecticides, taupicides, etc.,et consomme plus d’eau et d’engrais que le maïs.Un tapis plastique imitant la pelouse ferait moinsde dégâts. Autre plaie récente qui se développepeu à peu en France : le «Center parc», c’est-à-dire la nature sous cloche.
La loi de protection de la nature est-elle effi-cace ?
C’est un outil remarquable, qui a le mérite d’af-firmer que le patrimoine naturel est le bien com-mun. Avant 1976, la nature n’était pas prise encompte par la loi, sauf indirectement. On proté-geait par exemple les sites pittoresques ou lesbeaux arbres mais pas les écosystèmes.Cette loi a institué les études d’impact, étudespréalables à tout aménagement. Certes, il y a
(1) Pour initier àl’écologie de terrainles étudiants ou lespratiquants ayant unminimum deconnaissancesfloristiques, YvesBaron a rédigé unouvrage intitulé
Les Plantes sauvages et leurs milieux en Poitou-Charentes.Un guide écologique régional pour l’approche des groupements végétaux.
(disponibleaux éditions deL’Actualité).
FLORE
Le retour à la naturese traduit par des activitésde plein air qui ne considèrentla nature que commeune surface
C’est là, par exemple, qu’on trouve le
Lis mar-tagon
, plante protégée en Poitou-Charentes quis’est maintenue depuis la dernière période gla-ciaire, il y a 10 000 à 12 000 ans. C’est doncune relique glaciaire dans notre région. La
Flore
de Souché (1901) signale six stations de
Lis mar-tagon
dans la Vienne. On en connaissait cinq, lasixième a été trouvée l’an dernier. Mais neuf autres stations ont été découvertes entre-temps.Pour cela, j’ai adopté une méthode efficace : lalecture de la carte IGN. Sachant les exigencesde cette plante, j’ai recherché les endroits où lemicroclimat ressemble un peu au climat de lamontagne, c’est-à-dire les bas de pente en sous-bois où le soleil arrive difficilement, où il faitfrais.
Quel est l’état du patrimoine végétal en Poi-tou-Charentes ?
Par rapport aux autres régions, l’état moyen dupatrimoine végétal en Poitou-Charentes est fluc-
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